UNE LEÇON
Le camp des prisonniers est tout au pied du fort. Les baraques de bois craquent à peine closes; Et sous le ciel brumeux de ces pays moroses, La neige tombe drue, et le vent souffle fort.
Puis, par crainte du feu, l'on ne nous chauffe gué; e. La lumière, le soir, est défendue aussi;
Ils n'iir.iiginaiont pos, se rendant h merci, Quelle merci c'était, les prisonniers de guerre!
Le matin, l'on partage un pain rare et suns blé. On partage, le soir, une coupe noirâtre. Et, las de remuer la pioche et le plâtre, Sur une paille humide on repose accablé.
Et ce n'est pas, hélas! seulement leurs baraques. Leurs tentes ou leurs toits, qu'ils construisent le jour: Le travail de la honte est encor le plus lourd : Les Français fortifient la Prusse en cas d'attaque.
Ah! combien ont voulu refuser ce travail! Combien refaisaient mal une tâche mal faite! Mais l'aiguillon prussien était la baïonnette. Comme ces malheureux n'étaient que leur bétaiL
Un jour qu'on revenait de la triste besogne. Escortés do geôliers, cruellement choisis, Baïonnette au canon et cartouche aux fusils, Un vigoureux enfant de la vieille Bourgogne
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Apc!içiit 1111 t-russicn frappant un moribond : (( Marche, lui criait-il, marche, ou je t'exécute! >.• Le soldat arracha cet homme à cette brute, Se retourna terrible, et retendit d'un bond.
Cl Ah! messieurs les Français, nous faisons les rebelles? » Ils sont bien étourdis ces jaunes étrangers, B Un peu de plomb rendra leurs cerveaux moins légf-rs.» Et l'on fit sur les rangs deux décharges mortelles.
<t C'est assez! ramenez le reste au campement; » La leçon leur suffit... » disait le capitaine. Oui, certe, elle suffit cette leçon de haine •. Nous la savons par cœur, nous la dirons souvent.