‹ Chants du soir [microforme]Chapitre 30 sur 34 · EE ER · texte numérisé non relu

EE ER

Un jour, flagellant ton génie,

Le vent d'orage t’emporta ;

Tu connus la longue insomnie Sous l’humble toit qui t’abrita.

Proscrit de la rive sereine,

Tu promenas une âme pleine Des regrets qui t’ont consumé, Et quand vint l’heure déchirante Par une main indifférente

Ton regard éteint fut fermé.

Sur le cercueil qui te renferme Avec os pleurs jetons l’oubli ; Que le couvercle se referme Sans insulte à ton front pâli.

Oui, paix à ton âme chrétienne Et que l’église se souvienne

Des hymnes que chantait ta voix.

Tu mérites qu’on te pardonne, Car tu portes double couronne :

Poète et martyr à la fois.

Cinq lustres sont passés depuis que le poète À trouvé dans la mort la fin de son exil Et toujours ignorants du lieu de sa retraite,

Nous demandons encore ; où donc repose-t-il ?

Ne parlons point d’e xil ; parole mensongère,

Car le sol qui contient ce qui reste de toi Ne fut jamais, Ô barde, une terre étrangère

Puisque nous lui devons et la langue et la foi.

Hélas nous nous bercions d’une vaine espérance, Comme les compagnons du vieux soldat mourant Et comme eux nous disions, le regard vers la France, Ses restes verront-ils les bords du Saint-Laurent ?

Des mains qui t’ont couché dans la fosse commune Sans regrets, sans amis, sans pompeux appareil, Dérision du sort il n’en reste pas une

Pour nous marquer l'endroit de ton dernier sommeil.

Ah ! nous n’étions point là pour suivre ta dépouille Et te faire en pleurant nos suprêmes adieux, Mais une pierre ici qui défiera la rouille

Vaut mieux qu’un peu de cendre au pays des aïeux

Oh ! lorsque tu sentis venir l'heure suprème Où tout être créé doit rendre compte à Dieu Loin du pays où sont tous ceux-là que l’on aime,

Et sans personne à qui dire un dernier adieu,

Une angoisse profonde a dû t” étreindre l’âr* De mourir loin des tiens, ignoré, méconnu ; Mais dors en paix, Ô toi que la patrie acclame,

Car tout un peuple ici de toi s'est souvenu,

Oui, dors paisiblement dans ta tombe ignorée, Sans craindre désormais l'oubli tant redouté, Car voici qu’une voix tardive, inespérée

Te parle de réveil et d’immortalité.

Et puisque loin des tiens ta dépouille repose Et que le marbre manque à ton humble tombeau, | Nous l’élevons ici, dernière apothéose,

Plus digne de ton nom, plus durable et plus beau. (1)

En ces temps agités de luttes politiques Où l'effort se mesure aux rêves du moment, Des cœurs épris du beau, des cœurs patriotiques

Au vaincu de la vie offrent ce monument.

Et si nons élevons ce buste à ta mémoire, Ce n’est point pour sauver ton grand nom de l’oubli ; Ton œuvre te suffit pour mériter la gloire

Et vivra plus longtemps que ce marbre poli.

(1) Depuis, des mains pieuses ont découvert l'endroit où repose le pee une pierre y marque les pleurs et le souvenir de la nation francocanadienne,

C'est pour que ta présonce en cette grande ville Qui te donne aujourd’hui son hospitalité

Nous fasse faire trève à toute œuvre servile

Et tourne nos regrets vers la postérité.

Oui, sois pour la jeunesse une leçon profonde, Qu'’elle apprenne à chanter, qu'elle apprenne à souffrir Et sache que l’on peut par une œuvre féconde

Survivre à sa poussière et ne jamais mourir.

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RAR RRER EN

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