‹ Chants armoricains, ou Souvenirs de Basse-BretagneChapitre 30 sur 79 · LES SOUPIRS · texte numérisé non relu

LES SOUPIRS

O Vierge ! je t'attends , ma poitrine est brûla Et je sens palpiter mon cœur ; Ne tarde plus, approche, o mon amante!

L'amour est le prix du vainqueur.

Il»

1 Sa voix dès l'aube a frappé la colline Et les échos de Daoula.

Le village de Daoula 9 prés Brest; Daoulas» les deux douleurs, d'où vient Daou-gloas ou Douglas, nom de plusieurs lieux de la Grande-Bretagne. Cambry, Monta*. «iif.,p. 269.

1 Les autans se sont tus, la cithare amoureuse Soudain a frémi sous ses doigts.

La cithare. Les bardes et les druides connaissaient la ivre, la cithare et la harpe.

Bardi cwn dulcibut Ijrœ modulis cantabcmt. An. M aicklik .

5 Et le louarn de sa voix funéraire A cessé d'effrayer le jour.

Le louarn, le renard que Ton entend japper pendant la nuit.

* Le roi des Kersautoos dans la forêt muette Fuit plus léger que le chevreuil.

Entre Saint-Hugonec et Plouvorn (Finistère), est le village de Guiclan où se trouvent les ruines du château des Kersausous , ancienne famille de Bretagne et l'une des plus nombreuses. Si vous frappez sur un buisson , dit un proverbe breton, il en sort un Kersauson.

Dans le domaine des Kersa usons, une partie des paysans portaient le même nom ; c'était un véritable clan écossais : il existe encore de ces Kersausous paysans. Les gens du peuple les respectent et les appellent monsieur. En 1 200, il y avait un Rersauson évêque de Saint-Pol de Léon.

La parenté s'étend très loin en Bretagne ; on y est cousin à un degré qu'on ne connaît pas ailleurs; aussi, certaines familles y sont -elles toujours en deuil. La parenté s'accepte sans trop de difficulté et toujours sans preuves , lorsqu'il ne s'agit pas d'intérêt : un ouvrier ira réclamer la protection d'un comte ou d'un marquis en lui disant qu'il est son cousin ; l'homme titré ne s'en formalisera pas , et souvent sur cette simple assurance il deviendra son protecteur.

Il existe des familles de paysans qui sont d'une grande ancienneté ; celle des Inizans , prés de Plouescat, habite la même ferme depuis quatre cent cinquante ans; une autre famille des environs est à son quarante-neuvième bail.

Quelques uns de ces fermiers sont très nobles. En venant payer la redevance au maître , Us le saluaient , ils remettaient ensuite leur chapeau , puis prenaient un siège et s'asseyaient. Je suis pauvre f lui disaient-ils ; mais je suis votre égal»

Lorsqu'un gentilhomme breton ne pouvait vivre noblement , il laissait dormir sa noblesse , et il ne dérogeait pas $ il perdait momentanément ses privilèges en embrassant le commerce; mais dès qu'il avait déclaré qu'il y renonçait, il les retrouvait. Les paysans nobles mettaient leur épée au coin du champ qu'ils labouraient ou sur la charrette de foin qu'ils conduisaient. 11 existe encore beaucoup de ces gentilshommes, dont quelques uns appartiennent à des familles historiques, et qui sont laboureurs, artisans; ils affectionnent surtout les étals qui leur permettent d'habiter les environs du manoir de leur père. Les brigades de douanes des îles et du rivage comptent un grand nombre de rameaux de ces vieilles souches ; ils sont en général ignorans, mais braves et fidèles. Après avoir servi quelques années comme marins ou comme soldais, ils reviennent au village demander la place qu'occupait leur père : comme lui , ils vivent pauvres et honnêtes, et toute leur ambition est d'obtenir le même emploi pour leur fils. Considérés des habitans , les plus riches propriétaires ne dédaignent pas de les admettre à leur table , et, dans ces circonstances , leur tenue grave

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