‹ Chants du soldat (volume 2)Chapitre 38 sur 50 · MURCIE · texte numérisé non relu

MURCIE

Tharick revint bientôt : « Je m'étais trompé, maître,

> C'est trop peu que la vie à ce peuple indompté ; » La liberté, voilà ce qu'il faut leur promettre.

Et Témir dit : « J'accorde aussi la liberté. »

Pour la seconde fois, Tharick ne tarda guère

€ Maître, ces obstinés ont la folie au front;

» Us exigent de nous les honneurs de la guerre. —

> Par Mahom! » dit l'émir, « c'est la mort qu'ils auront.»

Mais avant d'ordonner ce dernier holocauste, L'émir fit à cheval le tour de leurs remparts ; Les Espagnols armés étaient tous à leur poste, Et les lances d'acier brillaient de toutes parts.

Tharick, qui l'escortait, mordant sa barbe grise : c Des vainqueurs comme nous sont assez glorieux » Pour que, sans amoindrir notre part déjà prise, • Nousrendionsquelque honneur àdesvaincuscomme eux.

> D'autant que si la lutte est ce que tout l'annonce,

» Nous perdrons bien du temps, bien des hommes, ici... » Si j'allais leur porter une bonne réponse? » Abd-el-Aziz, lassé, lui répondit : « Vas-y. »

Une heure après, Murcie ouvrait sa lourde porte. Le cortège avançait silencieux, hautain; Théodomir marchait en tète sans escorte, Blessé. — Devant l'émir il s'arrêta soudain.

• Sultan vainqueur,» dil-il, «vois-tu qui m'accompagne? » Vois-tu ces longs cheveux? Vois-tu ces faibles mains?

> Les femmes de Murcie ont défendu l'Espagne,

■ Donnant aux hommes morts ces vengeurs surhumains. ■

Les cœurs de vrais soldats aiment les grandes âmes.

Abd-el-Aziz, frappé de respect, s'incliaa :

« ]Ha coutume n'est pas de dépouiller les femmes.

> La ville de Murcie est à vous, gardez-la. >

C'est ainsi que vers l'an sept cent dix du Messie, Abd-el-Aziz, le sage et glorieux émir.

Octroyait un royaume aux femmes de Murcie.

Et les femmes prenaient pour roi Théodomir.

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