SR RME
L'Envolée d'une âme
N° oreille ici-bas n’a pu jamais entendre
Le bruit que fait une âme en montant vers le ciel ;
Et nul regard humain n’a pu jamais surprendre Son vol silencieux vers le trône éternel.
Mystérieux Passage et minute suprême
Que l'âme doit franchir, suspendue un instant Entre l'éternité, cet éternel problème
Et le ei court séjour qu’on appelle le Temps,
Songeons saus murmurer à notre fin dernière, Laissons courir les jours, laissons s'enfuir les ans,
Et tout en poursuivant notre courte carrière,
N'oublions point que Dieu sur les agonisants
Se penche avec amour, laissant pleuvoir sa grâce
Et le bonheur aui dure au lieu du Temps qui passe.
RE RAR RENE neun
La Vengeance de l'Homme
S loin que nous allions sur cette étroite terre,
Rien ne chasse Je rêve à jamais tourmenté ; C’est en vain que cherchant à scruter le mystère, Je plonge dans le vide un œil déconcerté.
O que l’homme est petit quand il sonde l’abîme, Que son regard borné se perd dans l'infini !
Il aura beau Sravir la plus hautaine cime,
Il reste avec son rêve étrange, indéfini.
11 naît, il vit, il passe être faible, éphémère,
La nature impassible évoluant toujours,
Sans pitié pour notre être et pour notre chimère, Tgnorante du Temps, ne compte point les jours. Aussi l’homme, devant pareïile indifférence
De tout ce qui l’entoure aspire à se venger.
Son regard vers le ciel va chercher l'espérance, Puisque sur cette terre il paraît étranger.
Moins défiant de lui, voilà qu’il se surveille,
Et pour faire contraste à |’ immobilité
De la nature, il pense, et dans son cœur s'éveille
Un immense désir de son éternité.
Il travaille avec joie afin de se survivre,
Non pas une saison mais longtemps après lui ;
Par une œuvre immortelle il espère revivre,
Et s'il y réussit sa vengeance aura lui.
(Lu le 25 mai 1909 À une séance de la Société Royale)
I ECHO jetait encore aux vertes Laurentides
La dernière clameur des canons homicides
Et Montcalm, le vaincu de ce duel sanglant, Oubliait la blessure ouverte dans son flanc.
En mourant il Pleurait la bataille perdue
Plus que le coup fatal, et son âme éperdue
Croyait voir, vision étrange et sombre deuil,
Tout un peuple avec lui couché dans son cercueil.
Quand pour lui préparer de dignes funérailles De Québec s’écroulaient les pesantes murailles, Il pressait su: son Cœur le sublime haillon Humide encor du sang des preux de Carillon.
Son œil mourant voyait tout un passé de gloire Crouler avec fracas, et dans cette nuit noire, Spectre hideux dressé sur l’abîme béant, Passer Bigot l’infâme au bras de la Péan.
Les pleurs du désespoir gillonnaient son visage, Car cette vision était un noir présage.
11 songeait au pays noblement défendu
Par cent ans d’héroïsme en une heure perdu.
Et pendant qu’il voyait la noble et fière armée
Défiler devant lui, vaincue et décimée,
Le glas de la défaite, ébranlant le beffroi, Répandait sur la ville et la honte et l’effroi. La cloche si joyeuse aux époques de gloire, Toujours accoutumée à chanter la victoire, Et, messagère aîlée, en ces temps glorieux, À convier la ville au Te Deum joyeux,
Cette cloche lui semble, 6 suprême souffrance, Sonner le dernier jour de la N ouvelle-France. Et lui seul s’accusait, et, glorieux vaincu, En face de la mort disait : ‘ J'ai trop vécu,
Et pour laisser Mon nom radieux dans l'histoire, J'aurais dû disparaître après une victoire’?
Et le héros mourut, mais ne mourut Pas seul, Car, Wolte, le vainqueur, couché dans son linceul,
Arross de son sang cet humble coin de terre,
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