LE MOURANT
Je n'entends que la voix du pasteur qui se lève Et le bêlement des troupeaux.
Ces sanglots , ces guerriers , cet appareil funeste N'etaient-ils donc qu'un songe vain?
De ce prestige affreux , un souvenir me reste? Le fer est encor dans mon sein.
L'étranger est vainqueur ; il prépare la chaîne j Mais peut-il en charger mon bras?
Fantôme d'Ur-M azr-Han , j'ai défie ta haine , Et je mourrai dans les combats.
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1 Du cornet d'Eruspy la voix rauque et sau>age. Nom d'un chef qui vivait vers Tan 498.
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Celtos , Celtos , il faut veiller encore ; Celtos, Celtos, une amante t'implore.
Pourquoi le preux cède-t-il au malheur?
S'il fut vaincu , sa défaite fut belle ; Il veut mourir : ah! n'a-t-il pas mon cœur?
Il veut mourir, et je lui suis fidèle.
Tu n'as plus d'arme ; ouvre donc les tombeaux; Ces os blanchis qui demandent vengeance , Sont-ils moins forts dans la main des héros , Sont-ils moins forts que le fer de la lance?
Ta veux mourir ; les guerriers sont vem Ils t'apportaient lu verveine et le lierre.
Reviendront-ils, quand tu ne seras plus Reviendront-ils ranimer ta poussière?
11 u'eutend pas ; la mort est dans ses veux ; C'est vainement qu'une amante l'appelle :
Pour le vaincu , le jour est odieux ; Tu meurs, Celtos, et je te suis fidèle.
Celtos , Colins , l'aigle a pris son essor ; Celtos, Celtos, il faut veiller encor.
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Ou conduis-tu mes pas? quel délire t'entraîne? Où cherches-tu les combattans ? % Où vas-tu , Geltos? dans la plaine Je n'entends que le cri des vents.
Fuirais-tu le danger? toi dont l'ame intrépide
N'avait jamais connu la peur ;
Toi, le vaillant, toi, notre guide; Toi, le premier au champ d'honneur?
Tu ne me réponds pas ; comme l'ombre légère Qui voltige sur les tombeaux, Ton .pied touche à peine la terre Et semble glisser sur Les eaux.
258 LE SPECTHK.
Pour arracher ton cœur à ce morne silence Mes efforts sont-ils superflus?
Que vois-je? au toucher de ma lance Ton casque ne retentit plus.
Ton glaive , dont l'éclat défiait la lumière , N'est plus ce sceptre radieux ; Et terne comme la poussière, H ne réfléchit plus les cieux.
Nous avons parcouru le vallon , la colline j Je ne puis plus suivre tes pas ; Je ne vois point haleter ta poitrine ; Ta bouche ne respire pas.
Mais tes yeux sont éteints , et vide est leur orbite ; l^a chair ne couvre plus tes os.
Ami , tu u'es donc plus , et tu presses ta fuite Vers la demeure des héros.
Arrête , chef, arrête , ou Kernevad succombe ; Arrête et repose eu ces lieux.
Ici 9 je creuserai ta tombe Près de celle de tes aïeux.
C'est ici la patrie ; au lever de l'aurore , Quand le soleil dore les monts ; Ici , tu pourras voir encore L'asile de tes compagnons.
Ici , loin du bruit des orages , Tu dormiras d'un long sommeil ; Ici , quand finiront les âges , Calme encor sera «ton réveil.
Là , Mëaga , là , ton amante Paisible versera des pleurs ; Jamais la flèche menaçante N'y viendra troubler ses douleurs.
Repose ici , roi des batailles , Repose , généreux guerrier, Ou le jour de tes funérailles Pour moi deviendra le dernier.
Toi qui vivras dans la mémoire , Sans regret tu pouvais mourir ; Mais je n'ai rien fait pour la gloire :
Il n'est pas pour moi d'avenir.
On combat et je fuis; le sang baigne la terre; Les vaillans , tombant sous les coups
Ont redit, dans leur plainte amère :
« Kernevad n'est pas avec nous î •
Arrête , noble ami , car la gloire m'est thère ; Je ne puis t'invoquer en vain :
Si tu dédaignes ma prière , Je t'abandonne à ton destin.
Je laisserai tes os jouets de la tempête , Pâture des Joups devorans , Et l'on verra bondir ta tête Parmi les vagues des torrens.
Alors tu gémiras ; mais l'echo de la rive Restera sourd à tes sanglots ; Ton ombre , à jamais fugitive, En vain cherchera le repos.
Cède donc a mes vieux, je vais rouler la pierre ;
Voici l'instant : Arrête, ami, Écoute le hibou; d'une voix funéraire
• ll'vient de dire : C'est ici. ■
lli* Zombc,
Meaga , c'en est fait; il fallait être esclave,
Celtos a préfère la mort.
Les guerriers ont pleure sur la cendre du brave ,
Je ne me plains pas de mon sort.
Je ne suis plus, dis-tu; que m'importe la vie?
Mon ombre est parmi les héros, Et mon nom glorieux , chéri de la patrie ,
S'élève du sein des tombeaux.
La mère , au nourrisson qu'elle instruit à la gloire , Redit mes jours et mes exploits ;