À I.A BELGIQUE
Puis, douce comme uue mère,
Tu nous as bercés; Mieux cncor, cliore infirmière.
Tu nous as pansés.
Tu nous as mis sur nos plaies
Saignantes encor.
Ce baume, les larmes vraies,
La foi, ce trésor!
Si bien que plus d'un t'a prise,
A voir tes vertus, Pour une pauvre sœur grise,
N'aimant que Jésus.
Mais je te connais, mignonne Je te connais mieux,
Et sous ton voile de nonne Ton cœur bat joyeux.
J'ai, sur ta lèvre rebelle^ Surpris un doux nom,
Et c'est Van Dyck qu'il s'appelle, Ne dis pas que non !
J'ai vu dans ta vieille église Rubens sur l'autel;
Metsys a peint ta devisa Van Eyck ton missel.
J'ai vu, les jours de dimanche,
Téniers l'ctourdi Déposer sur ta main blanciie
Son baiser hardi.
J'ai vu tes nouveaux apôtres Portaels et Gallait,
J'ai vu ces gloires et d'autres Que l'on t'envîrait,
Si l'envie était facile
Avec ta douceur.
Et si la France indocile
N'était pas ta sœur,
A LA BELGîQUE. 53
Ah ! crois-moi, belle ingénue
Au chaste maintien, C/est pour t'avoir bien connue
Que je t'aime bien.
Sïtus cette robe de laine
Que nous vénérons, Va ! tu n'es rien moins que reine.
Reine à trois fleurons!
Les arts sont ton diadème, Rien ne l'obscurcit;
Et je t'admire et je t'aime; Salut et merci!
Mais tu vois, terre d'asile, Tu vois leurs regards?..
Que ton lion veille, agile, Sur tes fiers remparts.
Que dans sa tanière neuve 11 protège Anvers,
CHANTS DU SOr.DAT.
Près de ces ports uù ton fleu, Berce l'univers.
Que toujours inipénétrablo.
Intacte toujours,
Tu restes Tabri durable, L'éternel recours !
Que Dieu sèche la main droite
Qui te frapperait; Malheur à aui te convoite !
Mort à qui t'aurait!
El salut, petite terre,
Grande de bouté, Qui rends si douce et si chère
L'hospitalité!
ENTHOUSIASME
ENTHOUSIASME
Le soleil est triste et neigeux :
Invoquant sa clarté jalouse, Dans un parc, sur une pelouse, Les ïurcos ont placé leurs feux.
Et le bûcher est fantastique,
Et sur leurs manteaux pour tapis.
Psalmodiant leurs chants d'Afrique, Les Arabes sont accroupis.
ils sont là, graves, immobiles.
Tendant les mains vers cet éclair; Pauvres nègres ! pauvres Kabyles !
La France est froide cet hiver.
La flamme monte et se ravive; Leurs yeux brillent, joyeux miroirs; Et les torrents de pourpre vive Vont ruisselant sur les fronts noirs.
Dans son château, de sa fenêtre.
Notre hôtesse les aperçoit.
Laide, à coup sûr, jeune... peut-être, Notre hôtesse est tout en émoi,
Et se penchant, les yeux humides.
Vers le capitaine qui dort:
" Ah! monsieur, quels hommes splendirtes 11 Que ces enfants du soleil d'or! »
ENTHOUSIASME. 50
Le capitaine se réveille :
« Splendides, madame. — Est-ce pas? » Puis ces poses, quelle merveille !
» Ils sont artistes, ces soldats!
» -^ Artistes en diable, madame.
» — Et ce grand feu, comme il est faiti
» Ils ont le secret de la flamme !
» — En effet, madame, en effet!
n — Tenez, les voilà qui s'élanceni.
H Qui raniment leurs feux... et puis... » Jesu-Maria, mais c'est qu'ils dansent! 1) Oh! ces Turcos sont inouïs!
» Ces beaux chants, cette ronde ardente, 1) Tout cela vous trouble à l'excès, » Et l'on pense à l'Enfer du Dante, » N'est-ce pas, monsieur? — J'y pensais.
« — On leur donne ce bois, sans doute? ,, — Pas le moins du monde, — Ah! vraiment;
» Ils le ramassent sur la route?
» — Encore moins, madame. — Comment?,
» Mais alors... c'est mon bois qu'on brûle !. » Mais ils me volent mes fagots!
» Mais ils n'ont ni foi ni scrupule!... » Ce sont des bandits, vos Turcos ! »