PLAINTE
Tu (lis : « Les travailleurs de terre sont heureux! » Tout maintient leur santé dans sa force première, » Ils ont pour eux l'air pur, l'espace, la lumière... » Je dis moi: Pauvres gens, que n'ont-ils pas contre eux!
Dans le brouillard des prés les fauches matinales; Le froid du soir qu'on prend en ramenant les foins ; Et le manque de vivre et le manque de soins; Et l'incessant fardeau des besognes rurales.
Puis, c'est le vent d'hiver qui vient les assiéger; C'est le soleil d'été qui leur brûle l'échiné; C'est le cheval, ce sont les bœufs, c'est la machine. Pour eux tout t'sl menace et tout devient danger.
Combien voient grisonner leurs cheveux avant l'âge ; Blessés par le bétail, combien restent perclus; Que de bons travailleurs qui ne travaillent plus. Jeunes, mais aussi \icux que les vieux du village!
La lutte avec la terre a sis martyrs aussi : Maint défricheur de sol, vaillant, robuste, alerte. Voit la fièvre du fond de la lande entr'ouverte Surgir le jetant là, hâve, faible et transi.
Combien enfin, combien à leur heure dernière, De qui le pauvre corps tout courbé, tout voûté, Avide d'un repos qu'il n'a jamais goûté, Ke pourra même pas s'étendre dans la bière!