PAIN ET VIN
Dans la plaine, les blés comme un grand lac tranquille Etalent au soleil leur blonde immensité ; Sous la brise parfois leur lourde masse oscille, Mais, reprenant bientôt leur surface immobile, Ils dorment le sommeil de la fécondité.
Or voici que du haut de la vieille colline, — Spectacle merveilleux dont les yeux sont surpris — Un torrent de feuillage accourt, bondit, chemine, Cascade aux flots changeants dont la splendeur domine Verte et pourpre au milieu des sillons noirs et gris.
C'est elle, c'est la vigne ! miracle ! mystère !
Cet arbrisseau moins grand qu'un buisson des chemins
Qui porte dans ses flancs, qui verse dans ton verre
Le rire du soleil et le sang de la terre,
C'est la joyeuse sœur du blé cher aux humains.
L'un ne va pas sans l'autre et tous les deux font l'homme. Aux nations sans vin la chair est sans esprit. La vigne est la fierté des peuples qu'on renomme. En Grèce, vin de Chio, vin de Falerne à Rome, C'est sous les pampres verts que la gloire fleurit.