‹ Chants du soldatChapitre 5 sur 19 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

Il fait nuit; la diane a sonné, tout s'éveille ; Les hommes sont sortis des tentes qu'on ai)at; La soupe est sur le feu, le vin dans la bouteille, Et, chantant et riant à la flamme vermeille, Ces diables de Français commencent leur sabbat C'est le joyeux lever d'un matin de combat.

Pourtant nos ennemis, qu'aucun feu ne dévoile, Ont entendu, muets, ces cris qu'ils ont comptés; Ils ont compté îa veille, aux blancheurs de la toile, Combien d'hommes campaient dans ces immensités. Dans nos feux de bivouac ils comptent chaque étoile; Et leurs ordres sont pris, et leurs plans arrêtés.

Mais eux, combien sont-ils, ies Prussiens? — On l'ignore,

Personne ne le cherche et n'a l'air d'y songer.

On chante dans la nuit, on se iiat à l'aurore,

Et sans savoir par où l'assaut va s'engager :

On sait que ies f'rançais sont des Français encore,

Et qu'ils se tourneront du côté du danger.

— C'est ainsi que se perd, grande et presque admirable, Sous cet orgueil léger, la valeur d'un pays; C'est ainsi que la fiiute en remonte implacable Des soldats mal guides aux chefs mal obéis; C'est ainsi que des fous, que leur folie accable. Disent : Dieu n'est pas juste et l'on nous a trahis!

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