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leur impression. Elle leur a donné le titre de Chansons spirituelles. Y négligeant les généralités, elle s'entretient de préférence avec Dieu de ce qui lui , est personnel. Son àme s'y fait jour, elle se répand tout entière. Ses cantiques d'appel, dans lesquels elle invite les pécheurs à se convertir, sont remarquables par l'instance qui y règne. 1
La simplicité et la vérité qui distinguent les cantiques du seizième siècle, et qui font qu'on trouve encore aujourd'hui du charme, sinon à les chanter, du moins à les lire, font place, dans la plupart de ceux du siècle suivant, à des défauts contraires à ces qualités. On dirait que leurs auteurs ont voulu à toute force être bizarres. Les premiers recueils de cette époque sont cependant bien supérieurs 1 aux autres. Il est impossible de lire la préface de la Pieuse Alouette, publiée en 1619 par le jésuite flamand Antoine de la Cauchie, et quelques-uns des cantiques de la Philomèle sèraphique, qui parut en i63a, et qui a pour auteur Jean l'Evangéliste, d'Arras, capucin indigne, sans être touché de la piété qu'on y trouve; mais cette piété dégénère souvent en mysticisme. Les expressions les plus extravagantes ne répugnent pas au poète. Après des vers, où le sentiment chrétien a trouvé la forme qui lui convient, on en rencontre d'autres, en plus grand nombre, où il faut déplorer d'étranges égaremens < de la pensée et de la langue. M ra, Guyon, vers la fin du même siècle, a seule été au-delà. C'est dans ses cantiques, plus encore peut-être que dans ses autres écrits, qu'on apprend à bien connaître le 1 quiétisme.
Les auteurs des cantiques qui ont paru dansPinlervalle qui sépare Jean d'Arras et M ma Guyon, loin
de pécher par une tendance mystique, se traînent terre à terre et deviennent grossiers à force de vouloir èlre populaires. Les cantiques du père Surin, ceux de Laurent Durand, qui forment. un volume de 660 pages, réimprimé plusieurs fois, et plus tard ceux de l'abbé de ISaves, chanoine du Puy, sont de véritables profanations, où la trivialité descend plus bas qu'il n'est possible de l'imaginer. L'abbé Pelegrin, plus fécond que tous ses devanciers, n'a pas réussi à tirer le cantique de l'avilissement daus lequel il était tombé. Après queFléchier y eût échoué comme tant d'autres, et que Godeau eût fait quelques essais plus estimables qu'ils n'ont été heureux, il était réservé à Fénélon, et plus encore à Racine, de montrer le cantique à leur siècle dans son élévation et dans sa simplicité.
La trivialité de la plupart des cantiques du dixseptième siècle se retrouve, au milieu du dix-huitième siècle, dans ceux de Lagedamont, prêtre du séminaire de Saint-Su lpice, qui parurent en îySo, Ce défaut n'est cependant pas celui de cette époque. Les mœurs avaient changé. Jean-Baptiste Rousseau avait composé ses odes, et la plupart des poètes religieux le suivaient dans la voie nouvelle qu'il avait ouverte. Il est plus facile d'admirer Dieu que de l'aimer; on l'admira dans l'ode, ne pouvant épancher dans des cantiques un amour qu'on n'éprouvait pas. Quelques âmes d'élite trouvèrent seules, à laide de leur foi , les accens qui conviennent au cantique. De ce nombre est François Térond, qui fut suivi et surpassé par Bénédict Pictet, dont les cantiques n'ont pas encore vieilli, bien qu'ils aient déjà été chantés pendant plus d'un siècle. Vers la même époque, on a essayé de traduire en vers fran-
çais les plus beaux cantiques des Allemands ; mais à peine est -il quelques-unes de ces traductions dont la lecture soit supportable. Le père de la Tour fit des efforts sérieux pour l'amélioration du chant religieux. Il a composé un grand nombre de cantiques dont plusieurs sont fort beaux, et s'est appliqué à choisir les airs les plus analogues au sens des paroles, ce que la plupart de ses prédécesseurs avaient tout-à-fait négligé. Les cantiques du père de la Tour forment aujourd'hui près de la moitié du recueil connu sous le nom de Cantiques de Saint- Sulpice.
Dans ces dernières années, M. César Malan nous a rendu le cantique, que l'ode avait presque fait oublier. Ses Chants de Ston, qui ont eu plusieurs éditions, ont été accueillis avec un grand empressement. La vraie lyre chrétienne, silencieuse en France depuis plus de cent ans, faisait enfin entendre de nouveau ses accords. Tous ceux qui désiraient célébrer leur Sauveur et leur Dieu, se sont réjouis de pouvoir chanter ces beaux cantiques à sa louange.
Les Chants Chrétiens , que nous réimprimons aujourd'hui, sont le dernier recueil qu'on ait publié; ils ont paru pour la première fois en i834« V°ici en quels termes on a fait connaître alors le plan suivi pour cette publication :
« 11 nous a paru utile, en publiant un nouveau « recueil de cantiques, de conserver ceux des Psau- « mes de David qui ont été traduits avec le plus de « bonheur, et les cantiques anciens qui ont acquis « le plus de popularité. De légers changements ont « suffi pour faire disparaître de quelques-uns d'en- « tre eux des défauts de langage qu'il ne pouvait y
« avoir aucun motif de conserver. Quant aux canti- « ques modernes que nous publions, il en est un «* certain nombre qui avaient déjà paru précédem- « meut. Nous les avons réimprimés avec l'assenti- « ment de leurs auteurs ou avec celui des éditeurs « des ouvrages où ils avaient été insérés.
« Les cantiques entièrement nouveaux sont très « nombreux dans notre recueil; nous les devons à « des amis qui ont compris, comme nous, qu'il y a « de grands avantages à réunir dans un ouvrage du « genre de celui-ci les expériences de beaucoup de « chrétiens; car si un tel recueil doit être l'écho de « la Parole de Dieu, il est désirable aussi qu'il soit « l'écho de l' Eglise, c'est-à-dire qu'il répète la Parole « de Dieu comme elle a été sentie, à travers les siè- «cles, par les divers chrétiens; qu'il reproduise « leur accent, si Ton peut ainsi dire. Chaque cantine que nous paraît être une voix qui s'élève au nom c des milliers de disciples qui ont eu avec son au- « teur le plus de rapports de caractère et de posi- « tion ; et toutes ces voix réunies, lorsque des mil- « lions d'autres voix seront encore venues se jointe dre à elles, formeront, en quelque sorte, ce canti- « que de l'Eglise universelle, dont l'apôtre Jean a « entendu quelques accords.
« Nous ajoutons à la fin de ce volume les noms « des compositeurs des airs que nous publions. « Nous avons conservé quelques airs des psaumes, * en reproduisant pour deux d'entre eux les parti- « lions de Claude Goudimel, dont la notation mo- « derne est due à M. Tourt. Nous avons aussi ac- « cueilli avec empressement des airs religieux tout- « à-fait inconnus en France et très populaires dans « d'autres pays où le chant chrétien est plus cultivé
« Les emprunts que nous avons faits aux oeuvres « des grands compositeurs ne rappelleront jamais « des paroles profanes, comme ceux que d'autres « ont tentés; car nous avons eu soin de ne les faire « qu'à des morceaux de musique instrumentale. « Enfin, la musique de plusieurs de nos cantiques « a été faite exprès pour les paroles. On remarquera, « parmi les noms des compositeurs qui ont bien « voulu nous aider sous ce rapport, ceux de quel- « ques-uns des plus célèbres de notre époque. Nous « sommes convaincus que tous nos chants seront « d une exécution assez facile partout où Ton com- « prendra qu'il importe d'en faire l'objet d'une « étude un peu attentive. »
Il ne nous reste plus qu'à dire en quoi cette seconde 'édition diffère de la première. Cinq cantiques y ont été remplacés par un nombre égal de cantiques nouveaux. On les a indiqués par un signe (*), qu'on a employé aussi pour désigner les cantiques de la seconde partie pour lesquels on a choisi des airs qui ont paru plus en rapport avec les paroles que ceux qu'on y avait d'abord adaptés. La musique a aussi été revue avec le plus grand soin, et les parties de plusieurs chants ont été complètement refaites.
Veuille le Dieu, à la gloire duquel ou publie ce recueil, le bénir pour ceux qui en feront usage, et nous apprendre à tous, comme le demandait un saint docteur, à chanter ses louanges sur la terre jusqu'à ce que nous les chantions dans le ciel!