‹ Chants du soldatChapitre 13 sur 19 · A LA BAÏONNETTE · texte numérisé non relu

A LA BAÏONNETTE

Leur batterie était installée à mi-côte, A.U milieu d'un grand champ, près d'un bouquet de bois « Enfants, ces canons-là nous gênent, qu'on les ôte! » Dit le chef. — Et déjà, sautant dans l'herbe haute. Les Zouaves partaient comme de gais chamois.

« Défense de tirer, vous savez, camarade,

» C'est à la baïonnette, et ça se mange à part ! »

Une salve d'obus acheva la tirade.

« Ventre à terre, faisons honneur h Tambassado !

La mort choisit les siens, et la troupe repart.

En vain, visant cent fois à la calotte rouge, ùe canon prussien tire à coups redoublés ; 31 crache en vain l'enfer contre ces endiablés; Pas un coup do fusil ne part du champ qui bouge, ILt ces coquelicots s'avancent dans les blés.

0 combats sans seconds! 0 luttes sans pareilles! Vaincus dont la défaite a meurtri le vainqueur! Tout à coup le clairon résonne à leurs oreilles, Ils bondissent légers comme un essaim d'abeilles; Et leur vol est terrible et U'ur dard frappe au cœur.

Et les voilîi jouant do la crosse et du sabre. Assommant, égorgeant, tuant.., mourant aussi! Arrachant du timon le cheval qui se cabre, Et, vivaces danseurs de la danse macabre. Jetant à pleins poumons leurs éternels lazzi.

Enfin la place est nette et les pièces sont prises. Un silence profond suivit ce branlo-bas;

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Mais, lorsqu'on fit alors l'appel des barbes grises, 0 compte affreux, rempli de terribles surprises.' Ils étaient neuf, avec dix canons sur les bras.

« Ma foi, dit un sergent, la chose est assez drôle! i> Nous en rironsplus tard, quand nous aurons letemps.» Puis passant prestement ies fusils sur l'épaule, Ramenant les chevaux avec des coups de gaule, On les rattelle et puis : « En route, les enfants .' »

Ils partirent. La nuit couvrait déjà la plaine. Quelques sourds louiements grondaient encore au loin, i'.t prouvant à leurs yeux la victoire certaine, Tout au pied du coteau, dans la gorge prochaine. Le feu brillait déjà comme un joyeux témoin.

« Ce sont les compagnons qui nous taillent la soupe. I) Du diable si j'en vais donner ma part aux chiens! » Il galope riant jusques au premier groupe : « Hé! les amis! voyez ce qu'on amène en croupe! M — Wsr'st dà ! » dit une voix. C'étaient les Prussiens.

LA COCARDE

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LA COCARDE

Ma cocarde a les trois couleurs, Les trois couleurs de ma Patrie.

Le sang l'a bien un peu rougie, ^^ poudre bien un peu noircie; Mais elle est encor bien jolie, Ma cocarde des jours meilleurs.

Que j'ai fait de route avec elle, Toujours content et jamais las!

Que j'ai combattu de coml)àts!

Ils la conniiissuient, mes soldats!

Ah! bien des cocardes n'ont pas Ruban si beau, couleur si belle!

Et maintenant d'oo je la tiens?

C'est presqu'un roman, son histoire!

Dieu me garde d'en faire gloire.

Mais elle était, on peut m'en croire, Elle était sous sa tresse noire :

Je l'ai vue et je m'en souviens.

C'était après trois jours de marches !

Nous arrivions transis de froid, Cherchant l'auberge do l'endroit; Mais elle alors nous aperçoit :

« Oh ! les Français de peu de foi ! » Elle était debout sur les marches.

Nous approchons tout éblouis.

La maison est blanche et coquette, Le feu brille, la table est prA.te:

« Jour d'espérance est jour de fête !

LA COCARDE. 95

» Entrez, dit-elle, » et sur sa tôte Brillaient les couleurs du Pays.

« Les Français sont chez eux en France;

» Toute la ville vous attend.

)) Vous faisiez mal en en doutant. »

Elle riait, tout en parlant,

Elle riait, et cependant

Mes larmes montent quand j'y pense.

Et j'y i)ense, et je la revois!

Elle était là près de sa mère; Tout à coup, sur notre prière.

Elle chanta nos chants de guerre, Et c'était la Gloire en colère Qui nous grondait par cette voix .

Oh! la bonne et belle Française!

Le grand cœur et les jolis yeu^i !

Vous demandez, cher curieux,

Si je l'ai prise, audacieux,

La cocarde de ses cheveux?

Moi la prendre, qu'à Dieu ne plaise!

Mais tout pensif, je regardais, Je coutemplais, parlant à peine, Ce front d'enfant, cet air de reine, Ces trois couleurs dans cet ébène, Et je me disais, l'âme en peine :

« Tout cela reste et je m'en vais! »

Le clairon sonne : adieu cocarde !

Adieu chansons... et cependant

« Ah! si je l'avais, ce ruban... »

Et je m'arrêtai tout tremblant.

Mais elle alors si simplement :

« Tenez, dit-elle, et Dieu vous garde ! >

Ma cocarde a les trois couleurs, Les trois couleurs de ma Patrie.

Le sang l'a bien un peu rougie, La poudre bien un peu noircie; Mais elle est encor bien jolie, Ma cocarde des jours meilleurs

DE PROFUNDIS

DE PROFUNDIS

Tu l'as bien connu? C'était un grand diable, Leste comme un cerf et fort comme un bœuf; Le causeur d'ailleurs le plus agréable... Il brisait un sou, comme on casse un œuf.

Il vous soulevait un poids fantastique, Et puis, tout ainsi que s'il n'eût rien eu,

JOn CHANTS DU SOLDAT.

Il allait, venait, comme un vrai moustique. C'était un gaillard! Tu l'as bien connu

Ce n'était pas lui qui voulait la guerre, Et je puis jurer qu'il a vote non; Mais, quand il a vu qu'il fallait la faire. Il a dit : « Eh bien, qu'ils la fassent donc! »

Que si quelqu'un eut la sottise extrême D'aller au combat avant d'être instruit, De prendre un fusil sans voir son système, Tu l'as bien connu? ce n'était pas lui.

Les Fi'ançais de France ont la tête prompte; Mais lui de Marseille est homme de poids. Il sait qu'on ne meurt jamais qu'une fois. Et que cette fois vaut bien qu'on la compte.

« D'ailleurs, disait-il, de plus ou de moins

» Qu'est-ce qu'un soldat, dans l'armée immense,

» Dans tous les duels il faut des témoins,

» Nous serons témoins des Français de France.

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» Nous ne demandons qu'à les applaudir, » Nous sommes cncor meilleurs que sévères, » Un peu de victoire est bon aux affaires, » Et puis triompher fait toujours plaisir.

» Maintenant s'ils n'ont ni force ni chance, » Si ces gens du Nord se !"ont battre exprès : » Eh bien ! mais alors reste la Provence ! » Qu'on y vienne un peu, nous serons tout prêts! :>

Effectivement, tout prêt à comoattre, Faisant l'exercice, ayant deux fusils.

Parlant comme trois, criant comme quatre; C'était un troupier des plus réussis.

Et quand il apprit qu'aux champs de l'Alsace, Le dieu des combats nous abandonnait.

S'il n'eût écouté que sa folle audace, 11 allait partir, mais il se tenait.

« Plus tard, disait-il; je crois que la France I) Sera trop heureuse en me retrouvant ;

» Montrons-nous de loin, comme l'Espérance, » Et, pour rester fort, gardons-nous vivant. »

Et voilà qu'un soir, au sortir de table, Cet excellent bon avait bien dîné; Un farceur, pour qui rien n'est respectablfi, S'avance tout brusque et lui dit au né :

Qu'on voit au lointain un bateau qui bouge; Qu'on le croit prussien, qu'il vient vers le port. Le pauvre garçon est pris d'un transport : De blanc qu'il était, il eu devient rouge, De rouge violet, et de violet... mort!

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