‹ Chants du soir [microforme]Chapitre 25 sur 34 · IMPROMPTU · texte numérisé non relu

IMPROMPTU

Sur réception de mon Diplôme

N ON, ce n’était pas un fantôme, Un sylphe dans l’air emporté :

Il existait, ce cher diplôme,

Malgré mon incrédulité.

a nt Re

Et dans son langage admirable Il montre en pleine frondaison Notre antique feuille d'érable

Ornant notre jeune blason.

Pour plaire aux yeux mille arabesques S'entremélent aux lettres d’or,

Et leurs caprices pittoresques

Font au diplôme un gai décor.

Quand je le tirai de sa tige -J'en fais candidement l'aveu— Mon cœur comme pris de vertige

Faisait ma main trembler un peu.

Pensez ! un auteur sans diplôme !

Mieux vaut un chef sans escadrons, Mieux vaut un prince sans royaume,

Un maître coq sans 8€8 chaudrons !

ne

Rien à payer ! Quelle surprise ! J’en suis encor tout interdit.

Siècle vénal que l’on méprise,

Je mets le fait à ton crédit.

Ce diplôme—je n’ose y croire— On dit que je l’ai mérité.

Est-ce l'aurore de la gloire ?

J'en doute, il m’a si peu coûté !

Or, la gloire coûte la vie, Et ma foi je me porte bien, Pour vivre vieux j'ai bonne envie

De n’écrire plus jamais rien.

Le paysan dort sur le chaume Et le soldat sur son laurier ; Moi je m’endors sur mon diplôme :

Chacun choisit son oreiller.

oo

Mon fils est là qui me surveille

Il est encor là près de moi.

C’est l'encre d’or qui l’émerveille.

—Papa, pourquoi cet Or, pourquoi ?

—Dans leur attention discrète Et de l'or sachant la valeur, Ils ont vouiu que le poète

En connut du moins la couleur !

BIOS IN PANTI

M ÊME regret rassemble autour de cette bière

Tous ceux-là qu’il aimait et ceux qui l'ont aimé.

L’irrésistible élin d’une même prière,

Montant vers le ciel bleu, Dieu sourit, désarmé.

La mort qui l’a frappé nous attend à son heure. Nos fronts se courberont sous son souffle glacé, Car dans le Temps hâtif tout fuit, rien ne demeure,

Et nous passerons tous ainsi qu’il a passé.

Mais quand l’homme a fermé les yeux à la lumière

Il retrouve la vie au-delà du trépas Et si durant le Temps il redevient poussière

Fait pour l'Eternité, l’homme entier ne meurt pa“.

L'espoir d’une autre vie immortelle et sereine Illumine la nuit si noire du tombeau.

O poète vers qui le souvenir m'’entraîne,

Par-delà je te vois plus heureux et plus beau.

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