‹ Chants du soldat (volume 2)Chapitre 41 sur 50 · L UNION DES FEMMES DE FRANCE · texte numérisé non relu

L UNION DES FEMMES DE FRANCE

A Madame KoKhlln-Sdiwarlt

Lorsqu' après huit longs mois d'une guerre incessante, La France dut signer cette paix écrasante, * Dont l'ennemi iiaineux redoublait les rigueurs ; Lorsqu'après tant de sang perdu dans les batailles. Il lui fallutencorc, déchirant ses entrailles, Livrer du sang français aux étrangers vainqueurs ;

Lorsqu'elle eut tout subi : revers, rançon, conquête; Qu'elle resta sanglante, immobile et muette.

Pleurant sur ses traités honteusement conclus,

L'Europe alors plaignit la pauvre moribonde, Et ce cri retentit aux quatre coins du monde : C'en est fait de la France, et son peuple n*est plus !

Oui, l'Europe l'a dit, l'Europe a pu le croire. Et combien de pays ont sombré dans Thistoire Par de moindres fléaux moins longtemps assaillis ; Combien même ont laissé par de plus courts orages Déraciner leur force et briser leurs courages Que dix siècles de gloire avaient enorgueillis !

Mais nous... — C'est l'éternel honneur de notre race Que, chancelante encore du coup qui la terrasse, Elle cherche aussitôt la route où se venger, — Nous, nous avons séché nos pleurs par notre haine, Et, fixant nos regards sur la chance lointaine, Nous n'en avons rien dit sans cesser d'y songer.

Alors, pendant dix ans d'un silence sans larmes,

Ce peuple désarmé se forgea d'autres armes,

Sans peur, mais sans défi, sans bruit mais sans repos,

Si bien qu'un jour — ô jour d'allégresse et de fête ! —

La France était debout, l'Armée était refaite,

Et la Patrie avait ressaisi ses drapeaux.

Certes i'efFort fut grand et la vaillance extrême.

Mais, cher Pays français, c'est que c'est toi qu'on aime I

C'est qu'on te trouve beau, c'est qu'on te rêve grand 1

C'est qu'on a la fierté du sol héréditaire

Et que notre âme même est rivée à ta terre,

Fier pays de vaincus qui n'a pas d'émigrant I

Aussi, c'était trop peu pour toi, terre bénie, Que même au lendemain d'une longue agonie Tes hommes aient pour toi fait leur devoir viril ; Voici que maintenant les femmes de la France Se lèvent réclamant, superbes d'espérance, Leur part de sacrifice et leur droit au péril.

Voici que s'enrôlant, nombreuses volontaires, Elles suivront aussi nos drapeaux dans nos guerres, Où leurs combats seront de combattre la mort ; Voici qu'elles sont là debout, l'âme aguerrie, Invoquant dans leur cœur le Dieu de la Patrie, Et comprenant déjà qu'il faut lutter encor.

Ah ! femmes I ce courage est grand, il est sublime,

Et devant le transport de foi qui vous anime

Les plus vaillants de nous n'ont qu'à baisser le front.

Ah! quand nous vous aurons pour compagnes de gloire

C'en sera bientôt fait d'arracher la victoire.

Et que de prompts saluts nos blessés vous devront I

Oui, mères, filles, sœurs, épouses, fiancées, Accourez, accourez en phalanges pressées!

Jamais plus noble espoir ne nous encouragea, Jamais élan plus fier ne chassa nos alarmes : Oh ! soeurs de charité de la Patrie en armes. Si vous saviez quel bien vous lui faites déjà t

Si vous saviez quel est votre pouvoir suprême

Sur le sort du Pays et sur sa grandeur même,

Et quel amour pour vous dans notre amour pour lui.

Oui, si vous le saviez, et si vous vouliez, femmes.

Du feu de vos regards ressusciter nos âmes,

La France de demain serait faite aujourd'hui.

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