‹ Chants du soldat (volume 2)Chapitre 19 sur 50 · A MA MÈRE · texte numérisé non relu

A MA MÈRE

Eh bien, oui ! si puissant que soit le ridicule, Si mauvais air qu'on ait à bien parier de soi. C'est assez qu'on hésite, et trop que l'on recule, Lorsque l'orgueil est juste et que le cœur est droit. Oui! cette femme, au cœur français, à l'âme fière. Qui mena vaillamment ses deux fils aux combats. Oui! cette femme-là, cette femme est ma mère, Et c'est mon frère et moi qu'elle a créés soldats.

Il6 NOUVEAUX CHANTS DU SOLDAT

Quels sarcasmes d'ailleurs effraieraient ma franchise! Ceux-là seuls me liront pour lesquels seuls j'écris; Et mes vers ne vont pas, comme un jouet qu'on brise, Des mains des esprits forts aux mains des beaux esprits. Non, non! tous ces récits pleins de deuils et de larmes, Moins écrits que pensés, moins pensés que vécus. S'en vont toujours tout droit, marchant toujours en armes, De ceux qui sont conquis à ceux qui sont vaincus. Et c'est devant ceux-là, mère, que je t'honore, Devant eux qu'à genoux je tends vers toi les bras, Et que, d'un accent fier comme un clairon sonore. Je viens jeter ton nom, ma mère, à mes soldats. Je veux leur révéler ton cœur et ton courage. Ils disent que tes fils ont fait tout leur devoir : Le devoir qu'ils ont fait, mère, c'est ton ouvrage. L'honneur qu'ils en ont eu, c'est toi qui dois l'avoir. Us ne sont pas partis furtifs pour les batailles, S'arrachant sans adieux à des bras révoltés; Ils ne t'ont pas volé le sang de tes entrailles, C'est toi, mère, c'est toi qui leur as dit : « Partez, » Partez, ils sont vaincus les soldats de la France ! » Mon cœur pour conquérir ne vous eût pas prêtés, » Ce n'est plus la conquête, enfants, c'est la défense^ ' » Le sol est envahi, je vous donne; partez! »

Hélas! si tous les fils étaient partis de même; S'ils étaient tous partis les fils, même autrement! Mais à combien, sans voir l'horreur de leur blasphème, Les mères ont soufflé : « Ne te bats pas, crois-m'en! » Et combien les croyaient qui n'étaient pas crédules!

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