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Chants chrétiens

Nous avons dit quelques mots, dans la préface de la première édition des Chants Chrétiens, sur la rareté de bons cantiques en notre langue. On aurait tort cependant d'en conclure qu'aucun essai en ce genre n'a été tenté avant celui de Bénédict Pictet, au commencement du dix-huitième siècle. Souvent, au contraire, le sentiment religieux a revêtu la forme du cantique, et quoique le langage de la plupart de ces compositions ait trop vieilli pour qu'elles puissent encore aujourd'hui servir d'expression à la piété ou contribuer à la nourrir, elles n'en sont pas moins très propres à nous faire connaître les besoins spirituels qui se manifestaient le plus dans les divers temps et auxquels ces cantiques devaient répondre. Peut-être ne sera-t-il pas inutile de faire précéder le recueil que nous réimprimons aujourd'hui d'un petit nombre de pages destinées à rappeler les noms de ceux qui en ont composé autrefois.

On s'est occupé de très bonne heure à traduire en vers français les hymnes des poètes ecclésiastiques grecs et latins. La traduction de Nicolas Mauroy, le jeune, de Troyes, parut dans cette ville en i5sà7» Gui Lefèvre de la Boderie, secrétaire du duc d'Anjou et l'un des plus savans hommes du seizième siècle, publia une autre traduction en vers, eq 1578. Ne se bornant pas à traduire les hymnes du Bréviaire romain, il s'est exercé aussi sur des hymnes de poètes latins et italiens beaucoup plus modernes. Jacques de Courtin, sieur de Cissé, a donné, en i58i, une version des hymnes de Syne-

sius. Dans le dix-septième siècle, le cardinal Du Perron, le père Adam, jésuite, et un prêtre nommé Louis Chassain, prirent rang parmi les traducteurs en vers des hymnes des anciens. Leurs traductions sont aujourd'hui à peu près oubliées; on ne se souvient plus que de celle de Lemaistre de Saci et de celle de Pierre Corneille, « entreprise, dit ce der- « nier, pour satisfaire en quelque sorte à l'obliga- « tion que nous avons tous d'employer à la gloire « de Dieu du moins une partie des talens que nous « en avons reçus. »

Parlons maintenant des cantiques qui ne sont pas de simples imitations des hymnes des anciens.

On a imprimé, vers la fin du seizième siècle, un recueil de ceux qui paraissent avoir obtenu alors le plus de popularité. L'imprimeur dit aux lecteurs, dans un avant-propos, «qu'il sait combien les can- « tiques sont favorablement reçus, et que les hom- « mes d'entendement, dont la France ne manque « point en ce siècle, leur ont raisonnablement ad- «jugé le premier rang en l'ouvrage des Muses. » Remy Belleau, Philippes Desportes, Marin le Saulx, Th. Sautemont, Joachim du Bellay, Pierre Ronsard, André Zamariel, pseudonyme de la Roche-Chandieu, et Claude de Morenne, évéquede Seez, ont été mis à contribution par l'auteur de ce recueil. Leurs cantiques n'y forment cependant qu'une sorte d'appendice à ceux de Valagre , de qui on en a quinze, et à ceux de Maizon-Fleur, qui en a composé treize. Tous ces cantiques se distinguent parune grande pureté de doctrine; ceux de Maizon- Fleur et de Valagre ne sont pas moins remarquables par la profondeur des sentimens chrétiens qu'ils expriment que par le talent poétique avec

lequel ces sentiniens sont rendus. 11 y a lieu de croire qu'ils sont vraiment devenus populaires, puisqu'ils ont été réimprimés plusieurs fois dans diverses villes de France, à Paris, à Rouen et à Tours.

Beaucoup d'autres écrivains du seizième siècle ont composé des cantiques. On distingue ceux de Nicolas Denisot, ceux de Gui Lefèvre de la Boderie, que nous avons déjà nommé parmi les traducteurs des hymnes des auteurs ecclésiastiques, ceux de Théodore de Bèze, qui, après avoir complété la traduction des Psaumes commencée par Clément Marot, publia aussi des cantiques dont les sujets sont tirés de l'Ancien et du Nouveau-Testament;

b enfin, ceux de messire Odet de la Noue, capitaine de cinquante hommes d'armes et gouverneur pour Sa Majesté au fort de Gournay-sur-Marne , qui,

p ayant été fait prisonnier de guerre en Flandre, employa les longs loisirs de sa détention à écrire des poésies chrétiennes, parmi lesquelles se trouvent plusieurs excelle d s cantiques.

Mais longtemps avant que ces cantiques eussent paru, la sœur de François 1", la mère de Jeanne d'Àlbret, Marguerite de Valois, reine de Navarre, avait en quelque sorte créé le cantique intime en France, où Ton ne connaissait que le cantique historique, dont les noëls, qui remontent au règne de Henri H , et qu'on attribue a Jean Daniel, organiste, sont une honteuse variété. La reine de Navarre fut la première qui donna à ses cantiques le cachet de son

» individualité. Us parurent en i547» deux ans avant sa mort, et par conséquent avec son consentement, tandis que les contes qu'on lui attribue n'ont vu le jour que quand elle ne pouvait plus s'opposer à

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