‹ Chants armoricains, ou Souvenirs de Basse-BretagneChapitre 56 sur 79 · LE RÊVE · texte numérisé non relu

LE RÊVE

« Te souvient-il du jour, de ce jour ou ta lance, « Fils d'Hoël, déchirait mon sein?

« En succombant sous ta vaillance « Je te révélai ton destin.

« Tu ne périras pas dans le champ de la gloire • Ni parmi le» rangs des héros ; « L'oubli couvrira ta mémoire , « La mousse rongera tes os.

« Sur la table sacrée , au jour du sacrifice , « Nul don ne fléchira le ciel*; 3 « Pour toi , jamais un Dieu propice « Ne descendra sur son autel.

« Je te l'avais prédit; fidèle à ma promesse,

« guerrier, je suis sur' tes 'pas;

■ Je viens, enivre d'nlcgrease , • T'a ri non fer l'heure du trépas.

■ Tu te débats en vain , et vainement encore . Une larme a baigne 1 tes yeux.

. Tu ne reverras pas l'aurore,

■ Tel est, Celtos, l'arrêt des dieux. •

1 Le paon d' Herbadilla, de fa roix gémissante N'épouvantait pas le coteau.

Herbadilla , ancienue ville de Bretagne , dont les habitans étaient, dit-on, fort corrompus ; un abîme s'entr'ouvrit, des eaux brûlantes en sortirent et engloutirent la cité cou* pable. Le lac de Grand-Lieu, voisin du bourg d'Herbauges, occupe aujourd'hui la place où fut Herbadilla.

Daru, hisl. de Bretagne , t.* I, p. 21 ; Actes de saint Martin, de Verton; Preuves de t histoire de Bretagne, D. Morice, t. I , p. 196.

* La raine aux yeux dorés, au bord de la fontaine, Disait des sons mystérieux.

Il est un grand nombre de fontaines auxquelles se rattachent d'anciens souvenirs, et qui sont encore l'objet d'une vénération superstitieuse.

L'eau de la fontaine de Saint-Jean-du-Doigt , commune de Plouganou, prés Morlaix, guérit les maux d'yeux. Le 24 juin , jour de la fête , un grand nombre de pèlerins s'y rendent de toutes les parties de la Bretagne ; on boit de son eau, on s'en baigne les yeux. La statue du saint est placée au milieu de la fontaine ; ceux qui n'ont pas été guéris re-

tiennent l'année suivante ; ils prennent un peu d'eau dans la main el la jettent au nez du saint pour lui témoigner leur mécontentement et l'avertir qu'ils ont encore besoin de son secours. Le calice et les bannières qui font partie du trésor de l'église de Saint-Jean-du-Doigt ont été données par la duchesse Anne. Cette église lire son nom d'un doigt de saint Jean qui y est déposé.

La fontaine de Saint-Mandé , à Saint-Michel en Grève ( Côtes-du-Nord ) , guérit les maux de pieds.

Celle de Loguivi, près de Lannion, fait connaître la destinée des enfans ; on prend la première chemise du nouveau né , on la jette dans la fontaine ; si le collet s'enfonce le premier, l'enfant mourra, si c'est le bas de la chemise, il vivra.

En sortant de Morlaix, pour gagner la mer, on trouve le lieu nommé Feuntcun-ar Saauson, Fontaine des Anglais. En 1 522 , les Anglais , après avoir pillé la ville, s'y endormirent et furent massacrés par les habitans, ou, selon d'autres , par un parti que commandait le seigneur de Laval. Cette fontaine s'appelait d'abord Stiffell, d'un bois voisin.

On voit aussi dans les environs de Morlaix la fontaine du Relecq : on s'y rend au mois d'août; le malade qui arrive ordinairement en sueur se fait verser un pot d'eau fraîche, sur le dos : ce remède guérit les rhumatismes.

On conduit les enfans à une autre fontaine du voisinage, on leur trempe le ventre dans l'eau : c'est pour les préserver de la colique.

Une autre qui guérit les chiens enragés quand ils y veulent boire; un ruisseau que l'on fait traverser aux jument assure leur fécondité.

On aperçoit, dit-on, quelquefois près des fontaines une femme qu'on appelle laveuse de nuit , can né re t- twoz : elle présente un drap à tordre au voyageur, elle le tourne toujours du même côté que lui, et finit par lui couper les mains.

' Sur la Uble sacrée, au jour du sacrifice, Nul don ne fléchira le ciel.

Table sacrée, en breton, dolmen, menhir, ou crom-leach, pierre plate sacrée : on trouve de ces tables à Quiberon , dans le canton d'Ardeven (Morbihan), près de Concarneau, dans les G tenons.

Voyez Cambry, Monument celtiques 9 p. 268-269, 298.

La table à manger est un meuble consacré chez les Bretons ; on ne permet pas de s'asseoir dessus ; lorsqu'on passe lui enfant sur la table, c'est un signe de malheur, et il faut le repasser de suite. La table ronde des romans de chevalerie est d'origine bretonne.

fta Huit.

Que la nuit est terrible et sombre !

Quels sont ces lugubres accens?

Ai-je entendu la voix d'une ombre Ou le murmure des torrens?

Quel est ce pâle luminaire Qu'un fantôme semble agiter? Eh quoi ! cet oiseau funéraire Ne cesserait-il de chanter?

O terreur ! quelle est ta puissance !

Sous la cuirasse et le cimier,

Arme du glaive et de la lance ,

Que peut redouter le guerrier?

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