L'ETRANGERE
Et les oiseaux, qui semblent la connaître, Disent soudain leur plus douce chanson.
A son regard , on dit que la verdure Sous les frimais étale sçs trésors ; Que le torrent adoucit son murmure Lorsqu'elle vient reposer sur ses bords.
Les dieux aussi chérissent sa présence ; Au bois sacré porte-t-elle ses pas , La pierre d'or aussitôt se balance , ' Et le rameau l'entoure de ses bras. a
Des (ils d'Albin nous braverons la haine Si dans ce jour elle reste avec nous.
A ma voix , ô gardiens du chêne ,
Rois des forêts, unissez-vous.
ii. 6
1 La pierre d'or aussitôt se balance.
On voit plusieurs de ces pierres mobiles dans les déparlemens du Finistère , des Côtes-du-Nord et du Morbihan. Celle qu'on rencontre près de la mer, à Sainte-Anne, entre Lannion et Treguier, est appelée ar-garrec-ige ( le rocher tremblant). C'est un bloc de granit d'une circonférence de dix mètres sur cinq de hauteur ; sa forme approche de celle d'une poire ; placé sur une petite éminence au bas de laquelle est une maison , il semble continuellement la menacer de sa chute. Un seul homme le met facilement en mouvement.
A peu de distance, à cent toises de la chapelle de Sainte- Anne est un pilier octogone en granit nommé le Pulven; il est au milieu d'un champ qui porte son nom ; sa hauteur est de deux mètres vingt centimètres hors de terre ; sa largeur est de cinquante centimètres. Sur la face du midi on aperçoit plusieurs signes représentant des S. Sur la face sud-est sont des lignes droites.
A un quart de lieue nord-nord-est de la même chapelle est un ilôt nommé Ros-min-ar-roeh, qui s'élève en pain de
sucre au dessus de la mer; sur son sommet est une masse de rochers appellée Men-cronguet (pierre pendue) . Au nordouest de la même chapelle sont les inisi Lontd (les îles Moisies). Dans le creux de l'un des rochers , on entend à certaines heures un bruit qui a quelque rapport avec le son de la vielle.
Sur la même côte une pierre énorme forme un pont naturel sous lequel la mer s'engouffre en mugissant.
Sur la grève de Pcrros est une pierre druidique dont la marée vient baigner la hase ; elle s'élève de trois mètres au dessus du sol, elle est en granit ordinaire du pays et arrondie; vers le milieu de sa hauteur est un trou d'un pouce et demi de profondeur et assez large pour qu'on y entre facilement le doigt : le fond et les bords on sont lisses et polis par un frottement journalier. Cette pierre passe pour avoir la propriété de guérir plusieurs maladies.
Entre le Guyaudet et Saint-Michel , en grève , on voit un autre rocher au bas duquel est une petite cavité ; les habitai» montent à la cime et font glisser une pièce de monnaie ; si elle entre dans le trou, ils obtiendront ce qu'ils désirent, et seront possesseurs de tout l'argent qui a été ainsi jeté : jusqu'à présent nul n'a pu y réussir ; il y a sur le rocher une rigole formée par le frottement des pièces que l'on y jette ainsi depuis des siècles.
Dans Ja commune de Lass (du Meurtre), Finistère , on
trouve sut* la colline un siège de pierre devaiil lequel est une table; c'était là que les anciens chefs rendaient la justice : l'usage s'en était perpétué jusqu'à la révolution , et une fois par an la juridiction du fief, représentée par le sénéchal , allait y juger les différens des habitans.
Sur la route de Saiul-Pol de Léon , à Plouescat , est un rocher où l'on voit l'empreinte d'une griffe : on prétend que c'est celle du diable qui essaya inutilement de lancer cette pierre contre la tour de Crcïsquer* de Saint-Pol de Léon.
La pierre branlante de Huclgoat a sept mètres de haut sur cinq de large et quatre d'épaisseur; elle est si parfaitement en équilibre, qu'un faible poids, posé sur l'un des côtés, la fait pencher.
En plusieurs endroits on rencontre des cellules formées dans le roc ; elles ont d'abord été, dil-on, occupées par les druides et ensuite par des ermites : quelques unes le sont encore. Les paysans pensent qu'ils tournent le roc à volonté pour ne jamais avoir le vent en face.
Les monumens de pierre plaisent toujours aux Bretons ; on voit le long des routes des croix de granit sur lesquelles sont sculptés un calice et une hostie : elles indiquent le chemin de la paroisse et lui appartiennent. Si elles présentent des armoiries , elles sont la propriété du seigneur, et indiquent le chemin du château. Quelques unes de ces croix sont placées sur des pierres druidiques; on en montre une
qu'un paysan , dans un accès de dévotion, voulut un jour embrasser; il parvint jusqu'au sommet, mais elle se sépara de la base , tomba sur lui et le tua.
* Et le rameau l'entoure de sets bras.
Le gui, en breton, uc-hel-var, rameau d'en haut. Cambry, Monument celtiques, p. 330. Si le gui a perdu en Basse- Bretagne la considération dont il jouissait, quelques autres plantes semblent en avoir hérité. L'herbe d'or, aour-yeoten, croit dans les plaines; on l'aperçoit de très loin ; elle brille comme de lot* : dés qu'on en approche, elle cesse de briller, et Ton ne peut la trouver ; si elle est dans la rivière, elle nage contre le courant ; celui qui parvient à l'obtenir peut se rendre invisible à volonté, il découvre le* trésors , il n'est jamais malade , etc.
Il est une autre herbe qui égare le voyageur qui a marché dessus : le seul moyen de retrouver son chemin est de. retourner son vêtement.
SP
Montrez-vous à nos yeux, déesse du bocage, Les pasteurs de Léon vous adressent leurs vœux ; Ah ! ne repoussez pas notre timide hommage ; Déesse, paraissez % et nous serons heureux.
Nous vous offrons ces fleurs, ces fruits, cette génisse Ces agneaux dont le fer n'ouvrira pas le flanc. * O vierge de ces bois, pour nous être propice Vous ne demandez pas que l'on verse du sang.
Protégez nos moissons , écartez les orages % Aux rocs de Velleven suspendez les torrens j Et dans les noirs détours de leurs antres sauvages % Enchaînez Taranis et ses fils dévorans. *