LE BRUIT
Chantez, Celtes, chantez, et redoublez encore; 3 Que l'étranger pâlisse à ces terribles sons !
Les échos ont parle, l'aquilon nous seconde, Le ciel même , le ciel semble s'unir à nous ; Il tonne , mais en vain ici la foudre gronde , Guerriers,' quand nous chantons on n'entend pas ses coups .
1 Les chênes de Penmarh aujourd'hui retentissent.
Il y a plusieurs lieux de ce nom en Basse-Bretagne ; celui dont il s'agit est à peu de distance de Lesueven ; on y voyait autrefois une forêt . Pen-march, en breton , veut dire tête de cheval ; penn, tête ; marc h, cheval. Marché selon Latour d'Auvergne, est le nom primitif du cheval. Il assure que les maisons de la Mark, de Marsch, deMarhauscn, en Allemagne; de Koneigs-Mark, en Suède ; de Penn- Marck, en Bretagne, tirent leur nom de celui du cheval. Les mots bretons marhecq, marheguer, écuyer, homme de cheval, ont donné naissance au titre de marquis. Nouvelles recherches sur la langue, t origine elles antiquités des Bretons, par Latour d'Auvergne. Bayonne, 1792.
Tout le monde ne sait pas que Latour d'Auvergne, le
premier grenadier français, était aussi savant qu'il était
brave. Né à Carhaix en 1743, il est mort au combat
de Neubourg le 28 juin 1800. MM. de Kersosic, ses
héritiers, qui habitent les environs de Morlaix , conservent
religieusement ses armes, qui formaient à peu prés tout son
héritage.
On trouve sur sa vie des détails assez curieux dans l'ou-
vrage de M. Miorcec de Rcrdanet, ayant pour lilre : Notice
chronologique, Brest , 1818.
Un jour étant à l'armée, dans le plus grand dénuement, un personnage d'alors lui offrit sa protection. « Eh bien! lui dit Latour d'Auvergne, demandez pour moi.... — Un régiment? — Non, une paire de souliers.» Prisparles Anglais, on lui avait laissé ses armes; mais on voulut lui ôler sa cocarde ; il la traverse de la lame de son épée et invite ceux qui la voulaient à venir la chercher.
II y a de lui plusieurs ouvrages estimés. Son livre des Origines gauloises est cité.
11 était issu d'une branche bâtarde de la maison de Bouillon ; son nom de famille était Corret.
2 Redoublons nos efforts ; qu'aux muselles d'Armore , Qu'à leurs chants belliqueux répondent les clairons.
La cornemuse ou musette vient des Celtes ; ils avaient adopté T usage des clairons ou buccin es dans leurs guerres avec les Romains. La musette joua un grand rôle dans les guerres de la Vendée. En 1815, la légion du Finistère avait des musettes à la tète de la compagnie de grenadiers»
3 Chantez , Celtes, chanter , et redoublez encore. Lorsqu'un étranger arrive dans un village de Basse- Bretagne , les en fa os étonnés se rassemblent autour de lui
en s'écrianl : Ce Ut, regarde-le. C'est probablement ce mot qui a valu aux Celles leur nom. Bara, pain, gurn, vin, «ont les mois que les soldats bretons prononçaient en arrivant chez leurs hôtes; de là les mots français de baragouin, baragouiner, baragouinage. Peira, signifie plaît-il, que voulez-vous? On a nommé un pe'tra un homme qui ne comprend pas ce que vous lui dites.
Le mois de septembre s'appelle guengolo, paille blanche ; celui d'octobre ère, travail ; celui de novembre dit, noir ; celui de décembre kâù, très noir.
La langue bretonne porte le cachet d'une haute antiquité; elle est riche et ne manque pas d'harmonie. C'est, dit-on, dans le pays de Léon qu'on la parle le mieux ; mais il est facile de prévoir qu'avant peu d'années elle cessera d'être une langue vivante.
Quelques mots français viennent évidemment du celtique : dys-eit en breton veut dire manque de grains ; on prononce disette; man-kem, panier à dos, mannequin; eden, jardin de l'homme .