‹ Chants du soldat (volume 2)Chapitre 20 sur 50 · A MA MERE II · texte numérisé non relu

A MA MERE II

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Ah! pauvre armée! on va t'insultant à l'envi, On dit que tu trahis lorsque tu capitules :

Comment dis-tu qu'ont fait ceux qui n'ont pas servi?

Certe, il en est venu que leurs mères en larmes Avaient éperdument bercés dans leurs frayeurs ; S'ils furent bons Français malgré ces cris d'alarmes, Ah! comme un cri d'espoir les eût rendus meilleurs! Quel souffle ardent aurait transfiguré leur être I —Quand les cœurs sont vaillants, les corps sont aguerris. Comme ils auraient marché, lutté! vaincu peut-être!... Ah! que de vrais soldats les mères nous ont pris!

Et qu'elles ne croient pas que, vraiment maternelles, Leur faiblesse du moins s'est payée en amour : Les larmes du départ n'ont pas coulé pour elles, Elles n'ont pas connu les larmes du retour.

Qu'elles ne disent pas, qu'elles n'osent pas dire, O ma mère, insultant ta tendresse et ta foi, Qu'en nous faisant soldats tu n'étais pas martyre. Que tu, nous as donnés sans rien donner de toi. Hélas! c'est à te voir tant souffrir, pauvre femme. Que j*entrevois quel deuil cachaient tous tes efforts : Tes deux enfants partis t'avaient emporté l'âme. Tes deux enfants blessés auront brisé ton corps.

Et voilà que vieillie et qu'infirme avant l'heure, Ta main tremble à jamais, qui n'a jamais tremblé; Voilà qu'encor plus haute et que toujours meilleure, L'âme seule est debout dans ton être accablé...

ii8 NOUVEAUX Chants du soldat

Tu sentais tout cela pourtant à l'heure sainte Où tes yeux dans dos yeux mettaient ta volonté. Tu le sentais sans peur, tu t'en ressens sans plainte;

Et c'est pourquoi j'en puis parler avec fierté.

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