‹ Chants du paysan (volume 3)Chapitre 15 sur 17 · RONDE · texte numérisé non relu

RONDE

Dansé autour du cep, vieux soleil de Gaule !

Donne à chaque pied, mets dans chaque grain Tout ce qui sourit, tout ce qui console Et que le sanglot s'achève en refrain.

Danse autour du cep, vieux soleil de Gaule !

Danse autour du blé, soleil de chez nous !

Donne à chaque épi, mets dans chaque gerbe

Toute la santé nécessaire à tous.

Rends la mère heureuse et l'enfant superbe.

Danse autour du blé, soleil de chez nous !

Danse autour des fronts, soleil de la France ! Fais luire à nos yeux longtemps obscurcis Un rayon de gloire, un feu d'espérance ; Mets ton nimbe d'or sur nos noirs soucis.

Danse autour des fronts, soleil de la France !

Danse autour des cœurs, soleil du bon Dieu ! Verse dans chaque homme, inspire à chaque être, L'immense besoin de s'aider un peu.

Car vivre pour soi mieux vaut ne pas naître ! Danse autour des cœurs, soleil du bon Dieu !

PAYSAN

PAYSAN

Il est des gens qui font de ce terme, une injure, Ingrats qui, dédaignant village et villageois, Raillent ces va-nu-pieds à la main noire et dure Qui s'acharnent, courbés sur leur besogne obscure, Et vivent au milieu des bêtes et des bois.

— bon travailleur de la terre !

Je baise ta main tutélaire

Qui me nourrit et me soutient.

Cher va-nu-pieds je te vénère.

Paysan, paysan mon père, Merci du pain quotidien. —

D'autres, en lui jetant ce nom dans un blasphème, Viennent dire : « C'est bon pour lui de croire en Dieu ; » De graviter autour du vieux clocher qu'il aime, » Entre les fils qu'il fait et les moissons qu'il sème : » Soyons sans foi ni loi, n'ayons ni feu ni lieu. »

— croyant des vieilles croyances !

La terre à qui tu te fiances N'épouse pas les mécréants.

Laisse ces fous à leurs démences, Car ce sont les espoirs immenses Qu'il faut à tes efforts géants. —

Ceux-ci plus réfléchis mais non pas moins sévères Blâment le paysan d'être sans passions, De regarder passer les hommes populaires Sans imiter nos cris, sans gagner nos colères, Indifférent et sourd à tant d'ambitions...

— vrai philosophe ! vrai sage !

Qu'un tribun débarque ou naufrage

PAYSAN. 95

Tu n'en paieras pas moins d'impôts.

Qu'importe au rocher de la plage La couleur des flots si leur rage Doit le harceler sans repos : —

« Mais, disent-ils, il al'âme avare et vilaine ; * Sa force infatigable et ses bras invaincus, » C'est par amour du gain qu'il les rive à la peine ; a 11 ne rêve qu'épargne, il ne cherche qu'aubaine ; » Et son cœur sans désir danse au bruit des écus. »

— prévoyant de la misère !

Le reproche qu'ils t'osent faire C'est de vouloir vivre demain.

Econome d'un gain précaire, Tu manges peu ne gagnant guère, Pauvre thésauriseur de pain ! —

« Pour la glorifier sa tâche est trop aisée,

» Dit l'autre, son travail n'occupe que ses bras.

» Il s'y rend sans élan, il s'y met sans pensée ;

» D'un geste machinal sa charrue est poussée ;

» Ses bœufs marchent il n'a qu'à marcher dans leurs pas. »

— serviteur sans servitude !

Ta tâche est difficile et rude,

Tu guettes l'heure et le moment :

Le ciel, les airs sont ton étude ; Et tu lis avec certitude Au grand livre du firmament. —

« L'homme des champs fût-il l'homme de la nature » Que le poèter admire en le poétisant; » Eût-il l'esprit plus haut et la raison moins dure ; » Eussions-nous tous pitié du tourment qu'il endure, » Un paysan toujours restera paysan. »

— Oh ! oui restez ce que vous êtes !

Faites toujours ce que vous faites !

Méprisez ces mots méprisants.

Calmes, laborieux, honnêtes, Levez vos yeux, dressez vos têtes, Hommes du pays, Paysans ! —

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