‹ Chants du soldat (volume 2)Chapitre 13 sur 50 · A LA BAÏONNETTE · texte numérisé non relu

A LA BAÏONNETTE

Leur batterie était installée à mi-côte,

Au iDilieu d'un grand champ, prés d'un bouquet de bois.

• Enfants, ces canons-là nous gênent, qu'on les dtel >

8o CHANTS t)V SOLDAT

Dit le chef. — Et déjà, sautant dans Therbe haute, Les Zouaves partaient comme de gais chamois.

« Défense de tirer, vous savez, camarade,

> C'est à la baïonnette, et ça se mange à part! »

Une salve d'obus acheva la tirade.

< Ventre à terre, faisons honneur à l'ambassade! >

La mort choisit les siens, et la troupe repart.

En vain, visant cent fois à la calotte rouge. Le canon prussien tire à ooups redoublés; Il crache en vain l'enfer contre ces endiablés; Pas un coup de fusil ne part du champ qui bouge, Et ces coquelicots s'avancent dans les blés.

O combats sans seconds! O luttes sans pareilles! Vaincus dont la défaite a meurtri le vainqueur! Tout à coup le clairon résonne à leurs oreilles, Ils bondissent légers comme un essaim d'abeilles; Et leur vol est terrible et leur dard frappe au cœur.

Et les voilà jouant de la crosse et du sabre. Assommant, égorgeant, tuant... mourant aussi! Arrachant du timon le cheval qui. se cabre,

A LA BAÏONNETTE 8l

Et, vivaces danseurs de la danse macabre, Jetant à pleins poumons leurs éternels lazzi.

Enfin la place est nette et les pièces sont prises. Un silence profond suivit ce branle-bas; Mais, lorsqu'on fit alors Tappel des barbes grises, O compte affreux, rempli de terribles surprises ! Us étaient neuf, avec dix canons sur les bras.

« Ma foi, » dit un sergent, « la chose est assez drôle! » Nous en rirons plus tard, quand nous aurons le temps. Puis, passant prestement les fusils sur Tépaule, Ramenant les chevaux avec des coups de gaule, On les rattelle et puis : « En route, les enfants! »

Ils partirent. La nuit couvrait déjà la plaine. Quelques sourds roulements grondaient encore au loin. Et, prouvant à leurs yeux la victoire certaine, Tout au pied du coteau, dans la gorge prochaine. Le feu brillait déjà comme un joyeux témoin.

« Ce sont les compagnons qui nous taillent la soupe. » Du diable si j'en vais donner ma part aux chiens! » Il galope riant jusques au premier groupe :

■ Hél les amist voyez ce qu'on amène en croupet

• — Wer'st da! • dit une voix. C'étaient les Prussiens.

LA COCARDE

Elle chanta nos cbants de guerre...

LA COCARDE

Ma cocarde a les trois couleurs, Les trois couleurs de ma Patrie.

Le sang l'a bien un peu rougie, La poudre bien un peu noircie; Mais elle est encor bien jolie.

Ma cocarde des jours meilleurs.

Que j'ai fait de route avec elle, Toujours content et jamais las!

Que j'ai combattu de combats I Ils la connaissaient, mes soldats!

M! bien des cocardes n'ont pas Ruban si beau, couleur si belle !

Et maintenant d'où je la tiens?

C'est presqu'un roman, son histoire !

Dieu me garde d'en faire gloire, Mais elle était, on peut m'en croire.

Elle était sous sa tresse noire :

Je l'ai vue et je m'en souviens.

C'était après trois jours de marches.

Nous arrivions transis de froid.

Cherchant l'auberge de l'endroit; Mais elle alors nous aperçoit :

€ Oh! les Français de peu de foi! »

Elle était debout sur les marches.

Nous approchions tout éblouis.

La maison est blanche et coquette.

Le feu brille, la table est prête :

« Jour d'espérance est jour de fête!

» Entrez, » dit-elle ; et sur sa tête Brillaient les couleurs du pays.

LA COCARDE 87

« Les Français sont chez eux en France ;

» Toute la ville vous attend.

» Vous faisiez mal en en doutant. •

Elle riait, tout en parlant,

Elle riait, et cependant

Mes larmes montent quand j'y pense.

Et j'y pense, et je la revois!

Elle était là près de sa mère; Tout à coup, sur notre prière.

Elle chanta nos chants de guerre, Et c'était la Gloire en colère Qui nous grondait par cette voix.

Oh! la bonne et belle Française !

Le grand cœur et les jolis yeux!

Vous demandez, cher curieux, Si je l'ai prise, audacieux, La cocarde de ses cheveux?

Moi la prendre, qu'à Dieu ne plaise!

Mais, tout pensif, je regardais.

Je contemplais, parlant à peine, Ce front d'enfant, cet air de reine, Ces trois couleurs dans cet ébène, Et je me disais, l'àme en peine :

« Tout cela reste, et je m'en vais! »

Le clairon sonne : adieu cocarde!

Adieu chansons... et cependant :

« Ah! si je l'avais, ce ruban... »

Et je m'arrêtai tout tremblant.

Mais elle alors, si simplement :

n Tenez, » dit-elle, € et Dieu vous garde! •

Ma cocarde a les trois couleurs.

Les trois couleurs de ma Patrie, Le sang l'a bien un peu rougîe, La poudre bien un peu noircie ; Mais elle est encor bien jolie.

Ma cocarde des jours meilleurs I

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