‹ Chants du soir [microforme]Chapitre 6 sur 34 · UN · texte numérisé non relu

UN

Car on dit que la cloche au jour de son baptême Comme nous prend une âme et comme nous elle aime, Elle chante, elle pleure, elle rit comme nous

Et rend hommage à Dieu sans se mettre à genoux.

On la laissait dormir en son coin solitaire,

Et faite pour chanter, condamnée à se taire,

Et payant de l’exil, du dédain, de l’oubli,

Dix lustres d’un travail constamment accompli.

Anssi le ciel ne put laisser dans la détresse ë

Celle qui sans murmure ainsi que sans faiblesse i Pendant un demi-siècle avait à tout moment | Fait entendre sa note et voilà donc comment Ë À Deux smis généreux et fiers de son histoire, F4

Ne voulant point la voir mourir ainsi sans gloire,

Lui trouvent v :: clocher dont l'hospitalité

Va lui faire oublier son nid gi regretté.

La voilà commençant sa seconde carrière Là-haut dans cette tour qui servit de volière. Pour l’y mettre on choisit la meilleure saison, Alors que les oiseaux vers un autre horizon

S'en vont chercher là-bas une plus chaude brise, Ignorant qu’au retour la place sera prise

Et qu’un hôte encombrant, installé pour toujours, Ne leur permettra plus d’y filer leurs amours,

Car l’airain f-émissant en vibrantes volées

Jettera l’épouvante aux ailes affolées,

Et le clocher désert, heureux de t’abriter,

O cloche, et de t’entendre à chaque heure chanter, Oublieux des oiseaux qui lui sont infidèles, Grives, chardonnerets et frêles hirondelles,

S'accoutumeront vite au bruit de ton battant

Qui sait donner une âme au bronze palpitant,

Tu renais à la vie et ta voix orthodoxe, Par les brises d'été, par les vents d’équinoxe, D'une même envolée et paternellement

Ramènera toujours l'élève au règlement,

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À t'entendre on croirait une cloche nouvelle, Tant tu mets à sonner de l’entrain et du zèle, Mais le chiffre qu’on voit dans le bronze incrusté : A trahi le secret de ton antiquité, “:

Nous savons maintenant, grâce à ce millésime,

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Que tu n’es pas très loin d’être sexagésime. ë Mais malgré ton grand âge, Ô bourdon des Bois-Francs, | Ë Par ton allure et par ta voix tu novs surprends, È

Tout un monde nouveau t’accueille et te fait fête.

Tous les clochers voisins et la voix d’un poète,

Saluant ta venue en ce jour de gaîté,

Vont te faire un regain de popularité.

Et si je suis ici comme interpréte, Ô cloche,

Avec mon faible verbe et mon geste qui cloche,

Et si c’est moi qu’on a choisi pour te chanter,

Pour évoquer ta vie et pour la raconter.

C’est que cloche et poète habitant le nuage,

Pour parler à la foule ont le même langage

Ét vont toujours chantant sans craindre et sans faiblir. Mais pendant que l’on voit le poète vieillir,

La cloche toujours jeune à tous les échos jette

Sa note, que ce soit jour de deuil ou de :éte.

Aussi ne crains plus rien, car dans l’humble clocher Où sans nul appareil on vient de te percher

Tu n’auras plus jamais à subir cette injure ;

Crois-moi, c’est un poète ami qui te le jure.

Voici les noms des deux généreux donateurs qui ont fait cadeau de cette cloche : M. L'abbé Chs. Ed. Mailhot, ancien curé de Saint-Paul de Uhester et M. L'abbé E. P. de Courval, curé de Saint-Grégoire, comté de Nicolet et ancien curé de Saint-Norbert.

O bourdon des Bois-Francs, qu’es-tu dune devenu Après avoir été jadis le bienvenu ?

Serait-ce, vieille cloche, un acte autoritaire Qui t’aurait sans pitié condamnée à te taire ? Ou serait-ce plutôt quelque clocher jaloux

De ton timbre si pur, si limpide et si doux,

Qui, souffrant de t’entendre, 6 chanteur d’un autre âge, Ne peut pas endurer ton humble voisinage ?

O bourdon dans l'oubli, je comprends ton tourment D'entendre du clocher voisin, à tout moment

Une cloche narguer ton étrenge mutisme ;

Et je pleure tout bas de ce favoritisme.

Car tout près, sous les pins, tu comptes un ami Qui voudrait réveiller le battant endormi

Et qui rêve tout bas qu’une main courageuse Faisant vibrer encor ta note harmonieuse, Sans tarder brisera ton silence trop long

En nous faisant goûter un nouveau carillon.

Rappelle-toi là-bas tes nobles envolées

Que l’écho renvoyait de vallées en vallées.

Et moi qui t’aurai vu venir avec l’espoir

De t’entendre souvent je souffre de te voir

Muet quand tu pourrais à la gent juvénile Marquer l’heure du haut de l’humble campanile.

Je crains que les oiseaux chassés par toi jadis,

Croyant trouver encor un nouveau paradis,

Reviennent, au printemps, y fixer leur demeure. Hôte-toi de sonner sans attendre cette heure.

Si tu restes muet les merles reviendront,

Et ce sera pour toi le plus cruel affront

De voir la campanile, à la tâche infidèle, ï Laisser la place libre au nid de l’hirondelle. Î | Vite, réveille-toi, sonne, je t'en supplie,

Et si je m'aperçois que toujours l’on t’oublie En te laissant dormir d’un repos sans honneur,

Par amitié pour toi je me ferai sonneur !

Si pour avoir chanté

I pour avoir chanté tu me punis, Seigneur, Ne sois pas trop cruel, ménage le supplice:.

Et pour m’absoudre un peu d’avoir été rêveur,

Songe que j'ai chanté sans haine et sans malice, Que, seul, j'en ai souffert sans que je le trahisse . Et s’il faut rendre Compte un jour de ce labeur, Ne sois pas trop cruel, ménage le supplice,

Si pour avoir chanté tu me punis, Seigneur.

JR

Si pour avoir rêvé tu me punis, Seigneur,

Songe que pour les miens j'ai fait la lutte austère. Mon devoir accompli, comme un bon moissorneur Quand le soir, je retourne au foyer solitaire

O muse, serais-tu livrée au terre à terre,

Si pour avoir rêvé tu me punis, Seigneur.

Si pour avoir aimé tu me punis, Seigneur,

Si pour avoir au temps de ma courte jeunesse Trouvé dans le plaisir un instant de bonheur Sans penser te déplaire et nourrir en mon cœur Tout affamé de vie un amour qui te blesse ;

Et si j'ai pu parfois sans manquer à l'honneur Aimé plus qu'il ne faut, pardonne ma faiblesse,

Si pour avoir aimé tu me punis, Seigneur.

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ÉD Co NS sc sb

Si pour avoir cherché dans mon humble carrière Ce que peut contenir de joie et de bonheur

Le cycle si restreint de la vie éphémère,

Si dans de vains projets j’ai gaspillé mon cœur Et dépensé ma force à courrir la chimère, Songe que je l'ai fait sans nuire à mon labeur, Si pour avoir cherché tu me punis, Seigneur.

Si pour avoir pleuré tu me punis, Seigneur,

Si je me suis senti faible aux heures de souffrance. Et si je suis tombé dans la désespérance,

Au lieu de me raidir si j'ai manqué de cœur Daigne songer que l’homme est faible de naïssance

Aussi si j’ai pleuré pardonne-moi, Seigneur.

Rs.

UR son front refroidi je viens de déposer Pour la dernière fois un filial baiser,

Et, penché sur la couche où git l’inanimée, J'ai contemplé sa lèvre à tout jamais fermée, Emu, j'ai cru saisir dans son regard éteint, L’aube de l'au-delà qui scelle son destin.

Oh ! si je n’avais point l’espoir d’une autre vie, Si celle que je pleure et qui nous fut ravie Descendait tout entière au fond du trou béant,

Sa poussière à la tombe et son âme au néant,

Je dirais au Seigneur : ‘‘ A quoi sert sur la terre D'être épouse fidèle et d’être bonne mère

Si pour tant de soucis et tant de dévouements

Il ne reste de nous que de vils ossements | M

Oh ! non, Dieu de bonté, cela n’est pas possible ; Ton cœur est plein d'amour si ton bras est terrible, Et ceux que tu fis naître ont droit à ta pitié !

Je t’ an supplie au nom du Grand Crucifié,

Pour éclairer mon deuil d’un rayon d'espérance, Faire taire le doute et calmer la souffrance,

Permets que je la voie, Ô douce vision !

Contemplant pour toujours les splendeurs de Sion.

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Hommage à l’Alma Mater

Poème dit par l'auteur à un banquet donné par le Séminaire de Québec à tous ses anciens élèves

NA murs restés debout, toit deux fois séculaire, Que le temps,

œuvre étrange, a presque rajeunis, Lorsque je viens goûter votre ombre tutélaire

Il se mêle une larme aux souvenirs bénis.

Car je salue en vous un passé plein de gloire. Car deux siècles durant vous avez abrité L'espoir de notre race, et notre jeune histoire

S'inspire au seul aspect de votre vétusté.

Oui, j'aime à te fouler, vieux seuil du séminaire, Ruche qui vit surgir de gi brillants essaï:a8, Tant de morts glorieux que le présent vénère,

Et qui furent jadis des héros et des saints.

Et parmi tous ceux-là que la Patrie honore, Combien depuis Laval, combien ont disparu, Des meilleurs, des plus grands, mais il en reste encore

Car dans ce siècle-ci leur nombre s’est accru.

Quand mon regard ému lentement 8e promène ur ces fils de Laval accourus de partout

Je comprends quecette œuvre est plus qu’une œuvre humaine,

ue c’est Dieu qui la guide et la maintient debout. q gu

Nous sommes tous venus, les uns chargés d’année:, Nous mélant avec joie aux jeunes d’aujourd’ hui, Oubliant—fut-ce un jour—nos pénibles journées Pour parler du passé qui si rapide a fui :

Pour évoquer ce temps de douce quiétude,

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Heures dont nul chagrin n’assombrissait le cours, Cette époque où les jeux, la prière et l'étude D'une inégale part se partageaient nos jours.

Il en est parmi vous dont la fortune est faite 5

D’autres—je suis du nombre—ont, quels tristes aveux !

Moins d’or dans le gousset que d'argent sur la tête,

Si par bonheur ils ont conservé leurs cheveux.

Beaucoup de jeunes fronts, mais peu de têtes blanches, Preuve que le trépas a fauché parmi nous ; Que nous, acteurs d’hier, il faut laisser les planches

À ceux que nous bercions hier sur nos genoux.

Pour les jeunes c’est un passé né de la veille ; Pour les hommes mûris un souvenir lointain.

Pourtent le même amour réunit—ô merveille !—

Les hommes du midi, du soir et du matin.

Oubliant les pensums, les longues retenues, Cadeaux assez fréquents du grave magister, Trois générations en ce jour sont venues

Applaudir aux progrès de leur Alma Mater.

De cette Alma Mater toujours je me réclame, En tout temps depuis lors je me suis souvenu. Les Hamel, les Mathieu. les Roussel, les Laflamme

Sont là pour témoigner que j'y suis revenu.

J'habite la maison par un autre moi-même, Heureux que le présent prolonge le passé Grâce à mon fils unique, en lutte avec le thème,

Qui trouve après trente ans le chemin tout tracé.

RS

Oh ! qu'il fait bon songer à ce temps de jeunesse,

Ensemble se revoir, ies jeunes et les vieux Afin que pour un jour ce doux passé renaisse

Avec son épopée et les morts glorieux.

Et s’il était permis à ma muse Craintive

D’évoquer devant vous mes professeurs aimés, F À J'en compterais plusieurs dont la mort trop hâtive

à À jeté la stupeur dans les rangs décimés,

Et je vous parlerais de ceux-là qui survivent, Fier de les voir ici, brûlant de les nommer, De constater qu’en eux les disparus revivent }

Avec le dévouement qui les a fait aimer. :

D'abord monsieur Roussel dont le regard sévère Et les sourcils froncés parfois nous faisaient peur. Il est un des premiers parmi ceux qu’on révère,

Cachant un vrai cœur d’or sous un masque trompeur,

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Et monseigneur Hamel, ce doyen vénérable Qu’ont connu tour à tour trois générations, Qui, modeste savant, d’un flegme impénétrable Be plait dans le problème et les abstractions.

Pui: morseigneur Bégin, professeur de cinquième, Non pas le moins aimé, car il était de ceux Qui, poussant l’indulgence à sa limite extrême,

Semblaient prendre en pitié l’écolier paresseux.

Car malgré ses leçons empreintes de tendresse, Ses avis pateruels d’an si noble abandon, Travailleur indolent, j’abritais ma paresse

À l'ombre de son cœur toujours prêt au pardon.

Elèves d’autrefois, si nous avions des maîtres

Qui nous faisaient trouver le règlement plus doux,

Moins cruels les pensums, moins lourds les héxamètres,

Eléves d’aujourd’hui, n’en soyez pas jaloux.

De nouveaux professeurs le collège s’honore, Et l’œuvre de Laval n’a pas dégénéré ;

Les Roy. les Gosselin et bien d’autres encore

Veillent d’un œil jaloux sur le dépôt sacré.

Foyer de dévouement, rempart de notre race, Aux dernières clartés du siècle qui s’éteint, Quelque soit l’horizon que le regard embrasse, Malgré tes deux cents ans tu n’es qu’à ton matin.

Asile de la paix, à l’abri des orages, Calme et fraîche oasis des déserts d’ ici-bas, Dans ton sein nous venons retremper nos courages

Pour reprendre demain nos travaux, nos combats.

Cultive avec amour la fleur de la jeunesse, Fais des hommes au cœur capable de lutter, Et que de tes leçons si fécondes il naisse Une race qui puisse aux assauts résister.

/\ U vol léger de la chanson Qu’un peuple chante à l'unisson,

Nouvelle et douce Marseillaise,

Toi qui seras piastre demain, Allégrement va ton chemin,

O sou de la pensée française.

Aide à nos frères de là-bas

A poursuivre les bons combats, Dis-leur qu'avant mil huit cent seize Sur les rives du St-Laurent,

En luttant, priant et souffrant

On sut forger l’Ame française.

Si sans aide nous avons pu,

D'un travail ininterrompu Conserver pure notre race,

Qu'ils soient fermes et comme nous, Sans jamais ployer les genoux, Qu'ils voient l'ennemi face à face.

Depuis deux ans qu’as-tu donc fait, O sou de la Pensée française ?

A ton devoir, as-tu forfait

Et que penser de ta genèse ?

Personne ne parle de toi

Qui devais faire des merveilles

Et je cherche quel est le toit

Où tu pus abréger les veilles.

As-tu chez nos frères là-bas Ouvert de nombreuses écoles

Et sans causer de branle-bas Parmi les classes agricoles ?

Dis donc, as-tu fait ton chemin, Sans nul affront, le cœur à l'aise Et de l’argent tout plein la main, O sou de la Pensée Française ?

© sou de la Pensée Française, A l'appel tu ne réponds pas.

Depuis déjà mil neuf cent seize,

Et nous faut-il sonner tes glas ?

Es-tu tombé dans quelque piège

Que les Boches t'auraient tendu, Ou, victime d’ur sortilège,

A ton retour t’es-tu perdu ?

L'Orangisme en Colère

p°" obtenir ia paix faut-il courber la tête

Et laisser s’épuiser l'effort de la tempête ?

Mais non, il faut lutter et lutter jusqu'au bout. Pour étre sûrs de vaincre il faut rester debout ! Et forts de notre droit en face de l’orage,

Avoir, non point la peur mais un noble courage Qui, se dressant devant l’orangisme brutal,

Veut qu'un peuple soit libre en son pays natal. Il faut, pour obtenir la paix, quoiqu'il advienne,

Que l’ennemi maté malgré lui se souvienne

Qu’avant lui sur ce sol rougi de notre sang

De la Gaule on parlait le verbe éblouissant ;

Que nous, les descendants d’une race héroïque, Nous, les premiers colons sur ce sol d’ Amerique, Nous devons garder pur, comme un dépôt sacré Légué par nos aïeux, ce verbe vénéré.

Et qu'ils sachent enfin que pour ce droit de vivre Vont lutter sans merci tous ceux qui vont survivre, Comme ceux de la veille et ceux-là d’aujourd’hui, Jusqu’au jour où la paix bien gagnée aura lui.

S'il faut lutter, vingt ans, trente ans, luttons quand même Pour garder chez l’enfant le doux parler qu’il aime.

Et pendant ce temps-là notre nombre triplé

Se dressera devant l’orangisme affolé.

Formuler cet espoir, ce n’est point un vain rève, Car l'Ontario nouveau, sans relâche et sans trêve, Se peuplant de nos gars, sera notre rempart

Contre le vent mauvais qui souffle d'autre part.

Stances Imprécatoires à Lawrence

Lues à Arichat, Cap Breton, le 15 août 1900

AT rives d'Halifax que ‘e sombre Atlantique Berce de ses clameurs et blanchit de ses flots

L'etranger croit entendre une voix fantastique

Qui jette à la cité ses éternels sanglots.

Mais pour un cœur français c’est le cri d’une race Qui, troublant le sommeil de son persécuteur,

Le poursuit dans la tombe et lance dans l’espace, Défi d’un peuple libre, un chant libérateur.

Car près de la cité se dresse un mausolée, Monument de triomphe éphémère et d’orgueil ; C’est là que le bourreau d’une race exilée,

Depuis un siècle dort, couché dans son cercueil.

Tu croyais ton sépulcre un suprême refuge Où d’un calme sommeil tu dormirais toujours, Mais voici que se lève un peuple, il est ton juge

Et contre toi prononce un arrêt sans recours.

Ah ! tu comptais pour rien la justice éternelle Qui se fait bonne et douce au peuple dépouillé, Et c’est en vain qu’Aikens, d’une main criminelle

Déchira le feuillet par ton crime souillé.

Toi qui dans ton orgueil rêvais la renommée

Grâce à des mots menteurs sur ton marbre poli

Tu n'as que le mépris d’une race opprimée,

Et moins cruel pour toi serait le morne oubli.

hi — ; Des crimes que l'histoire vec des pleurs raconte, Dis, en est-il un seul plus lâche que le tien ?

Tu voulais le silence et voici que ta honte Sera des temps futurs l’éternel entretien,

Rêvant un double coup de vol et de vengeance, Voulant d’un peuple heureux faire un peuple martyr, Tu réponds par la ruse au serment d’allégennce,

Et pour rester le maître, il t'a fallu mentir.

Tu ne dormiras plus ; l’histoire vengeresse, Comme un vil malfaiteur te cloue au pilori ; Le fardeau de ton crime implacable t’oppresse

Et d’un infâme sceau marque ton front meurtri.

Aux fils des vieux broscrits qu'importe que tu pleures !

Qu'importe la rigueur de ton juge irrité !

Pour consommer ton crime il t’a donné des heures

Et pour t'en repentir toute une éternité.

O quel sinistre effort, à quel triste courage

T1 t'a fallu pour vaincre un peuple désarmé !

Pour livrer aux périls de la faim, du naufrage Des preux chassés du sol pour l'avoir trop aimé !

Ah ! t’acharner contre eux sans pitié, quel vertige ! C'était renouveler, seul, l’effort des Titans ; D'une race vouloir effacer tout vestige,

C'était braver le ciel et compter sans le Temps.

Le Temps plus fort que toi t’a couché dans la bière Et pendant que tu dors dans la nuit des tombeaux Un peuple grandissant, debout sur ta poussière, Rôve des jours plus grands et des destins plus beaux.

11 te fallait leurs champs, leurs troupeaux et leurs vies, Et lorsque sur vingt bords tu les eus dispersés, Alors que triomphait ta rage inassouvie,

Soudain vint le trépas qui te dit : c’est assez !

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Pour tes débiles bras la tâche était trop grande ; Un être disparaît, un peuple ne meurt pas.

Qu'il s'appelle Acadie ou se nomme l'Irlande,

Ti peut subir l’outrage, il nargue le trépas !

Et plus tard on le voit, malgré les hécatombes Réunir lentement tous ses tronçons épars,

Et ce sol qui s’étsit jonché de tant de tombes Se couvre de berceaux surgis de toutes parts.

À quoi t’a donc servi ce crime si barbare, Puisque le temps vengeur défait ce que tu fis. Que l’histoire te somme et te cite à sa barre,

Que les aïeux trahis sont vengés par leurs fils ?

Quand d’un peuple au berceau tu dispersais les langes Et que tu les jetais au gré de tous les vents,

Qui t’eut dit que plus tard, en nombreuses phalanges, De partout surgiraient les fils des survivants ?

Voici qu'autour de toi se groupent tes victimes, Vrais spectres de ton rêve, ils se dressent partout ; Et, cherchant sur le sol la trace de tes crimes,

Cent vingt mille Acadiens près de toi sont debout.

Des bords les plus déserts, des plus lointaines îles Où les avaient jetés tes édits inhumains, Sous le ciel des aïeux révant d’autres asiles,

Ils sont venus par bande et par tous les chemins.

A travers les forêts errant à l’aventure, Ils ont vu l'étranger jouissant sans remords Des champs par eux semés, et foulant, Ô torture,

D'un pied indifférent la cendre de leurs morts.

Ce soi - us appartient, 6 frères d’ Acadie, Et la main qui, cruelle en chassa les vivants, Et sur vos bourgs déserts promena l’incendie

Oublia de jeter vos morts aux quatre vents.

Et vous tenez par eux à la terre usurpée ; £ Ils en sont à jamais les fidèles gardiens, 5} | f Et ce ne sera point la ruse ni l'épée :

Qui rendra leurs foyers aux martyrs acadiens.

À nos frères tendons une main fraternelle 2 Heureux de leur réveil, aidons à leurs destins. Qui sait ce que le temps apporte sur son aile

Et quelle aube se lève aux horizons lointains ?

Qui sait ce que Dieu veut d’une race aussi forte Et vers quel but secret peut-être il la conduit ?. Quelque soit l'avenir que l’autre siècle apporte,

Non, ce n’est point la mort, non, ce n’est point la nuit.

Oui, nous t’aimons, Ô doux pays d’Evangeline, Sol arrosé de pleurs, sol imbibé de sang.

Le Canada français te salue et s'incline

Devant ton passé sombre et ton réveil puissant,

Ne nous séparons plus. qu'une mème devise Nous unisse à jamais ; nous en serons plus forts ; Ayons même souci, que rien ne nous divise ;

L'œuvre à poursuivre vaut de suprêmes efforts.

O moderne tyran, nul d’entre nous ne t'aime Et pourtant la pitié hante mon cœur chrétien. Voici que sur ma lèvre expire l’anathème,

Car nous avons un Dieu moins cruel que le tien.

Qu’au fond de tous les cœurs veille cette espérance Qu’une heure doit venir où, le ciel nous aidant, L'héroïque Acadie et la nouvelle France

Feront surgir ici la France d'Occident.

Il veut que nous soyons, pour oublier l’offense,

Fermes dans le revers, calmes dans le succès ;

Aussi depuis cent ans, légitime défense,

Notre vengeance à nous, c’est de rester français.

Pour rendre justice à Lawrence je dois dire au lecteur que tout dernièrement, en fouillant les archives, à Londres, on a découvert que le gouver neur de la Nouvelle-Ecosse a agi suivant les ordres de la Métropole.

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