‹ Chants civils et religieuxChapitre 4 sur 25 · DE MA MERE · texte numérisé non relu

DE MA MERE

Il ne faut pas s'emplir la bouche et la poitrine

Uniquement d'air pur, Mais il faut aspirer aussi l'ame divine Qui régit tous les corps parsemés dans l'azur .

C'est par un nœud divin que se tiennent les choses , C'est par un joint sacré que les effets aux causes

Se rattachent dans l'univers , Et forment un grand tout des éléments divers.

Le monde est contenu dans le sein d'un seul être Qui de tous les côtés l'anime et le pénètre : .

Dans la nature et dans l'humanité A travers l'infini dés soleils et des ombres , Dieu filtre et se déroule , ainsi que l'unité Se développe dans les nombres.

Ah ! qu'il respire dans mes chants Comme il respire au sein de l'aveugle matière ; Que son souffle immortel anime mes accents Comme il échauffe aux cieux les globes de lumière !

Qu'il donne à mes élans pieux La beauté qui réside en son plus mince ouvrage ; Et que son nom sacré, traversant chaque page , Porte dans tous les cœurs l'émoi religieux !

Lorsque l'homme animé d'une haleine immortelle S'élança tout vivant du vaste sein de Dieu , L'objet qui le premier frappa son œil en feu Fut le corps ravissant de la jeune Cybèle.

aa HYMNE

Le soleil sur son front aimait à resplendir , Les vents harmonieux baisaient sa chevelure , Et sa gorge embaumée était si blanche et pure , Que sentant naître en soi l'amoureuse nature , L'homme ouvrit les deux bras et voulut la saisir.

Mais elle recula devant l'étreinte avide , Et , comme en un désert , à l'aspect du chasseur , L'antilope à l'œil bleu s'enfuit d'un pied rapide , Elle perça des airs l'immense profondeur.

Et la voilà courant , bondissant dans l'espace ,

Laissant ses longs cheveux pendre au souffle du vent, Présentant au soleil ses deux seins pleins de grâce ,

Et découvrait à Vbaiaaam emporté g*r sa trace De sublimes tamtésà cha§ue nMVenent.

« Arrête^ arréte-toi , divine créature !

Et tourne «urines yeux tes yeux calmes et deut; Gomme toi , je suis fils de la sainte nature, Je porte le non d'Jjomme et Je suis ttm époux. Dieu nous fit i!un pour l'autre , ô Vierge vagabonde! L'un par l'autre il voulut que nous fussions heureux ; Livre-moi donc sans peur ta poitrine féconde, Nous n'aurons pour témoins de notre amour, au monde, Que le flambeau du jour et la voûte des deux. »

2i HYMNE

Elle n'écoutait rien , et la parole humaine Tombait dans l'univers comme un bruit sans échos , Et bondissant toujours et sans reprendre haleine , Elle frappait les airs de ses pieds inégaux.

Cependant l'homme ardent , toujours à sa poursuite , Redoublait ses efforts comme un coursier sans frein : Déjà sur son épaule il étendait la main, Quand, toute haletante et lasse de sa fuite , Elle se transforma d'un mouvement soudain.

L'homme alors vit la nuit s'abaisser et descendre Sur l'orbite effrayant d'un abîme profond , Sur un gouffre chargé de fumée et de cendre

Et résonnant de bruits étranges et sans nom : Là , l'éclair entrouvrit son aile flamboyante, Le tonnerre gonfla sa voix rauque et bruyante , Et des blocs de granit montèrent dans les airs ; Le soleil s'éteignit : les cieux furent couverts Des ruisseaux empourprés d'une lave bouillante.

A ce grand changement l'intrépide coureur

Se sentit pénétré d'une sainte terreur.

Une sueur glacée inonda son visage ,

Il frémit , et de l'air le précieux passage

Dans sa gorge un moment par l'effroi fut coupé.

Trois fois il s'approcha du volcan escarpé ,

Trois fois il recula \ puis reprenant courage , Il s'élança d'un bond au travers de Forage, Pour ressaisir encor le fantôme échappé.

Vain effort ! le volcan n'était plus ; à sa place , Les flots impétueux d'un océan sans fin

Lançaient leur blonde écume au firmament divin , Et reflétaient les cieux dans leur claire surface. Les vents s'y promenaient en troupeaux mugissant ; Et leurs pieds vagabonds creusant mainte crevasse, Laissaient voir au soleil , difformes et changeâtes , Sous les plis onduleux de la liquide masse, Les grands corps écaillés de cent monstres nageant.

« O trompeuse déesse ! ô femme , tu m'abuses ! Cria-t-il à l'aspect du nouvel élément , Mais malgré tes détours et tes nombreuses ruses, Tu ne peux échapper à ton mortel amant.

Tu te caches en Tain sous une mer profonde :

Ah ! sous le voile épais de ton vêtement bleu , Je suivrai jusqu'au bout les volontés de Pieu ; Et pour te posséder , je traverserai Tonde Comme j'ai traversé les abîmes du feu. »

Il dit , et par les aéra laissant rouler sa plainte , Dans la mer mugissante il se plonge sans crainte , Et bat de ses deux mains tes flots tumultueux ;

Mais sous ses membres nus les vagues se durcissent , Leurs sommets blanchissansen longs poils se hérissent, L'océan prend un corps , un corps fauve et hideux : Ce n'est plus une mer qui fume et qui bouillonne , C'est un vaste animal , une ardente lionne Qui , le poitrail au vent , pousse des cris affreux.

merveilleux effet de la force divine Que l'homme , enfant du ciel , portait en sa poitrine ! sentiment du droit , ô pouvoir du cerveau !

L'homme semblait une ombre , une vaine apparence , Le monstre était énorme , et sous sa large peau Hurlait et bondissait en signe de défense ;

Et malgré son néant , l'homme ne craignit pas

De présenter le front à l'animal immense ,

Et seul , de le combattre armé de ses deux bras.

La lutte fut terrible et de longue durée ; Chacun y déploya tout le feu de son corps , Et tout ce qu'en naissant la puissance sacrée Mit dans ses reins charnus de musculeux ressorts. Mais , hélas ! dans les nœuds de l'étreinte serrée , L'homme plus d'une fois sentit l'ongle pesant Labourer le tissu de sa chair déchirée ; Plus d'une fois , hélas! les gouttes de son sang • En longs et noirs sillons tachèrent l'empyrée.

ao HïHNB

Enfin |# monatre est pria m\r* $« to* nmwx \

Et les serrant su? lui amm W* forte tàafoe , Il lui fait , gueule ouvert» çt pauma» sang htfmm . Étendre comme un mort ses membres vigoureux.

Alors, près d'exhaler son âme redoutable , L'animal frappe l'air d'un soupir Unep&hto , Et tellement plaintif , que Je vwtyriwx Entrouvre g*g deux fera* ; et Cybète exptwtie Se déroute à m pieds vaincue et géanauBte.

Terre aux larges flancs! à Tan» an vaste aeia ! D'où le ciel étoile voit d'un regard serein , Ainsi que le lait pur d'une mamelle imaaeBse ,

Couler eu milte jeta te flot de Vwmtom* !

Terre magnifique ! è Terne au vaste sein !

L'homme a fait ta eoaqujta , il est ton souverain , Ton magnanime époux , Ion vainqueur a* *oa maître ! Et tout ce que de beau peut renfermer tua être , Tout ce que ton grand corps, dan» ses flanc* caverneux, Enserre obscurément de muscles radieux , De larges fibres d or , de veines de porphyre ; Et tout ce que la face , en son charmant sourire Épanouit au ml de gtâçe et de fraîcheurs , Tes légère animaux , tes ondes et tas fleurs , Tout appartient à l'homme et forme *m empire. Il est vrai que celui par lequel tout respire , Et qui dans chaque chose infusa la douleur ,

Voulut que l'amoureux de ta jeune splendeur , L'homme attendit longtemps le jour de ta défaite, Et chèrement payât sa brillante conquête.

Hélas ! ce n'est qu'au prix de son sang répandu , Au prix de sa sueur et d'un travail ardu , Au prix d'un dur combat , d'une lutte infernale , Qu'il a vu s'incliner ta fierté virginale ; Mais , amante superbe , il te possède enfin i Ses bras en te domptant touchent au but divin. O Terre ! maintenant ne sois pas inhumaine ; Pour faire à ton vainqueur oublier toute peine , De germes plus féconds emplis tes vastes flancs , Et donne-lui sans peur d'innombrables enfans. Que ton corps de granit , dans toute sa courbure ,

Se couvre d'un manteau d'éternelle verdure ; Que les vents printaniers , les humides zéphirs , Le tiennent constamment en amoureux désirs ; Et que le prince ardent des voûtes éthérées , Pénétrant de ses feux tes entrailles sacrées , Nourrisse abondamment en ton sein producteur Les germes déposés par ton heureux vainqueur. * Terre , Terre féconde , enfante sans relâche , Et , joyeuse , toujours recommence ta tâche.

Pour ton royal époux ne te repose pas ; Sous tous les points du ciel , et dans tous les climats, Comble-le des trésors de ta riche nature :

Puisse-t-il à son tour ne point te faire injure , Et comme un cœur lassé des plus nobles attraits ,

«4 HYMNE A LA TSRRE.

Puisse-t-il ne jamais payer tant de bieafeta Par l'orgueilleux dédain de, tes gafteee sublime*. Et le lâche abandon de tes flauea roagmamea i

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