MURCIE
Tharick revint bientôt : « Je m'étais trompé, maître,
> C'est trop peu que la vie à ce peuple indompté ; » La liberté, voilà ce qu'il faut leur promettre.
Et Témir dit : « J'accorde aussi la liberté. »
Pour la seconde fois, Tharick ne tarda guère
€ Maître, ces obstinés ont la folie au front;
» Us exigent de nous les honneurs de la guerre. —
> Par Mahom! » dit l'émir, « c'est la mort qu'ils auront.»
Mais avant d'ordonner ce dernier holocauste, L'émir fit à cheval le tour de leurs remparts ; Les Espagnols armés étaient tous à leur poste, Et les lances d'acier brillaient de toutes parts.
Tharick, qui l'escortait, mordant sa barbe grise : c Des vainqueurs comme nous sont assez glorieux » Pour que, sans amoindrir notre part déjà prise, • Nousrendionsquelque honneur àdesvaincuscomme eux.
> D'autant que si la lutte est ce que tout l'annonce,
» Nous perdrons bien du temps, bien des hommes, ici... » Si j'allais leur porter une bonne réponse? » Abd-el-Aziz, lassé, lui répondit : « Vas-y. »
Une heure après, Murcie ouvrait sa lourde porte. Le cortège avançait silencieux, hautain; Théodomir marchait en tète sans escorte, Blessé. — Devant l'émir il s'arrêta soudain.
• Sultan vainqueur,» dil-il, «vois-tu qui m'accompagne? » Vois-tu ces longs cheveux? Vois-tu ces faibles mains?
> Les femmes de Murcie ont défendu l'Espagne,
■ Donnant aux hommes morts ces vengeurs surhumains. ■
Les cœurs de vrais soldats aiment les grandes âmes.
Abd-el-Aziz, frappé de respect, s'incliaa :
« ]Ha coutume n'est pas de dépouiller les femmes.
> La ville de Murcie est à vous, gardez-la. >
C'est ainsi que vers l'an sept cent dix du Messie, Abd-el-Aziz, le sage et glorieux émir.
Octroyait un royaume aux femmes de Murcie.
Et les femmes prenaient pour roi Théodomir.