AU DOCTEUR DOLBEAU
Je ne suis pas de ceux qui, le poing sur la hanche. Aux efforts du pays ne joindront que leur voix ; Mais si je suis debout et parlant de revanche. Je n'ai pas oublié, maître, à qui je le dois.
Je n'ai pas oublié la main consolatrice,
La science plus grande encor que la pitié :
Mon être endolori porte la cicatrice
Moins profonde en ses chairs qu'en mon cœur l'amitié.
Comment je la pairai la dette qui m'engage.
Dieu le sait ! Comme il sait aussi si je le veux : Ma vie est votre fait, ma force est votre ouvrage. Et votre souvenir se mêle à tous mes voeux.
Car j'attends, car je garde en mon Ame française Ma foi de citoyen, mes haines de soldat; Ma jeunesse a souffcn d'un mal que rien n'apaise ; Le partage du sol, la défaite au combat !
Ah! cette lutte-là vaut bien que l'on s'efforce;
Eux ou nous, France ou Prusse, il n'y va pas de moins!
C'est le duel à mort du Droit contre la Force,
Dont les peuples jaloux ne sont que les témoins.
El la chanson dit vrai, tant pis pour qui la raille ! — Mourir pour la patrie est le sort le plus beau! — Et si je dois tomber en un jour de bataille.
C'est au sol prussien que je veux mon tombeau.
La revanche est la loi des vaincus; nous le sommes. Je la demande à Dieu, terrible et sans recours; Prochaine et sans merci, je la demande aux hommes. Les chemins les plus sûrs sont parfois les plus courts.