LES PACIFIQUES
■ Où vas-tu, conscrit ? — A mon poste.
• — Quoi faire ? — Servir mon pays.
■ — Ah ! deux fois absurde riposte !
• Bien fou qui s'ofFre en hoiocauslc ; ' Sers-toi donc toi-mômc et t'enfuis.
3c>2 MARCHES ET SONNERIES
» D'où reviens-tu, blessé stupide?
» — De la bataille où j'ai vaincu ; » Victoire éclatante et splendide, » Le sort d'un peuple s'en décide.
• — Et ton sort à toi, qu'en dis-tu ?
» Bon an mal an, dans tes campagnes, > A faire ton métier de chien, » Plus tenu qu'on ne l'est aux bagnes, » Officier, qu'est-ce que tu gagnes ? — • Un peu d'honneur. — Ça vaut combien ?
» Citoyen qui fais Texcercice, » Quel est ton but ? — Me tenir prêt.
» — Prêt à quoi, fusilier novice ?
» Tu veux ta part de sacrifice :
» Prends garde à ta part de regret.
» Et vous, peintres, sculpteurs, poètes, • Votre travers est singulier
LES PACIFIQUES 3o3
» De nous rappeler nos défaites ; » Belle besogne que vous faites !
» Nous cherchons à les oublier.
» Honneur ? devoir ? aflFronts ? vengeance ?
» Chansons barbares que cela !
» Le sage est homme d'indulgence.
» Des affronts ! Est-ce qu'il y pense ?
• De l'honneur ! Est-ce qu'il en a ?
» La vie est courte, camarades,
» N'allons pas encor l'abréger.
» Foin de ces conseillers maussades,
• Ces mauvais prêcheurs de croisades I
» Ils nous renverraient au danger.
» Et pour quoi faire ? Pour reprendre » Le prestige de nos drapeaux I » Orgueil est mort, paix à sa cendre.
» Laissons-nous doucement descendre : » La déchéance est un repos. »
Allons I hardi, les pacifiques !
Reniez bien les maux soufferts.
Rendez les lâches bien cyniques, Organisez bien les paniques.
Préparez-nous bien nos revers !
Car d'coipècher qu'on nous assaille.
Vos désirs y sont superflus.
Vos efforts ne sont pas de taille ; Nous aurons toujours la bataille :
C'est du cœur que nous n'aurons plus.