SI J'ÉTAIS
I j'étais riche j’emploierais Mon or à de belles dentelles ; J’aurais les chapeaux les plus frais Et les modes les plus nouvelles, Je me couvrirais de bijoux, Et de cet or loin d’être chiche, Avec je ferais des jaloux
Si j'étais riche !
Gi j'étais jeune je saurais
Employer bien mieux mes journées.
Je serais prudente et j'aurais
Mieux soin de,mes pâles années.
J'éviterais le moindre excès
Dans les plaisirs et dans le jeûne ; J'apprendrais un peu de français
Si j'étais jeune !
Si j'etais belle je voudrais M'amuser à mille conquêtes J'aurais plaisir par mes attraits A voir pâlir les plus coquettes.
Je me parerais avec fré
Pour séduire le plus rebelle ; Je n'aurais pas besoin de fard
Si j'étais belle !
Si j'étais fine j'emploierais Mon esprit à mainte malice, En gerbes je le lancerais, Véritable feu d'artifice !
J’étonnerais par mes diseours, Ma gaité, ma grâce badine, Et j'en userais tous les jours
Si j'étais fine !
Si j'étais bonne je verrais Sur moi s’exhaler moins de bile
Et peut-être je trouverais
Un vieux garçon pas difficile.
Les pauvres plus souvent viendraient Me demander un peu d’aumône Et les mains pleines s’en iraient
Si j'étais bonne !
Le Baiser de la Mariée
Récit d'un Notaire
MONOLOGUE N peu de mots voici ma dernière aventure Que je viens vous conter dans le plus grand secret, Ne dites pas un mot de ma déconfiture,
Mesdames, car bientôt tout le monde en rirait.
Si je le dis à vous c'est que vos cœurs honnêtes
Eyrouveront nour moi la plus franche pitié,
Et j'en appelle à vous, les blondes, les brunettes, © vous du genre humain le meilleure moitié.
À ma mine confuse, à ma pose tragique
Déjà vous soupçonnez une histoire d'amour
Où quelque fille d'Eve à la grâce magique
S'est joué de mon cœur sans remords ni détour.
Et vous avez raison. Les trois quarts cle nos larmes, Voyons, n'est-ce pas vous qui les faites verser,
Quand vous nous accablez du poavoir de vos charmes ? Mais je m'attarde trop, il me faut commencer.
J'aurai trente ans demain ; je suis célibataire
__C'est un renseignement que je donne en passant— Et puis s’il faut le dire... eh bien. je suis notaire Preuve que je suis sage et que je suis d'un sang
A ue point m'inspirer d'imprudentes folies.
Cela ne veut pas dire (ensemble entendons-nous)
Que je n'ai pas des veux pour vous trouver jolies Et des lèvres aussi pour le dire à genoux.
Comme entrée en matière il faut d’abord vous dire
Que j'étais amoureux du plus joli minois
Possédant—je puis bien en parler saus médire-- Le teint frais d’une anglaise avec des yeux chinois. Peut-être direz-vous : Quel singulier mélange, Frasque de la nature impossible à sonder.
Très beau type après tout ; ce n’était pas un anze Mais une fille d’Eve et bonne à posséder.
Par malheur un rival survient, car il s’en trouve Pour faire un peu souffrir ces pauvres Amoureux, Le sort veut que trop tard souvent on le découvre Et la mort dans le cœur on jou. : à l’homme heureux
C'était un avocat, concurrent redoutable
Pour un pauvre notaire à sa table endorni, Et, circonstance hélas ! souvent inévitable.
Ce rival-là c'était, devinez...... mon am
Ami de cœur, lié dès la première enfance
s Sans qu'un nuage n’ait assombri notre ciel :
Et de cet ami-là vient la première offense,
Et de cette amitié tombe le premier fiel.
C’est à moi qu’il devait cette bonne fortune D'avoir un jour connu cette superbe enfant ; Preuve que l’obligeance est souvent importune, Et le sage est celui qui toujours s'en défend.
Un autre tort que j’eus et que je me reproche C’est d’avoir trop vanté la belle que j'aimais Le cœur de mon ami n’était point fait de roche ;
C'était le mettre à rude épreuve, je l’admets.
li m'écoutait d'abord avec indifférence,
Me raillant d’un amour qu’il ne connaissait pas, Se moquant sans merci de mon exubérance
A faire son éloge, à vanter ses appats.
Un soir, c’était au bal (j'enrage quand j'y pense)
Peut-être pour savoir si je l'avais blagué,
Il flirte avec ma belle ct fait grande dépense
De bons mots. A la fin j'étais fort intrigué ; Après tout, me disai-je, il n’est rien de blamable Dans le fait de conter fleurette à frais minois. Pourtant plus auprès d'elle il devenait aimable, Plus il semblait sur moi jeter des yeux narquois.
Ce bal me parut long d'autant plus que la belle, Me laissant à l'écart, l’avait pris pour danseur. Si je m'en voulus d'être à la danse rebelle
Moi présent, il était déjà mon successeur.
Le lendemain matin, surpris, j'eus sa visite ;
Remis complètement de sa dernière nuit,
Il paraît tout joyeux qnand moi, confus, j'hésite A lui parler du bal, de mon bonheur détruit.
“ Tiens, dit-il, je te dois parler avec franchise ; Ce que tu m'as dit d'elle est bien la vérité ;
Je l'ai trouvée aimable, intelligente, exquise ; Et je suis ton rival ; t'en serais-tu douté ? Chagrin de te causer, mon cher, autant de peine, Mais que veux-tu ? l'amour fait souffrir ici-bas. Acceptons tous les deux la veine et la déveine Sans cesser d’être amis ’--Je ne répondis pas. De ce jonr la partie était pour moi perdue
Et je ne cherchai point à lutter contre lui.
Marguerite n’eut plus ma visite assidue
Et ne connut jamais ma peine et mon ennui.
Mais le pire, mon Dieu, me reste encore à dire
Et je ne sais comment me résoudre à parler.
Contre ma lâcheté je ne puis trop médire.
D'ailleurs il est trop tard, je ne puis reculer, Poussant l’effronterie aux limites extrêmes,
Un bon jour il m'arrive et me dit sans tarder : ‘ Oubliant le passé, prouve-moi que tu m'aimes, Que tu n'as point rancune et vas me secunder. Pour passer le contrat il nous faut un notaire, Et ma future et moi, c’est toi que nous voulons, N'est-ce point un plaisir pour un célibataire
De faire des contrats aussi gais, si peu longs ? Ce sera pour demain ; j’invite peu de monde,
Senlement la famille et deux ou trois amis. ”
Et me prenant la main sans que je lui réponde
Il me jette ces mots : C’est convenu, promis ’?
Pris il part aussitôt sans me donner la chance
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
FF
FEEFEERE
FFFF N [e]
EF F Fe ]