‹ Chants du paysan (volume 2)Chapitre 15 sur 22 · DOUCEMENT · texte numérisé non relu

DOUCEMENT

Le bon laboureur qui parle à ses bètes

A pour leur parler un mot enchanté,

Qui sert même en cas de difficulté.

Comme les humains les bœufs ont leurs têtes,

Plus d'un l'a souvent très près du bonnet ,

Et ce mot suffit pour les calmer net :

« Doucement Barrot! Doucement Yermet! «

Dès le point du jour monté dans sa terre, Le bon laboureur qui ne chôme pas, Pousse sa charrue en sifflant tout bas. L'aiguillon qu'il tient n'aiguillonne guère;

Les bœufs vont tout seuls tirant sur l'arau Mais le soc à gauche enfonce un peu trop : <' Doucement Vermet ! Doucement Barrot ! »

La clialeur du jour devient meurtrière :

C'est l'heure où l'on mange et Tlieure où l'on dort.

Les bœufs dételés mais liés encor

S'en vont joug au front boire à la rivière.

Or l'un ne veut pas quand l'autre voudrait;

11 lève la tête et reste en arrêt :

« Doucement Barrot! Doucement Vermet! »

Et sans prolonger cette luimeiir revèche, Tous deux font la paix, ils boivent tous deux. Le bon laboureur rentre alors ses bœufs; Leur étable est propre et leur paille est fraîche, Ils ont du bon foin tant qu'il leur en faut. Qui fi'appc est l)icn t'nii, qui crie est iiicn sot! « Doucement Vcrrnel ! Itoucement Barrot ! »

DÉFRICHEMENT

DÉFRICHEMENT

En tourbillons légers tout à coup disparues Les hirondelles sont déjà sous d'autres cieux ; Dans les airs refroidis | assent des vols de grues ; Le hibou hurle au fond des bois silencieux.

Comme un vaste filet aux innombrables mailles On voit s'étendre au loin les champs deux fois hersés: Nos pères nourriciers ont fini leurs semailles, Calmes mais assidus, actifs mais non pressés.

La besogne s'est faite en saison opporluno. Décembre peut venir et ses mortels frimas, Les blés auront déjà deux feuilles au lieu d'une, Ils vivront et le pain ne nous manquera pas.

Cependant sans repos autre que son dimanch(>, Voilà le travailleur qui retravaille encor, Il a pris de nouveau sa pioche et sa tranche, Et sa force invaincue entame un autre effort.

Il va là-liaut fouiller les flancs de la colline. Son tlls aux bras nerveux l'a déjà devancé Qui lourdement courbé sur le soc qu'il incline, Trace le premier rang pour le premier fossé.

La terre en vain résiste; il appuie, il pénètre; Et, comme un chef d'armée avec ses bataillons. Sur le sol défriché dont il s'est rendu maître, Jl va de place en place installer ses sillons.

Puis le père à son lour fi'appc la leri'e é[)aisse; En ôte l'iierbc; y mêle un fumier bien tassé; Comme le laboureur de; la fal)le, il ne ItMSse ÏN'ulle place où la main n'ait vin^;! luis repassé.

DÉFRICHEMENT 75

Il n'est trésor caché que son effort n'atteigne. Les germes endormis sortent de leur sommeil, Le fond du sol creusé boit l'air et s'en imprègne, Le rocher mis à nu se réchauffe au soleil.

Enfin un grand carré se dessine et s'aligne. Jamais sol mieux choisi n'eut un apprêt meilleur C'est le berceau futur de la future vigne... L'homme a fait son devoir. Fais le reste. Seigneur!

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