DOUCEMENT
Le bon laboureur qui parle à ses bêtes
A pour leur parler un mot enchanté,
Qui sert même en cas de difficulté.
Comme les humains les bœufs ont leurs têtes,
Plus d'un Ta souvent très près du bonnet .
Et ce mot suffit pour les calmer net :
« Doucement Barrot ! Doucement Vermet ! »
Dès le point du jour monté dans sa terre, Le bon laboureur qui ne chôme pas, Pousse sa charrue en sifflant tout bas.
L'aiguillon qu'il tient n'aiguillonne guère ;
Les bœufs vont tout seuls tirant sur l'arau Mais le soc à gauche enfonce un peu trop :
« Doucement Vermet ! Doucement Barrot ! »
La chaleur du jour devient meurtrière :
C'est l'heure où l'on mange et l'heure où l'on dort.
Les bœufs dételés mais liés encor
S'en vont joug au front boire à la rivière.
Or l'un ne veut pas quand l'autre voudrait ;
11 lève la tête et reste en arrêt :
« Doucement Barrot ! Doucement Vermet ! »
Et sans prolonger cette humeur revêche, Tous deux font la paix, ils boivent tous deux. Le bon laboureur rentre alors ses bœufs ; Leur étable est propre et leur paille est fraîche, Ils ont du bon foin tant qu'il leur en faut.
Qui frappe est bien fou, qui crie est bien sot! « Doucement Vermet î Doucement Barrot ! »
DÉFRICHEMENT
DÉFRICHEMENT
En tourbillons légers tout à coup disparues Les hirondelles sont déjà sous d'autres deux; Dans les airs refroidis i assent des vols de grues ; Le hibou hurle au fond des bois silencieux.
Comme un vaste filet aux innombrables mailles On voit s'étendre au loin les champs deux fois hersés ; Nos pères nourriciers ont fini leurs semailles, Calmes mais assidus, actifs mais non pressés.
La besogne s'est faite en saison opportune.
Décembre peut venir et ses mortels frimas, Les blés auront déjà deux feuilles au lieu d'une, Ils vivront et le pain ne nous manquera pas.
Cependant sans repos autre que son dimanche, Voilà le travailleur qui retravaille encor, Il a pris de nouveau sa pioche et sa tranche, Et sa force invaincue entame un autre effort.
Il va là-haut fouiller les flancs de la colline. Son fils aux bras nerveux Ta déjà devancé Qui lourdement courbé sur le soc qu'il incline, Trace le premier rang pour le premier fossé.
La terre en vain résiste; il appuie, il pénètre; Et, comme un chef d'armée avec ses bataillons, Sur le sol défriché dont il s'est rendu maître, Il va de place en place installer ses sillons.
Puis le père à son tour frappe la terre épaisse; En ôte l'herbe; y mêle un fumier bien tassé; Comme le laboureur de la fable, il ne laisse Nulle place où la main n'ait vingt fois repassé.
DÉFRICHEMENT 75
Il n'est trésor caché que son effort n'atteigne. Les germes endormis sortent de leur sommeil, Le fond du sol creusé boit l'air et s'en imprègne, Le rocher mis à nu se réchauffe au soleil.
Enfin un grand carré se dessine et s'aligne.
Jamais sol mieux choisi n'eut un apprêt meilleur C'est le berceau futur de la future vigne...
L'homme a fait son devoir. Fais le reste, Seigneur !
VIGNE
VIGNE
Ingrat qui te crois malheureux, Et te plains des coteaux pierreux, Ta pierre est pierre d'espérance.
Plante la Vigne, vigneron !
La Vigne est le plus beau fleuron De la couronne de la France !
Pour sûr ça ne vient pas tout seuli Interroge un peu ton aïeul,
Consulte l'ancien du village.
Ils t'en diront long les bons vieux.
Et s'ils pouvaient parler tes bœufs Ils t'en diraient bien davantage.
Ils te diraient que de labours
Il lui faut ! et que de secours
Pour que la vigne vive et prenne.
Le proverbe est sage en effet
Et c'est pour elle qu'il est fait :
« Tout par travail et rien sans peine. »
Tes blés ne sont rien à côté, Quand le gi'ain en terre est jeté, Il pousse presqîf^aventure Mais l'autre... hélas*T^guvre de toi ! Ça craint le chaud, ça crauft^ froid, Et des maux de toute nature. \
Seulement... — oh ! oui seulement —
Quand la grappe pend au sarment \
Et que le vendangeur la cueille, V /
Quand sous le pampre échevelé \ f
Le raisin brille bien gonflé
C'est de l'or qui naît sous la feuille.
VIGNE 81
C'est ta fortune, et c'est encor
L'esprit plus gai, le bras plus fort,
Un peuple heureux qui se sent vivre.
Honneur au raisin noir ou blond !
Et fi de la fleur du houblon
Qui vous rend saoul sans vous rendre ivre !