‹ Chants du soir [microforme]Chapitre 5 sur 34 · RUES · texte numérisé non relu

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Le Bourdon des Bois-Francs

E soir, un son joyeux que j'ai cru reconnaître Est venu doucement vibrer à ma fenêtre.

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J’écoutais, tout ravi, Car ce timbre argentin

Semblait me raconter tout un passé lointain.

Un monde disparu revit dans cette cloche ;

Et de l'entendre ainsi si sonore et si proche, Elle qui, la première, à l'aube des Bois-Francs,

Souriait aux berceaux, pleurait sur les mourants,

Conviait au repos ainsi qu’à la priére Et dispensait à tous sa note familière,

Fit naître dans mon âme éprise du passé,

La pitié que l’on doit à tout être blessé.

Car ce fut pour la cloche une cruelle angoisse De ne plus sonner l'heure à sa chère paroisse, D’entendre la clameur du puissant carillon Sans pouvoir y mêler sa lamentation.

Elle pouvait encor pour de longues années Bénir l’enfant qui naît, chanter les hyménées Et bercer de son glas plaintif le lourd sommeil De ceux qui vont goûter un repos sans réveil.

Elle rêvait encor une longue carrière,

Quand sa paroisse, hélas, plus riche, mais plus fière

Voulut un carillon, et sous ce cour fatal

Elle sentit frémir son âme de métal.

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