MERCI
C'est ainsi qu'éloigné des luttes politiques,
Au fond de l'Àngoumois j'ai fait ces chants rustiques
Et paysan, vivant parmi les paysans,
J'apaisais mes soucis à partager leurs peines,
Fermant l'oreille au bruit des insultes lointaines
Dont l'écho se perdait sous les cieux bienfaisants.
Oui, c'est ainsi que calme et muet sous l'injure, Sans rancune, mais non certes pas sans blessure,
J'acceptais mon destin sans accuser mon sort, Ainsi que dans l'asile hérité de mon père, Laissant agir pour moi le temps en qui j'espère, Je forçais ma pensée à suivre un autre essor.
mes vieux métayers témoins de mon enfance, Amis dont l'amitié prit toujours ma défense, Hommes au front ridé, femmes aux cheveux blancs, Chers et bons compagnons de qui la rude étreinte Honore sans discours, et compatit sans plainte, Et qui portez joyeux vos fardeaux accablants !
mon ruisseau d'argent, ô ma claire Nisonne
Où dort le nénuphar, où le roseau frissonne,
Conseillère d'oubli, de sagesse, et d'espoir!
O mon vieux toit paisible entouré de cabanes
Et dont le seuil usé porte en lettres romanes
Comme un conseil d'ami ces deux mots « Bon Vouloir »,
Et vous vertes forêts, et vous vieilles allées,
Abri consolateur des âmes désolées
Où les ombres des miens marchaient à mes côtés;
Sol généreux et fort de ces tranquilles rives,
Champs couverts de moissons, prés sillonnés d'eaux vives,
Quelle aide et quel secours vous m'avez apportés !