A LA MORT
Le flot du dévoûment, la source du vrai beau, Ne coule largement qu'au pied du noir tombeau ; Et le cri qui tomba des hauteurs de Solyme, Le cri du juste mort sur la croix étendu, Est et sera toujours le cri le plus sublime Que l'univers ait entendu.
Ah ! nous avons bien tort, antique souveraine, O Mort ! de contempler ton front avec terreur, De nous voiler les yeux à ta pâleur soudaine, Et, comme les enfants, de boucher à main pleine Nos oreilles à ta clameur.
-Mi HYMNE
Il vaut mieux célébrer ta céleste venue, Et rendre grâce à Dieu quand ta main imprévue Levant les lourds marteaux du logis paternel, Au sein d'une douleur qui nous pince et remue Fait retentir le grand appel.
Il fait bon te chanter, surtout quand l'infamie Menace nos vertus de son ombre ennemie, Et quand, suspendu sur nos fronts, Le crime se dispose à ternir notre vie Du soufflé de sa bouche et de ses noirs poisons.
A LA, MQ&T. 2*5
Ajors vienne la; mon ! mais au loiû les ténèbres, Les cris désordonnés et les voiles funèbires Dont la crainte sevét la, mm des tombeaux l Arrière le squelette aux (WseafenlBMxides, La poudre du cercueil et les longs vers avides Se traînant sur les os !
La mort a dépouillé ses formes redoutables,
La mort n'a plus rien de hideux :
C'est un ange au front pur, aux paroles aimables,
Avec un doux sourire éclatant dans les yeux , Un ami des humains pareil aux demi-dieux ,
116 HYMNE A LA MORT
Qui ne parcourt la terre et ses flancs misérables Que pour anéantir nos tourments odieux , Et nous donner après les palmes adorables De la gloire des deux.
A voir le peu de temps que va la chose humaine, Et combien sa ruine est rapide et soudaine, On dirait, quand la mort a mis la main dessus, Détendu ses ressorts, relâché ses tissas,
De veine en veine éteint la chaleur nourricière
Et donné la volée à l'âme prisonnière,
On dirait que pour l'homme en cadavre changé
Tout est fini sur terre , et qu'une fois rongé ,
Il n'y doit demeurer trace de son passage
Non plus que dans les cieux n'en laisse le nuage,
Ou l'ombre de la nuit sitôt que le soleil
A montré son beau front à l'orient vermeil.
Mais non : le vase d'or qui renferma le baume,
Après qu'il est brisé, laisse encor son arôme
S'exhaler dans les airs ; le temple aux contours purs
Qui garda l'Éternel à l'abri de ses murs,
Lors même qu'il n'est plus qu'un monceau de ruines,
Attire encor la foule à ses pierres divines :
Tout n'est pas terminé pour l'homme qui s'éteint, Non seulement au ciel et devant le dieu saint , Mais aussi dans les champs de l'existence humaine. L'homme en destruction , l'homme poussière vaine, Laisse encore ici bas quelque chose de grand , Qui n'est point de la vie et n'est pas le néant , Son tombeau I Le tombeau , noble et puissante masse, Qui lie à l'avenir le passé qui s'efface, Monument qui s'élève avec solennité Sur les confins du temps et de l'éternité, Et que l'ardent regret, enfant des cœurs sincères, Arrose constamment de pleurs et de prières, Afin de consoler les ossements poudreux Qui gisent pêle-mêle en ses flancs ténébreux.
*i* HYMNE
O soins touchants des morts et de la sépulture, Bons sentiments que Dieu mit dans notre nature, Vous êtes étemels, vous êtes aussi vieux Que la faoe du globe et te voûte des cieux !
On vous trouve partout : dans le fond des savanes, Sous le sauvage abri des pendantes lianes, Comme au sein des cités sur le seuil des palais Que le porphyre et l'or décorent à grands frais. Tout oe qui porte un cœur, une âme douce et tendre Peut, n'importe sa place, aisément vous comprendre, Et , sans qu'il soit besoin d'enseignements puissants, Vous comprendra toujours jusqu'au déclin des ans.
Oui , tant que par les airs l'astre doré qui brille Éclairera le froat d'an fils ou d'une fille, On verra l'humble terre ouvrir au bras mortel Son sein , pour recevoir Tassement paternel , Et le sombre eyprès, le gaaon ou la pierre Se tailler et monter en pyramide altzère, Pour raconter aux cieux, en signes éclatants, La grandeur de ta perte et le deuil des enflants. Aussi combien , malgré nos douleurs et nos larmes, Le séjour des tombeaux conserve eftoor de charmes ; Combien leur solitude émeut l'âme et souvent En dit plus que le bruit de ce monde mou vas t! Sous le couvert épais des funèbres ombrages, Aux douteuses clartés qui percent les feuillages,
Le souvenir des morts doucement agité Reparaît plein de force et plein de majesté.
Là, planant au-dessus des embarras du monde
Et largement lavé de toute fange immonde,
H éveille dans l'âme un plaisir noble et pur Gomme un beau ciel dont rien ne peut troubler l'azur.
La jeune fille morte en sa fleur virginale
Renaît avec des traits d'une grâce idéale;
Le jeune homme tombé comme un tendre sapin
Reprend le vif éclat de son brillant matin ;
Et, comme un marbre blanc sans taches et sans veines,
Le héros dépouillé des faiblesses humaines
Se remontre aux regards de son peuple attristé
Presque avec les rayons de la Divinité.
Tant la mort, comme un feu qu'un divin souffle anime, Épure toute chose à sa flamme sublime, Et, comme un sel infect évaporant le mal , Ne laisse que le bien au creuset sépulcral.
Les tombeaux, les tombeaux ! loin d'être délétère
L'air qui flotte alentour est sain et salutaire,
Et l'être qui l'aspire y puise abondamment L'apaisement de l'âme et l'encouragement.
Souvent , au seul aspect de l'urne de son père,
Un pauvre dégoûté de cette vie amère
A redressé le front et reprenant du cœur
Contemplé l'avenir d'un œil ferme et vainqueur.
Souvent, douce polombe à l'amour entraînée, Les deux pieds chancelants et la tête tournée, Une enfant près de choir aux bras dhin vfl mortel S'est abattue aux pieds du cyprès maternel :
Mais la croix secourable et l'ardente prière Bientôt l'ont relevée, et du froid cimetière . La vierge est revenue à Fantique manoir, Plus calme et plus docile aux leçons du devoir. Enfin plus d'une fois un marbre qu'on renomme Aux grandeurs de la gloire a fait rêver un homme ; Plus d'un jeune Alexandre, au cou frêle et penchant , Sur les cendres d'Achille a pleuré son néant; Et plus d'un bien-aimé des nymphes d'Aonie A trouvé le secret de sa belle harmonie,
En contemplant au fond de quelque panthéon
L'ossuaire fameux d'un Dante ou d'un Milton...
O grands morts, 6 héros, ô rois de la pensée !
O vous tous que l'envie et la haine insensée
Dès les premiers rayons de votre beau matin
De féroces abois poursuivirent sans fin :
Si la vie eut pour vous des orages sans nombre,
Si le sol d'ici-bas fut une plaine sombre,
Une arène fatale au combat incessant
Où chacun, de vos pas fut marqué par le sang,
Que votre tombe est belle, et que l'heure dernière
A bien payé les maux de votre vie entière
En vous donnant le calme et les hommages dus
A l'éclat surhumain de vos rares vertus!
Quel beau jour que le jour où plongeant sur vos âmes, La mort , aigle vainqueur, dans ses serres de flammes Vous prit ; alors la haine entr'ouvrit les deux yeux Et l'envie étouffa ses serpents odieux !
Alors vous pûtes voir tout un peuple en alarmes Baigner vos ossements de ses pieuses larmes; Mille lyres d'ivoire et mille nobles voix Chantèrent vos travaux, bénirent vos exploits ; Les bronzes meurtriers allumant leur tonnerre, Sur vos traces partout firent trembler la terre, Les étendards baissés saluèrent vos os, Et votre deuil pompeux, dans les champs du repos, Entra d'une façon vraiment plus triomphale Que ne le fit jamais la majesté royale.
Ainsi, quand le jour meurt, et que le roi des cieux, Voyant l'ombre passer sur son front radieux , Se penche vers les flots, il semble que la terre, ' Sans voix durant l'ardeur de son feu salutaire, A ce moment fatal sente plus vivement Le grand vide qui va se faire au firmament.
Alors de tous les points de sa courbe divine,
De tous les lieux frappés par l'astre qui décline,
Du fond des vastes bois, des plaines et des mers,
S'élèvent tout à coup mille souffles divers ;
Mille touchants accords montent , et ce murmure,
Ce doux frémissement de toute la nature,
Gomme une hymne plaintif de regret et d'amour
Accompagne au tombeau l'astre mourant du jour.
Ah ! loin de ressembler à ces races légères Que dévore la soif des choses passagères, Et qui sur le présent fixant toujours les yeux Jettent au vent d'oubli les cendres des aïeux ; Conservons dans nos cœurs une longue mémoire De tous ceux que la mort a ravis pleins de gloire, Et pour qui la patrie, épuisant le Paros, De ses royales mains a bâti des tombeaux.
Soit que les sombres murs des hautes cathédrales Abritent saintement leurs pompes sépulcrales, Ou soit que la nature amoureuse du frais Fasse trembler autour la feuille des cyprès,
A l'heure où vient le soir, où les ombres tranquilles
Du haut des monts voisins descendent sur les villes,
A l'heure où, moins distraits par le fracas mortel,
Les cœurs écoutent mieux les douces voix du ciel ,
Adorateurs pieux des trépassés célèbres,
Tournons souvent nos pas vers leurs couches funèbres.
Là, près d'eux recueillis, sur leur tombe inclinés,
Pensons à leurs vertus, leurs travaux obstinés ;
Pensons que tout ce luxe et de marbre et d'image,
Qui reluit sur leurs corps, est le saint témoignage
Des admirations de la société,
Et le commencement de l'immortalité ;
Que dans le vaste amas d'existences humaines
Que l'Éternel répand sur les terrestres plaines,
Bien peu jettent assez de flamme et de splendeurs Pour doter leur trépas de semblables faveurs; Que le bien et le beau sont les deux routes sûres Qui mènent à l'honneur des belles sépultures ; Mais que ces deux chemins ardus et meurtriers, Rebutent bien des cœurs et lassent bien des pieds. Pensons à tout cela : puis, rentrés dans la vie, Reprenons notre tâche avec la noble envie De laisser à nos corps de pareils vêtements.
Méritons chaque jour d'illustres monuments, En attendant que Dieu dans sa munificence Nous accorde plus haut la grande récompense.
HYMNE A DIEU
HYMNE A DIEU
Lorsque le sang chassé par de puissants ressorts Du coeur de l'homme a jailli comme Tonde, Il va roulant sa pourpre vagabonde
Par les mille canaux qui sillonnent le corps;
De toutes parts il anime, il féconde, Donne aux pieds la vigueur et la splendeur aux yeux, Et du cerveau caché sous une voûte ronde Fait sortir la pensée en éclairs radieux :
Puis , lorsqu'il sent mourir sa chaleur souveraine, Et qu'il rentre aux poumons noir, sans force et malsain,
L'air , le grand air de sa vivante haleine Comme le vieil Ésori le rajeunit soudain :
Et, tout renouvelé par l'élément divin,
Riche de sève et fort de nourriture, Voilà qu'il redescend dans l'édifice humain Avec une substance et plus rouge et plus pure.
Ainsi Tâme se meut au corps de l'univers ; Ainsi l'âme l'inonde, et, passant au travers, D'innombrables beautés parsème sa surface ; Ainsi l'âme envahit et féconde l'espace,
Brille dans l'air en sublimes flambeaux, Éclate en masses d'or, en fleurs, en animaux, Et communique à tout la puissance et la grâce ; Ainsi, Tâme , perdant sa chaleur efficace Et sentant décliner la force de son feu,
D'un vif élan remonte d'elle-même Au foyer •primitif, à la source suprême, Et va se tetremper au grand souffle de Dieu.
Ah ! l'Éternel n'est pas l'artiste solitaire Qui, l'œuvre une fois faite et le moule jeté,
Rentre dans l'immobilité, Et voit, silencieux, les choses se défaire.
Dieu , toujours en activité, Et comme un bon manœuvre à la tâche excité,
Le coude en plein dans la matière, Dieu, riche de pouvoir, de grâce et dé beauté,
A toujours de quoi satisfaire Aux besoins renaissants de la vitalité.
Par l'immense univers nulle âme n'est soustraite A l'immense regard de son œil vigilant.
A DIEU. »tt
L'humble ciron et l'éléphant,
Le corps léger de l'alouette, Et l'orbe ehevdb de l'ardente comète, Reçoivent tous, chacun dan* lour cercle mouvant* Les effluves d'ainour que son âme sécrète
Et verse à flots dorés sur l'ombre du néant.
Dieu brasse de la vie-et jette Petistebe* ...
Sans calculer le nombre et le feu qu'il y met :
Souffler la vie est son essence,
Conserver l'être est sa puissance, Et quand il le détruit, toujours il le refait Avec plus de largeur, plus de magnificence
Et de splendeur qu'il n'en avait.
Aussi de tous les points de la plaine du monde, Du centre des rayons et de l'extrémité ,
Quelle aspiration profonde Au cœur toujours battant de la divinité !
Quel élan magnifique çt^qtreHe «ourse ardente !
Quel concours d'éléments divers, De soleils vieillissants, de globes entr'ouverts,
De feux mourants, de flots amers, Avides de briser leur forme pâlissante Et de se rajeunir dans l'âme effervescente
Du Créateur de l'univers.
Non, jamais on ne vit dans l'antique carrière
Plus de chars si vite emportés, Jamais on n'entendit à travers la poussière, Pour l'ineffable but, la palme populaire,
Bondir plus de cœurs agités; Ja m ais au noir ^Mirant ^d*une sombre mêlée On ne vit l'œil en feu, la tête échevelée, Plus de fougueux guerriers prendre un rapide essor Pour saisir à la main et de pleine volée
La victoire aux deux ailes d'or.
si
*4» • ËYMNtt
Heureuse l'âme à qui l'enveloppe fait faute
Et que la main du temps dépouille par lambeau ;
Elle est près de sortir d'un lugubre tombeau
Pour atteindre aux splendeurs d'une sphère plus haute;
Elle est près d'endosser un vêtement plus beau ;
Heureuse l'âme à qui le corps fait faute!
Mais plus heureuse encore est celle qui, sachant Qu'elle reuferme en soi des Ui^^y jj^ pnor j^Uffgp • .... N'attend point pour partir et déployer les ailes Que la mort lui donne le vent !
Bienheureux, bienheureux celui qui se consume Dès le jeune âge en désirs radieux !
Qui ne pense qu'au ciel et dont Pâme s'rflume
A l'espoir d'arriver à mieux, Et qui, tel que l'aiglon, oiseau faible et sans plume,
Mais ardemment épris des cieux, Dès le nid se soulève et déjà s'accoutume A fuir le globe soucieux !
O mon âme, courage ! imite dans ta sphère L'exemple immortel des aiglons,
Fuis les voraces cris de l'épaisse matière , Dégage-toi des viles passions.
Que tes deux yeux tournés vers la sainte lumière Boivent son rayon enchanté,
iU HYMNE
Et ne perdent jamais dans la vaste carrière L'horizon idéal, source de la beauté.
Qu'importe que' k terre, enivrante syrène, Pour mieux te retenir dans les chaînes du corps, Déroule autour de toi la grâce souveraine
De ses mélodieux accords ; Qu'importe les parfums de son humide haleine
Et ses magnifiques couleurs ; Qu'importe même autour de la terrestre plaine
Le firmament et ses splendeurs :
Monte, mon âme, monte au grand foyer des âmes, Va de toute ton aile au réservoir des flammes,
Dirige là ton vol de feu, Monte, monte toujours, et ne fiais point de pauses, Et sans jamais atteindre au Créateur des choses,
Rapproche-toi toujours de Dieu !