MARTYRE DE SA1\T PIERRE
Martyre de saint Pierre.
Saint Pierre se nommait Simon ; son frère André le présenta à Jésus, qui lui donna le nom syro-chaldaïque de Céplias, c'està-dire pierre. 11 abandonna le Sauveur au jardin des Oliviers, et le renia trois fois chez le grand prêtre Caïphe; ce qui n'empêcha pas Jésus de le mettre à la tète du collège apostolique, en lui disant : « Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise », et de lui dire encore, en lui apparaissant après sa résurrection : « Paissez mes brebis. » Pierre, qui avait alors environ quarante ans, se trouvait donc établi par Jésus-Christ lui-même chef de la hiérarchie sacrée. Après la Pcnlecôle, ce fut à Jérusalem qu'il commença sa mission divine, et il y prêcha Jésus ressuscité avec une telle force, qu'en un jour il convertit trois mille Juifs. Il parcourut ensuite l'Asie Mineure, vint à Rome en 42 et y établit son église, retourna à Jérusalem en 52 pour y présider le concile, et revint à Rome, où il fut enveloppé, en Tannée 66 do Jésus-Christ, dans la persécution de Néron contre
les chrétiens. Après huit mois de captivité dans la prison Mamertine, il fut condamné au supplice de la croix, et, se regardant indigne de mourir comme son Dieu, il demanda d'être crucifié la tête en bas. Cette grâce lui fut accordée, et c'est ce crucifiement que nous montre Fouquet.
Au milieu du tableau, entre deux longues pyramides de granit gris, la croix est plantée sur une pelouse fleurie, et saint Pierre est lié à cette croix par les poignets et par les chevilles, les pieds en l'air et la tête en bas, les bras horizontalement étendus, le corps droit et ferme, entièrement nu, une étroite ceinture l'enserrant seulement à la hauteur des hanches. La tête carrée de l'apôtre, ses traits vigoureusement accentués, son épaisse chevelure blanche coupée court, sa barbe drue et taillée court aussi sur le menton et sur les joues, donnent cette impression do puissance et de force qui, pour le prince des apôtres, est de tradition dans l'Eglise. Le supplice commence, la croix vient d'être dressée, et deux gardes, armés de marteaux emmanchés à de longues hampes, sont occupés encore à la consolider dans sa position verticale. D'autres gardes, en grand nombre, sont rangés derrière le martyr : à droite les chevaliers ; à gauche et au centre les légionnaires armés de longues piques. En tête de ceux-ci et monté sur un cheval blanc, se tient l'Empereur lui-même, couronné d'un laurier d'or. Il est certain que, pour peindre cette figure, Jean Fouquet s'est servi des médaiUes de Néron; aussi l'a-t-il peinte de profil, afin de ne pas s'écarter de son modèle. Le chef des gardes, agenouillé devant l'Empereur, lui demande sans doute s'il trouve que tout est bien, et de la bouche même
LES QUARANTE FOUQUET
du maître, il reçoit le satisfecit (i): dans ce personnage, il faut voir très certainement un portrait, et un portrait peint au vif; on n'en peut douter quand on considère le sentiment personnel qui vibre avec tant d'intensité dans cette figure. Tous ces gardes ont beau avoir leurs étendards marqués au chiffre du sénat et du peuple romain, S . P . Q . R., leurs physionomies, aussi bien que leurs armures, sont celles des contemporains du peintre... Comme toile de fond, enfin, t'ouquet, qui avait vu Rome, a voulu sans doute en rappeler certains aspects; mais il y a mal réussi. Si quelque chose des monts Albains peut se retrouver dans les montagnes bleues qui ferment l'horizon, et si, dans les monuments accumulés au pied de ces montagnes, quelques arcs de triomphe apparaissent confusément, ce fond de tableau ne présente néanmoins rien de la vraie Rome et de la vraie campagne romaine.
En contre-bas de cette peinture, six anges aux ailes bleues portent trois grands écussons décorés du chiffre d'Étienne Chevalier, et soutiennent toujours le même cartel rectangulaire, sur lequel la lettre initiale a seule trouvé grâce devant le mutilatour. Cette lettre étant un T, il y avait là, sans doute, le commencement de l'antienne du Magnificat aux premières vêpres de la Saint-Pierre (29 juin) : Tu es pastor oviniii, princeps aposlolonuii... A l'intérieur de cette initiale, deux enfants nus, peints en camaïeu d'or, portent un quatrième écusson marqué encore des initiales du trésorier de France.
(1) Une pareille manière de l'aire avait pu être d'usage dans les Gaules et en Germanie, mais pas à Rome.
XXX Jl