LA MARSEILLAISE
Ah! ne la chantons plus, par pitié pour nous-mêmes; Le jour venu, marchons sans cris et sans blasphèmes, Gomme de fiers vaincus, qui, sûrs de Icui- effort, N'ont qu'un but : la revanche, ou qu'un recours : la moc^t.
D'ailleurs, écoutez bien cette histoire maudite. Et que, si quelques-uns vous l'ont déjà redite,
84 CHANVii :)L SOLDAT-
Si déjà VOUS l'avez entendue et souvent,
Tant mieux : clou martelé n'entre que plus avaiit.
Vous l'aimez, n'est-ce pas, notre hymne populaire?
Vous aimez ses élans et r;a sainte colère;
Vous y cherchez toujour.'\ "'s encore orgueilleux,
Le sublime passé de vos puissants aïeux;
Et vous vous rappelez, à cette voix féconde.
Nos trois couleurs flottant aux quatre coins du monde,
LefJ peuples conl'ondus et les rois affolés;
La grande France enfin ! vous vous la rappelez?
Eh bien, rappelez-vous qu'au jour de la défaite.
Qu'à Sedan — ce nom seul vous fait courber la tête —
Rappelez-vous, Français, qu'en ce jour de malheurs.
Tandis que les vaincus se rendaient aux vainqueurs.
Tandis qu'ils emportaient dans leur âme meurtrie
Le spectre nmtilé de la pauvre Patrie,
Qu'ils pleuraient la défaite et quittaient les combats,
Enfin qu'ils s'avançaient, sans armes, nos soldats,
0 coup que rien n'efface! ô mal que rien n'apaise
Le clairon prussien sonnait la Marseillaise I
CHASSEURS A PIED
CHASSEURS A PIED
Le soleil du matin a chassé les étoiles; Les flocons lumineux tombent en voltigeant. Sur la terre la neige a jeté ses longs voiles, Et les branches du bois se couronnent d'argent.
Les petits Vitriers — c'est ainsi qu'on les nomme - Ont mis leur baïonnette au bout de leur fusil ;
SS CHANTiiDUSOLDAT.
Ils passent lestement sous les pommiers sans pommO; Ils vont, et leurs pieds noirs font chanter le grésil.
Les Prussiens sont encore installés dans la ferme, 11 s'agit de la prendre et û& ics débusquer; Le bataillon muet s'avance d'un pas ferme; "liais des canons sont là prêts à se démasquer.
Tout à coup, dans le fond d'un ravin où l'on saute, Un cri de mort se fait entendre : « C'est de l'eau! » La glace était récente, et la neige était haute, Et ce linceul avait recouvert oe tsmbeau.
Ils sont ensevelis jusques à la ceinture; Le courant les renverse et la glace les tient. — Vaincu par les Prussiens, vaincu par la nature, O mon Pays, quel Dieu terrible que le tien! —
Les Allemands joyeux sortent de leurs tanières, Nous voilà désarmés, les voilà résoins, Ilourrah! L'heui'c est propice aux haines meurtrières, Et leur canon se dresse au revers du talus.
CHASSEURS A PIED. 00
Pourtant leur officier apparaît sur la crête :
« Vous n'avez qu'à vous rendre, on va vous secourir. »
Cet atroce marché soulève une tompûte :
(I Ta peux te retirer, nous n'avons qu'à mourir! »
Mais le vieux commandant, d'un ton triste et sévère : « Et moi, je ne veux pas que <ions mouriez ainsi. 1) Rendez-vous, mes enfants, vous ne pouvez rien faire. » Et tous ces moribonds se rendent à merci.
Les. Prussiens cepoadant les hissent sur la rive; Déjà les dragons bleus les forment on convoi, Quand à la fin le tour du commandant arrive : « J'ai sauvé mes soldats, dit-il, et non pas moi ! »
Et, repoussant alors la corde qu'on lui lance,
il se laisse engloutir par Je gouffre glacé;
Les pauvres prisonniers saluent le trépassé,
Et, voyant cette fin, ils ont cette espérance :
La France n'est pas morte encor. — « Vive la France ! »
ÉVASION
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ÉVASION
Les Turcos marchent deux à deux,
Ils sont sans fusils, sans cartouches; Ils marchent, et dans leurs grands yeux La haine a des éclairs farouches; Des cris sourds passent sur leurs bouches: Les Prussiens chantent derrière eux.
Cependant dans la plaiiif immense, Près des canons trois fois conquis,
— O jour de deuil ! jour de vaillance! — Leurs frères sont mnrts pour la France : Eux qui ne sont pas morts sont pris.
On les emmène, eu Allemagne; Ils y seront au point du jour; Mais la nuit tombe et l'ouibri! gagne, On bivouaque dans la campagne :
Les Prussiens veillent tour à tour.
Leurs sentinelles vont et viennent.
Sous les manteaux le reste dort; Et des craintes qui leur surviennent, Tout bas les Turcos s'entretiennent Autour d'un grand feu de bois mort.
— (( Où les mène-t-on? Pourquoi faire?
» Que vont-ils être, ces soldats?
» La mort, ils ne la craignent guère!
» Mais plus de poudre et plus de guerre. » Et pourtant on se bat là-bas ! »
ÉVASION
Ils se regardent sans rien dire :
S'ils sont bien forts, ils sont bien peu; Et qu'une sentinelle tire, C'est le réveil et le martyre- Mais l'audace est fille de Dieu!
Ce qu'il faut, c'est que l'on s'élance. Que des Prussiens qui veillent là, Pas un n'appelle à sa défense ; C'est qu'on les égorge en silence:
Et ce qu'il faut, on le fera.
Ils rampent; l'espoir les anime; Un signe est fait, ils sont debout.
Mais, avant de tenter le crime, Chacun regarde sa victime.
Voit son but et choisit son coup.
Et puis, dans un élan sauvage, Les Arabes se sont dressés; Ils font leur besogne avec rage.
Personne n'échappe au carnage ; Et quand tout est mort, c'est assez.
C'est assez ; sur toutes les bouches Les chantD sont revenus joyeux :
Les Turcos ne sont plus farouches.
Ils ont des fusils, des cartouches, Et l'immensité devant eux.