‹ Chants civils et religieuxChapitre 21 sur 25 · CHAUT · texte numérisé non relu

CHAUT

Ne refuse jamais le peu que te demandent Des êtres chancelants dont les cercueils sont près Honore-les afin que les deux te le rendent Au jour où tu verras poindre les noirs cyprès.

Et nous, graves vieillards, patriarches des villes, Monuments respectés par les vagues du temps, Que son courant oublie, et que, comme des îles, Son flot à découvert laisse quelques instants ;

Nous qui, longtemps battus par les sombres orages, Et longtemps égarés sur la mer des vivants, A force de périls, à force de naufrages, Avons appris, hélas ! à connaître les vents ;

Nous en la main de qui la grande expérience A déposé sa lampe à la douce clarté, Et qui, dans les écueils nombreux de l'existence Marchons avec lenteur, mais avec sûreté ;

N'abusons pas des biens de la sainte sagesse, N abusons pas des dons du savoir merveilleux; Et dans le gai troupeau de la folle jeunesse Ne portons pas des fronts ridés et soucieux,

Des visages armés de sévères paroles,

Des cerveaux tout remplis d'orgueilleuses raisons ;

Pensons à nos beaux ans, à nos passions folles, Aux jours de la vendange et des chaudes moissons.

Ah ! pour elle au contraire ayons des yeux de pères ; Aimons à la reprendre et non pas à l'aigrir : De nos saines clartés, de nos pures lumières, Pour elle illuminons le champ de l'avenir.

Laissons-la pas à pas se mettre à notre place Dans les rangs de l'armée, aux conseils de l'État Devant elle sachons nous enfuir avec grâce , Gomme la nuit devant le soleil plein d'éclat.

Toutefois, en quittant les combats et l'arène, En remettant le ceste à des bras plus vaillants, Gardons-nous que l'ennui honteusement ne traîne Au sein des vils plaisirs l'honneur de nos vieux ans.

Tant que nous le pourrons, vivons par la pensée : Jusqu'au dernier soupir, jusqu'au seuil du tombeau, Que notre intelligence avec fruit exercée Augmente ses trésors, apprenne du nouveau.

Enfin, lorsque pour nous l'heure de la retraite Sonnera tristement au noir cadran des deux, Lorsque Dieu nous dira que notre course est faite Et qu'il nous faut aller rejoindre nos aïeux ;

De ce monde mouvant, de ce monde éphémère, Détachons-nous sans bruit, sans regret et sans fiel, Comme un fruit doux et mûr, et qui, tombant sur terre Bénit le sol natal et l'arbre paternel.

HYMNE A LA MORT

HYMNE A LA MORT

Je chanterai la mort, la mort inexorable, Non pas avec l'accent d'une voix lamentable

Et sur un mode injurieux; Mais je la chanterai d'une noble manière,

Gomme on chante au matin la divine lumière Qui finit la nuit sombre et colore les cieux.

O Mort ! pas un seul être en l'univers immense N'éprouve de la joie à ton sinistre aspect ; L'aigle gémit comme le roitelet, Le lion tremble, et ranimai <fà pense Sent la frayeur blanchir son visage inquiet : Et pourtant ici-bas ta lugubre présence Est un ineffable bienfait.

Quelle vieille nourrice et quelle bonne mère,

A LA MOftT. itl

Endorment mieux qtte toi les douleur* de l'enfant > Quel médecin meilleur, sur une plaie amère Verse une huile plus douce, un baume plus calmant ? Quelle tranchante épée et quelle forte laftve Comme toi rompent tous les noeuds Qu'autour du flanc des malheureux Serrent la tyrannie et la misère infâme ?

Lorsque nos vains désire se sont bien combattes, C'est ta main oui finit la lutte douloureuse, Et, quand des passions le flux et le reflux Nous a plus agités qu'une barque écameose, C'est toi qui, dominant la mer tumultueuse.,

Nous ramène une paix que nous ne perdrons plus.

Telle qu'un feu brûlant ou le jet du tonnerre,

Souvent la vie à Pacte humain

Accorde un pouvoir souverain, Une force qui met en mouvement la terre :

Mais la mort prête aux faits un plus haut caractère : Comme un sculpteur sublime et plein de gravité, Elle complète l'oeuvre et donne la beauté.

Oui, tout ce que l'on fait avec la mort eu face Porte le sceau divin qui jamais ne s'efface ;

Page 1