‹ Chants du paysanChapitre 7 sur 7 · ECOLIER · texte numérisé non relu

ECOLIER

Petit garçon qui te rends à l'Ecole, Cueillant les fleurs et battant les buissons, Le temps qu'on perd est du bien qu'on se vole; Petit garçon, songe à la parabole :

Sans le bon grain pas de bonnes moissons.

Cet alphabet sur lequel tu sommeilles, Ce crayon noir qui te semble odieux, C'est la clef d'or du pays des merveilles. Petit garçon, l'erreur vient des oreilles, La vérité suit le chemin des yeux.

Pour vivre il faut produire, acheter, vendre ; Nul aujourd'hui ne compte sur ses doigts : Que sauras-tu ne voulant rien apprendre? Petit garçon, l'homme doit se défendre, Il est des loups ailleurs que dans les bois.

Des gens viendront qui te voyant t'instruire Se récrieront : « On en sait trop toujours ; » Bien labourer vaut autant que bien lire. » Petit garçon à ces gens tu peux dire : a Un bon écrit vaut mieux qu'un sot discours.

D'autres voudront, dans leur orgueil facile, Effacer Dieu de ton cœur obscurci, Ils railleront ta prière docile.

Petit garçon, cite-leur l'Evangile.

La vieille Edise est une Ecole aussi.

LE VIEUX

LE VIEUX

Le râle interrompu reprend, redouble même; Le front osseux et brun se décharné et pâlit ; Le prêtre est là disant la prière suprême, Iandis que les enfants pleurent au pied du lit.

Les enfants? Les enfants? Ce sont déjà des pères, Même le moins âgé des cinq qui sont présents. Ils unt chacun des fils ayant chacun des terres, fout ça bien élevés, mais tout ça paysans.

Et celui qui meurt là, c'est le chef, c'est l'ancêtre, Le vieux, de qui les mains ont moisson par moisson, Sou par sou, jour par jour, sans repos, sans bien-être, Assemblé le domaine et bâti la maison.

Il s'est pourtant couché la veille sans se plaindre, Eu se déshabillant tout seul comme il faisait ; Rien n'indiquait qu'en lui la vie allait s'éteindre ; Pourquoi ce soir, plutôt qu'hier? Lui seul le sait.

Mais seulement, le soir, au repas de famille, 11 a fait sans parler le tour de tous ses gas; Et, le bâton de houx qui lui sert de béquille, 11 l'a jeté lui-même au feu d'un geste las.

A coup sûr il est vieux, il est fatigué certe, Et depuis bien assez longtemps, — oh ! bien assez ! — Sous ses robustes bras la terre s'est ouverte,' Pour qu'elle s'ouvre enfin sous ses pieds harassés.

Mais ce n'est pas de quoi déraciner ce chêne. Non, non ! son cœur d'hier vaut son cœur d'aujourd'hui Ce n'est pas lui qui fuit le travail et la peine, Hélas! c'est le travail qui ne veut plus de lui.

LE VIEUX

Pour la première fois sans qu'aucun le lui dise, — Et qui donc eût osé le lui faire entrevoir? — Le vaillant a senti finir sa vaillantise : C'en est fait du labeur, c'en est fait du devoir.

On a rentré les blés sans qu'il ait pu rien faire ; m porter le fallut dans le chemin bourbeux ; Ni balayer les grains épars tombés dans Taire ; A peine se tenir deboul devant les bœufs.

Et dès lors, à quoi bon prolonger sa faiblesse?... Il sent qu'il n'a plus rien à faire; il s'y résout. Il ne meurt pas d'un mal quelconque ou de vieillesse, Il meurt de n'avoir plus à vivre, voilà tout.

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