DE MA MERE
Il ne faut pas s'emplir la bouche et la poitrine
Uniquement d'air pur, Mais il faut aspirer aussi l'ame divine Qui régit tous les corps parsemés dans l'azur .
C'est par un nœud divin que se tiennent les choses , C'est par un joint sacré que les effets aux causes
Se rattachent dans l'univers , Et forment un grand tout des éléments divers.
Le monde est contenu dans le sein d'un seul être Qui de tous les côtés l'anime et le pénètre : .
Dans la nature et dans l'humanité A travers l'infini dés soleils et des ombres , Dieu filtre et se déroule , ainsi que l'unité Se développe dans les nombres.
Ah ! qu'il respire dans mes chants Comme il respire au sein de l'aveugle matière ; Que son souffle immortel anime mes accents Comme il échauffe aux cieux les globes de lumière !
Qu'il donne à mes élans pieux La beauté qui réside en son plus mince ouvrage ; Et que son nom sacré, traversant chaque page , Porte dans tous les cœurs l'émoi religieux !
Lorsque l'homme animé d'une haleine immortelle S'élança tout vivant du vaste sein de Dieu , L'objet qui le premier frappa son œil en feu Fut le corps ravissant de la jeune Cybèle.
aa HYMNE
Le soleil sur son front aimait à resplendir , Les vents harmonieux baisaient sa chevelure , Et sa gorge embaumée était si blanche et pure , Que sentant naître en soi l'amoureuse nature , L'homme ouvrit les deux bras et voulut la saisir.
Mais elle recula devant l'étreinte avide , Et , comme en un désert , à l'aspect du chasseur , L'antilope à l'œil bleu s'enfuit d'un pied rapide , Elle perça des airs l'immense profondeur.
Et la voilà courant , bondissant dans l'espace ,
Laissant ses longs cheveux pendre au souffle du vent, Présentant au soleil ses deux seins pleins de grâce ,
Et découvrait à Vbaiaaam emporté g*r sa trace De sublimes tamtésà cha§ue nMVenent.
« Arrête^ arréte-toi , divine créature !
Et tourne «urines yeux tes yeux calmes et deut; Gomme toi , je suis fils de la sainte nature, Je porte le non d'Jjomme et Je suis ttm époux. Dieu nous fit i!un pour l'autre , ô Vierge vagabonde! L'un par l'autre il voulut que nous fussions heureux ; Livre-moi donc sans peur ta poitrine féconde, Nous n'aurons pour témoins de notre amour, au monde, Que le flambeau du jour et la voûte des deux. »
2i HYMNE
Elle n'écoutait rien , et la parole humaine Tombait dans l'univers comme un bruit sans échos , Et bondissant toujours et sans reprendre haleine , Elle frappait les airs de ses pieds inégaux.
Cependant l'homme ardent , toujours à sa poursuite , Redoublait ses efforts comme un coursier sans frein : Déjà sur son épaule il étendait la main, Quand, toute haletante et lasse de sa fuite , Elle se transforma d'un mouvement soudain.
L'homme alors vit la nuit s'abaisser et descendre Sur l'orbite effrayant d'un abîme profond , Sur un gouffre chargé de fumée et de cendre
Et résonnant de bruits étranges et sans nom : Là , l'éclair entrouvrit son aile flamboyante, Le tonnerre gonfla sa voix rauque et bruyante , Et des blocs de granit montèrent dans les airs ; Le soleil s'éteignit : les cieux furent couverts Des ruisseaux empourprés d'une lave bouillante.
A ce grand changement l'intrépide coureur
Se sentit pénétré d'une sainte terreur.
Une sueur glacée inonda son visage ,
Il frémit , et de l'air le précieux passage
Dans sa gorge un moment par l'effroi fut coupé.
Trois fois il s'approcha du volcan escarpé ,
Trois fois il recula \ puis reprenant courage , Il s'élança d'un bond au travers de Forage, Pour ressaisir encor le fantôme échappé.
Vain effort ! le volcan n'était plus ; à sa place , Les flots impétueux d'un océan sans fin
Lançaient leur blonde écume au firmament divin , Et reflétaient les cieux dans leur claire surface. Les vents s'y promenaient en troupeaux mugissant ; Et leurs pieds vagabonds creusant mainte crevasse, Laissaient voir au soleil , difformes et changeâtes , Sous les plis onduleux de la liquide masse, Les grands corps écaillés de cent monstres nageant.
« O trompeuse déesse ! ô femme , tu m'abuses ! Cria-t-il à l'aspect du nouvel élément , Mais malgré tes détours et tes nombreuses ruses, Tu ne peux échapper à ton mortel amant.
Tu te caches en Tain sous une mer profonde :
Ah ! sous le voile épais de ton vêtement bleu , Je suivrai jusqu'au bout les volontés de Pieu ; Et pour te posséder , je traverserai Tonde Comme j'ai traversé les abîmes du feu. »
Il dit , et par les aéra laissant rouler sa plainte , Dans la mer mugissante il se plonge sans crainte , Et bat de ses deux mains tes flots tumultueux ;
Mais sous ses membres nus les vagues se durcissent , Leurs sommets blanchissansen longs poils se hérissent, L'océan prend un corps , un corps fauve et hideux : Ce n'est plus une mer qui fume et qui bouillonne , C'est un vaste animal , une ardente lionne Qui , le poitrail au vent , pousse des cris affreux.
merveilleux effet de la force divine Que l'homme , enfant du ciel , portait en sa poitrine ! sentiment du droit , ô pouvoir du cerveau !
L'homme semblait une ombre , une vaine apparence , Le monstre était énorme , et sous sa large peau Hurlait et bondissait en signe de défense ;
Et malgré son néant , l'homme ne craignit pas
De présenter le front à l'animal immense ,
Et seul , de le combattre armé de ses deux bras.
La lutte fut terrible et de longue durée ; Chacun y déploya tout le feu de son corps , Et tout ce qu'en naissant la puissance sacrée Mit dans ses reins charnus de musculeux ressorts. Mais , hélas ! dans les nœuds de l'étreinte serrée , L'homme plus d'une fois sentit l'ongle pesant Labourer le tissu de sa chair déchirée ; Plus d'une fois , hélas! les gouttes de son sang • En longs et noirs sillons tachèrent l'empyrée.
ao HïHNB
Enfin |# monatre est pria m\r* $« to* nmwx \
Et les serrant su? lui amm W* forte tàafoe , Il lui fait , gueule ouvert» çt pauma» sang htfmm . Étendre comme un mort ses membres vigoureux.
Alors, près d'exhaler son âme redoutable , L'animal frappe l'air d'un soupir Unep&hto , Et tellement plaintif , que Je vwtyriwx Entrouvre g*g deux fera* ; et Cybète exptwtie Se déroute à m pieds vaincue et géanauBte.
Terre aux larges flancs! à Tan» an vaste aeia ! D'où le ciel étoile voit d'un regard serein , Ainsi que le lait pur d'une mamelle imaaeBse ,
Couler eu milte jeta te flot de Vwmtom* !
Terre magnifique ! è Terne au vaste sein !
L'homme a fait ta eoaqujta , il est ton souverain , Ton magnanime époux , Ion vainqueur a* *oa maître ! Et tout ce que de beau peut renfermer tua être , Tout ce que ton grand corps, dan» ses flanc* caverneux, Enserre obscurément de muscles radieux , De larges fibres d or , de veines de porphyre ; Et tout ce que la face , en son charmant sourire Épanouit au ml de gtâçe et de fraîcheurs , Tes légère animaux , tes ondes et tas fleurs , Tout appartient à l'homme et forme *m empire. Il est vrai que celui par lequel tout respire , Et qui dans chaque chose infusa la douleur ,
Voulut que l'amoureux de ta jeune splendeur , L'homme attendit longtemps le jour de ta défaite, Et chèrement payât sa brillante conquête.
Hélas ! ce n'est qu'au prix de son sang répandu , Au prix de sa sueur et d'un travail ardu , Au prix d'un dur combat , d'une lutte infernale , Qu'il a vu s'incliner ta fierté virginale ; Mais , amante superbe , il te possède enfin i Ses bras en te domptant touchent au but divin. O Terre ! maintenant ne sois pas inhumaine ; Pour faire à ton vainqueur oublier toute peine , De germes plus féconds emplis tes vastes flancs , Et donne-lui sans peur d'innombrables enfans. Que ton corps de granit , dans toute sa courbure ,
Se couvre d'un manteau d'éternelle verdure ; Que les vents printaniers , les humides zéphirs , Le tiennent constamment en amoureux désirs ; Et que le prince ardent des voûtes éthérées , Pénétrant de ses feux tes entrailles sacrées , Nourrisse abondamment en ton sein producteur Les germes déposés par ton heureux vainqueur. * Terre , Terre féconde , enfante sans relâche , Et , joyeuse , toujours recommence ta tâche.
Pour ton royal époux ne te repose pas ; Sous tous les points du ciel , et dans tous les climats, Comble-le des trésors de ta riche nature :
Puisse-t-il à son tour ne point te faire injure , Et comme un cœur lassé des plus nobles attraits ,
«4 HYMNE A LA TSRRE.
Puisse-t-il ne jamais payer tant de bieafeta Par l'orgueilleux dédain de, tes gafteee sublime*. Et le lâche abandon de tes flauea roagmamea i