LE BLESSÉ
Quoi ! le gaenier § ora-t-il la pâture
De ces êtres mystérieux ?
Laisserons-nous , amis , leur bouche impure
S'abreuver d'un sang généreux?
Ha ! torreben ! ! ! que l'étranger succombe ! ■ Tous les héros sont-ils vaincus?
Que notre chef repose dans la tombe , Ou que Ton dise : Ils ne sont plus..
La nuit nous sert; le roi des mers sommeille Bercé sur la vague du port.
Âh ! qu'aucun bruit ne frappe son oreille, Et que spn réveil soit la mort.
Laissei-mpi seul, à travers les ténèbres, Laissez-moi seul guider vos pas ;
Le ciel est sombre, et par des chants funèbres L'orfraie a prédit le trépas.
Vainement Dys, animant leur furie, Contre nous l'arme de ses feux ;
Nous défendons le sol de la patrie Et la cendre de nos aïeux.
Et le vaillant, étendu sur In terre,
Ce héros, la terreur de tous, Va se lever du sein de la poussière ,
Amis, et combattre avec nous.
KNWHB8*
1 L'esprit d'Àhés, à l'aspect de «a proie, Quittant l'antre de Pontaven, Levé le front, pousse des cris de joie Gomme à la veille de l 'hymen.
Ahès, ou selon d'autres Dakut, fille de Gralion , vivait ▼ers l'an 445; elle eut plusieurs maris. Après la première nuit des noces, elle les faisait jeter dans un gouffre qu'on voit encore à Pontaven , près d'Huelgoat.
On agit mieux maintenant en Basse-Bretagne ; cependant dans plusieurs cantons on pratique encore aux mariages d'étranges cérémonies. Aux environs de Quimper, lorsque les époux se rendent à l'église, des hommes à cheval portent devant eux tout ce qui a été donné au nouveau ménage , des pièces de toiles, des morceaux de beurre, des vétemens; viennent ensuite, dans des chariots, les meubles, les instrumens de labourage, etc. La coiffure de la mariée est ornée d'autant de petits miroirs qu'elle a de cent livres de rentes.
La noce se fait ordinairement dans une hôtellerie ; on s'y rend de la maison des parens : l'époux est à cheval , la mariée est en croupe, tous les gens de la fête sont également
placés par couple sur des chevaux. A un signal donné ou s'élance au galop; le premier couple arrivé à l'hôtellerie, y trouve deux rubans attachés à la porte, l'un rouge et l'autre blanc ; l'homme saisit le ruban rouge et s'en pare , puis il prend la bride du cheval avec les dents , il marche au devant des époux et leur verse à boire ; le couple qui arrive ensuite détache le ruban blanc et fait la même chose.
On invite aux noces le plus de monde possible. Le repas a lieu en plein air; le dîner est servi de bœuf et de veau bouillis et rôtis , et de salade accommodée au vinaigre et au sucre; la mariée est assise à la place d'honneur, tandis que l'époux , debout et vêtu de blanc , sert les convives. Lorsqu'on a mangé la viande bouillie , une personne désignée par la famille, c'est ordinairement la plus marquante de la société, se lève et tient un plat sur lequel est une serviette ; elle est suivie du beau -père qui tient un autre plat, et du mari qui porte un sac ; celui-ci présente le plat à chaque convive qui y met une pièce d'argent , il la passe au beaupère qui la jette daiis le sac du gendre. La quête faite, le barde se lève , et , dans un compliment en vers, il vante la générosité des a&sistans et les invite à boire ; puis il dit : « que la gaité ne nous fasse pas oublier nos morts » , et l'on chante un De Profundis. L'on mange ensuite le rôti, et ordinairement tout le monde est ivre à la fin du repas.
La mariée doit employer tous les moyens que le hasard
peut lui offrir pour retourner à la maison paternelle. Les garçons d'honneur son^ chargés de la garder ; si elle par- ▼ient à s'échapper, les filles d'honneur 4a suivent ; alors les garçons, et ensuite tout le reste de la noce, se mettent à «a poursuite et on la ramène de force.
Le soir on conduit les époux eu grande cérémonie à la chambre nuptiale. La première fille d'honneur monte sur le lit et s'asseoit sur les pieds de la mariée ; le premier garçon d'honneur en mit autant à l'époux, et une très jeune fiHe s'accroupit au milieu de la chambre et chante une complainte. Pendant ce tems les garçons promènent une soupe au lait autour de la maison ; ils viennent ensuite la présenter aux époux ; quand ils ont mangé, le garçon et la fille d'honneur descendent du lit , et tout le monde se retire.
Le lendemain la nouvelle mariée , pauvre ou riche, va de maison en maison faire la quête du lin, et chacun lui en donne selon ses facultés ; elle en recueille souvent de quoi Aire .deux à trois cents «unes de toile.
* Ha 1 torreben li 1 que l'étranger auccombe !
Tombai, jurement des anciens Celtes et des Bretons d'aujourd'hui.
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Où sont tous les guerriers? d'où vient que dans la plaine
Déjà je ne les entends plus?
Ah ï la victoire encor serait-elle incertaine,
Ou suis-je au nombre des vaincus?
Quand , sous le bras sanglant, je tombais sur la terre, La foudre grondait près de moi ;
Quel silence succède aux éclat* du tonnerre , Aux cris de douleur et d'effroi?
Ont-ils tous succombé) les héritiers d'Armore?
Ne sont-ils plus les rois des preux?
Et de tant de héros, seul respiré-je encore,.
Seul ici suis**}? malheureux?