‹ Chants armoricains, ou Souvenirs de Basse-BretagneChapitre 20 sur 79 · LA TEMPETE · texte numérisé non relu

LA TEMPETE

Si tu ne demandais que moi seul pour victime , Sans regret je verrais la mort.

Helas ! aucun de nous ne touchera la rive

Où nous attendait le repos , Et le défais du roc ou l'algue fugitive

Couvrira le front du héros.

À l'heure du retour, à l'heure fortunée ,

A l'he.ure des joyeux récits, La mère , interrogeant la nef abandonnée ,

En vain demandera son fils.

Déjà je reconnais sur Tonde impatiente

Le flot qui doit nous engloutir :

Adieu, toi , mon vieux père j adieu , toi , mon amante ;

Plus d'espérance , il faut mourir.

1 Ys et tous ses palais, sous la lame écumeuse, A nos regards sont révëlés.

La ville <T Ys, dont on aperçoit , dit-on , encore les maisons au fond de la baie de Douarnenez, fut submergée par un déluge, sous le régne de Grallon, vers Tan 440. Hist. de Bretagne» Daru , t. I er , p. 70. Antiquités celtiques, p. 362. Suivant une autre tradition locale, celte cité était entre Saint-Pol et Brest , sur la côte de Pontusval. D'autrès veulent encore qu'elle ait été entre Perros et Mariais» car chacun réclame l'honneur de l'avoir dans son voisinage. Un jour elle reparaîtra dans toute sa splendeur et avec ses habitans, qui jouissent depuis des siècles d'une jeunesse inaltérable. Cet événement dépend de plusieurs circonstances qui n'ont pu se réaliser encore. Lors de celle résurrection, celui qui aura le bonheur d'apercevoir le premier la tour sera souverain de la ville et de tout son territoire.

L'Éclair brille, l'aquilon gronde, La nue a vomi le torrent ; La foudre au loin sillonne l'onde , Et le vaisseau cède au courant»

Amis , ne perdons pas courage , Le ciel redeviendra serein j Laissons, laissons gronder l'orage, Et buvons jusqu'au lendemain.

Peufc-être qu'ici la mort veille , Peut-être qu'elle est à deux pas ; Mais je vois la liqueur vermeille , Et la mort je ne la vois pas.

Amis, ne perdons pas courage, etc.

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