‹ Chants du soir [microforme]Chapitre 9 sur 34 · RÉ IE · texte numérisé non relu

RÉ IE

Cadeau que le soldat faisait à l’ Angleterre. Montcalm, lui, moins heureux que son brillant rival, Croyait voir s’écrouler l’œuvre du grand Laval.

Le désespoir troublait sa dernière pensée,

Quand, versant l'espérance à son âme oppressée,

Et des jours à venir se portant le garant,

Un ange se pencha sur le héros mourant.

« Vois, dit-il, sans remords venir ta dernière heure ; Ton peuple survivra, qu’il triomphe ou qu’il pleure ; Dans la tombe immortelle où tu vas sommeiller

Tu peux dormir en paix ; je viendrai t’éveiller.

Oui, quelque soit le sort de la vaillante race,

Je vois dans l'avenir que mon regard embrasse

Des revers glorieux et d’immortels succès,

Des cœurs malgré l'oubli restés toujours français.

Console-toi, Montcalm, ta gloire n’est pas morte ;

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Ce sont tes restes seuls que le trépas emporte. ”

Et Montcalm consolé par l’envoyé des cieux

Pour son dernier sommeil s'endort moins soucieux, Mais il était à peine enfermé sous la pierre

Que l’ange, se Penchant de nouveau sur sa bière, ‘ L’intrépide Lévis, dit-il, pour te venger

Et reprendre la ville aux mains de l'étranger

Est sur le champ, témoin de ta noble défaite,

Resté vainqueur, et sa vengeance satisfaite,

Prêt à Poursuivre encor ses Puissants ennemis,

Il attend la flotille et le renfort promis.

Une voile 8pparaît, mais, espérance vaine,

Le drapeau d’Albion flotte au mat de misaine. Plus d’espoir ! L'abandon ! Le brave est confondu, Car si l’honneur est sauf, le Pays est perdu. ”’ Montcalm désespéré Par la triste nouvelle

Rentra dans son sommeil, et l’ange de son aile, Effleurant doucement le lieu de son repos,

Pleura d’avoir ainsi réveillé le héros.

Puis le temps s’écoula ; de pacifiques luttes Remplacèrent bientôt les sanglantes disputes ;

Et les nôtres luttaient sans espoir, sans 8eCOUrs. L'ange ne venait point ; Montealm dormait toujours. 11 reparut enfin et lui dit à l'oreille :

« Lorsque tu dors, ton peuple est là qui luttejet veille; Et pour venger ta mort, Ô vaincu des glacis,

C’est un homme de paix qui combat, c’est Plessis

Qui des griefs d’un peuple a chargé son épaule.

Lui seul, se redressant devant la métropole,

Sans armes pour lutter que son verbe puissant,

Il tient tête au vainqueur, mais sans verser de sang.”

11 lui dit du prélat l’immortelle attitude

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Et le peuple affranchi (l: toute servitude, Orgueilleux du pass” 1... AUX nouveaux rois, Loyal à la Couro:.

Et Montcalm, bin:ssa;,: ie Céle te ssuge,

Se rendort plein d'espoir. je LeT1ps, Sur 80n passage,

Marquant dix ans de plis sur l'éternel cadran,

La paix semble régner aux bords du Saint-Laurent. Puis l’ange vint encor se pencher sur sa bière

Et dit : :‘ Noble Montcalin, que ton ombre soit fière , La race après vingt ans n’a pas dégénéré

Et conserve avec soin ton drapeau déchiré,

Car elle vient d’inscrire aux fastes de l’histoire, Coutumière du fait, une belle victoire ;

Le cri d'alarme avait à peine retenti

Que le vieux sang français ne s’est point démenti,

Et, la Nouvelle-France, au Premier cri de guerre,

Pour défendre le sol se dressa la première. & Vers l'ennemi commun tous vont résolument.

En face du danger, fidèles av serment, Pour sauver de l’affront le drapeau d’ Angleterre Tous les cœurs vont s’unir, les haînes vont se taire, Et tu peux contempler, le regard aubjugé, Salaberry vainqueur aux champs de Châteauguay.” Et cinq lustres plus tard, fidèle à sa promesse, L'ange éveilla Montcalm par un cri de détresse ; Il lui conte comment, fils de la liberté, à Vous tombiez pour défendre un s0l ensanglanté,

Comment vous répondiez aux défis de Colborne,

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Tyranneau dont la haîne implacable et sans borne Essayait d’étouffer dans un suprême effort Un peuple plein de vie et qui bravait la mort.

Et l’auge plein d’émoi, continuant sa tâche,

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Lui dit le sang qui teint le sol de St-Eustache,

Le paysan qui tombe aux champs de Saint-Denis En défendant ses droits et ses foyers bénis.

Puis il lui montre enfin, d’un geste d’épouvante,

Se dressant dans la nuit, la hideuse charpente Comme un dernier affront fait à l'humanité,

Car il faut des martyrs à toute liberté,

Car tout peuple jaloux de ses nobles franchises Doit sceller de son sang les libertés conquises,

Car le droit d'exister coûte cher, car il faut

Que ce droit.là se paie au prix de l’échafaud.

Le grand mort sanglotait, mais l’ange vint lui dire : ‘* Attends des jours meilleurs ; je puis te le prédire. Le Franc ne mourra point ; son baptême sanglant

Le rend maître à jamais des bords du Saint-Laurent,

C'est une ère nouvelle aujourd’hui qui commence,

Et tout ce sang versé c’est la noble semence

D'où l’on verra surgir, superbe éclosion,

Une jeune, une forte et grande nation,

Sur les aîles du Temps le siècle avance encore,

Et pour faire oublier son orageuse aurore,

Le sang d’un peuple libre a cessé de couler ;

Puis de nobles tribuns ayant leur franc-parler Pour champ cios désormais choisissant la tribune, Sans crainte du pouvoir, sans haîne ni rancune, Tout en restant loyaux au maître impérieux,

8e font les défenseurs d’un passé glorieux.

Elgin enfin parut, le gouverneur modèle,

Un homme au large cœur qui, sans être infidèle A la Couronne et sans manquer à son mandat, Sut gouverner eu père et non point en soldat.

Puis vint cette journée à jamais mémorable

Où, prenant pour emblême une feuille d'érable, Les provinces, mélant leurs divers écussons, Un grand pays surgit de ces frêles tronçons, Mais la Nouvelle-France est restée autonome,

Et quelque soit le nom par lequel on la nomme, Elle a su depuis lors, luttant avec succès,

Conserver dans Québec son gouverneur français. Cinq lustres sont passés depuis ; toujours fidèle,

L'ange encore une fois l’effleura de son aîle

Et lui dit : ‘ © Montcalm, ouvre plus grands les yeux

Pour contempler un fait unique et merveilleux. Vois Québec célébrer son triple centenaire, Entends des vieux canons le paisible tonnerre

Saluer dans nos murs le fils du souverain, Entends vibrer dans l’air toutes les voix d’airain

Pour ensemble acclamer le passé qui défile

Avec sa pompe antique et son ardeur virile.

Mais parmi les grands noms par la foule acclamés,

Parmi les plus connus, parmi les plus aimés,

Ton nom, noble vaincu, sur les lèvres voltige,

Et Carillon se dresse avec tout son prestige ;

Car depuis que la paix et la concorde ont lui,

Les ennemis d’hier, les amis d'aujourd'hui

Que la voix du passé dans ces grands jours rassemble, Tu les vois désormais fraterniser ensemble.

De ton dernier échec ne prends plus de souci,

Car ta langue, O Montcalm, se parle encore ici. Non, tu n’as point perdu ce pays, c’est la France

Qui par son inertie et son indifférence,

Oubliant que pour elle on se battait là-bas,

Te laissa sans secours au milieu des combats.

Aussi ne pleure plus sur ta noble défaite,

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Car la Nouvelle-France aujourd'hui s’est refaite Sans demander l'appui du pays des aïeux,

Que nous aimons toujeurs corime des fils pieux, Non, ne regrettons rien, ne blämons pas la France, Ayons toujours pour elle une même espérance

Malgré son long oubli, son cruel abandon :

Mais autant qu’elle aimons l’incomparable don Que notre peupie doit au drapeau d'Angleterre, Embléme glorieux de liberté sur terre.

Repose en paix, Montcalm, l'ange encor reviendra Et, fier de nc*re histoire, il te la contera.

Nous écrirons encor de brillantes journées Maintenant que l'entente unit les destinées

De deux peuples amis et désormais rivaux

Pour les œuvres de paix et les nobles travaux.

Les récents événements survenus dans Ontario ont brisé te.

les rêves du

Les Angoisses de l'Homme Timide

OUI, c'est toi qui m’appris que la vie est un songe La gloire une fumée et l'amour un mensonge,

Toi qui de mon malheur artisan ténébreux,

M'a caché sans pitié le secret d’être heureux.

Les Muses sur mon front Parfois voltigeait-elles,

De ton regard tranchant tu leur coupais les ailes,

Et ta sombre ironie et ton rire moqueur

Comme un souffle mortel m’ont desséché le cœur. Timiüe, si j’osais m’approcher d’une femme,

&i ce moi s’allumait une secrète flamme,

Tu tue le reprochais comme on fait d’nn forfait. Puis-je te pardonner le mal que tu m’as fait ?

O fuis, ô fuis bien loin, ô spectre de la vie,

Plus hideux que la mort, plus méchant que l'envie.

Laissez-moi recueillir, quand mûrit mon été De mon bonheur détruit le peu qui m'est resté. Laisse battre mon cœur et palpiter mon âme Au souvenir ému de quelque jeune femme, Laisse-moi, jet’en prie, et situ ne veux pas Cesser de me poursuivre et d'entraver mes pas, A ton œuvre de mort si toujours tu t’obstines

Et quand je veux chanter hélas ! tu me destines

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À me taire il me faut au lieu que de souffrir Pour avoir le repos demander à mourir Et, finissant des jours le douleureux probléme.

Retourner dans le sein du seul être qui m'aime,

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OUS sommes les gais travailleurs, Les plus heureux de tous les hommes,

Et grâce à Dieu, c’est nous qui sommes Des affamés les pourvoyeurs.

De nos mains rudes et calleuses, Sol béni, nous te pétrissons Pour que de superbes moissons Lancent leurs tiges merveilleuses

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Collaborateurs du Bon Dieu, Plus près de lui que dans le cloître,

Nous semons, c’est lui qui fait croître

L'épi d’or sous le grand ciel bleu.

Puisque du sol il nous fit naître, Fils de Bretons et de Normands, Gardons, fidèles aux serments,

La langue et la foi des ancêtres.

A nous le sol que nous foulons, Ses gais côteaux, ses vastes plaines De grasses moissons toutes pleines, A nous les bois et les vallons ;

Et s’il a produit des merveilles C’est qu’il est à nous par le sang Par les sueurs et par les veilles

D'un peuple à Dieu reconnaissant.

OS Rat

ur Ga neer

Je vois les plus étranges choses :

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