V. Ch. d'Am 3* gr. et aussi Despine : Recherches
Mais qu'importe s’ils sont riches d’amour!
Dans un grenier, qu’on est bien à vingt ans !
Pas de lit ? — Ils dormiront sous la cheminée.
Pas de draps? — Ils coucheront dans un sac (ou comme les chats).
Pas de bois? — Ils fendront les tonneaux.
Pas de pain ? — Mais le matajan 1 y suppléera !
Et, tenace, l’amoureuse redit inlassablement son désir à la fin de chaque strophe où il revient comme un leit-motiv :
Mare, marïâ-më çti an !
Et c’est par là que s’achève la discussion qui laisse à la jeune fille le dernier mot :
Marèy marïâ-më çti an,
Le tin m'è duré , duré , duré.
Marë , marïâ-më çti an ,
Le tin m'è duré , duré tan !
I antôt les parents cèdent ; le père est généralement le moins entêté et le plus indulgent pour sa fille et parfois son consentement volontaire a l’air d’une bénédiction :
Mariez-vous donc tous deux,
Et sois femme sage.
Dans votre ménage Soyez bien heureux.
Tantôt ils atermoient, cherchent à gagner du temps ; l’amou reuse insiste ; l’argument est des plus comiques :
Encore un an, ça n’ se peut guère ;
N’en faut parler à mes amants,
Je ne sais qu’en faire !
Si avec une telle obstination, elle n’a pas gain de cause, elle fait appel à la secourable intervention mystique de la Vierge : le merveilleux chrétien vient ainsi amplifier la chanson :
Hélas ! la pauvre fille A l’église s’en va pleurant,
Implorer la Vierge Marie Pour que son papa la marie A sa fantaisie.
1 . Matafan (mate-faim). galette savoyarde; il est à peine besoin de traduire ce terme que nos compatriotes de Paris ont rendu si populaire par leur traditionnel banquet annuel.
Et ce n'est pas en vain ; voyez ce dénouement si naïvement gracieux :
Alors son petit frère.
De pas à pas va la suivant :
« Rentourne-toi, ma sœur jolie,
Notre papa te mariera A ta fantaisie. »
Quand les parents sont résolus à briser toute résistance, ils douchent leur fille en la menaçant de l’enfermer au couvent :
Que dis-tu là, petite effrontée ?
Tu as le cœur encore trop tendre ;
Je te mettrai dans un couvent,
Là, tu n’auras pas besoin d’un amant.
Une chanson du Haut-Chablais : La Fille du Riche , a pour thème les imprécations de l’amoureuse mise au cloître :
Maudites soient muraille Et pierres de taille,
Et les maçons qui l’ont bâtie Si haut que je n’en peux sortir !
Maudite soit la toile Qui a fait mon voile,
Et les ciseaux si rigoureux
Qui ont coupé mes longs cheveux !
Maudite soit l’étoffe Qui fait ma robe,
Et le cordon de saint François Qui fait trois fois le tour de moi !
Dans une autre pièce, l’élément romanesque entre en jeu pour prévenir ce dénouement : Le soir même où la belleaété menacée de claustration, elle est enlevée par son amant. Arrivée à Lyon elle écrit à ses parents une lettre toute radieuse où elle pense justifier et excuser son acte par le tableau de son bonheur :
Venez me voir dans mon château ;
Dedans Lyon n’y en a pas d’aussi beau.
La chanson tient décidément le parti des amoureux. C’est le père sévère, lui-même, qui tire la moralité de l’événement :
Pères et mères qu’avez des enfants,
Sur mon malheur, prenez exemple ;
Quand on n’ veut pas les marier Leurs amants veulentalors les emmener.
Donc,
8i.— J’ai quinze ans, c’est l’â£e d'amour
ou Les pilles de quitte ai>s.
^ Assez vite.
tdt
Par-tout l’on dit dans mon vil- la- ge Que je suis en-cor
une en- fant ;
ik-
Ce dis- cours- là vrai- ment m’ou- tra- ge ;
f- ff J J
Pourquoi n’au-rais-je pas un amant ? J’ai quinze ans, je suis gen
til- le, au-cun gar- çon me fait la cour.
plus vite et accentué.
Me fau- dra-t-
lEEÈ^S
il donc res-ter fil- le ? J’ai quinze ans, j’ai quinze ans, j’ai quinze
ans, c’est l’â- ge d’a- mour.
1 Partout l’on dit dans mon village Que je suis encore une enfant;
Ce discours-là vraiment m’outrage.
Pourquoi n’aurais-je pas un amant?
J'ai quinze ans, je suis gentille.
Aucun garçon me fait la cour,
Me faudra-t-il donc rester fille?
J’ai quinze ans, (ter) c’est l'âge d'a-
[mour.
9 Lucien, c’est celui que j’ préfère, Lui seul au bal me fait danser ;
Je n’ lui serais pas trop sévère, Pourquoi voudrait-il pas m’aimer?
Si dans mon cœur il pouvait lire, Que je serais heureuse un jour !
Pourtant mes yeux semblent lui dire : « J’ai quinze ans, (ter) c’est l'âge [d'amour. »
17 Aujourd’hui toutes mes compagnes Ont fait choix de leurs amoureux ;
Et je les vois dans la campagne Se promener de deux à deux.
D’ leur bonheur, je suis jalouse,
Ah ! oui, vraiment, j’attends mon tour;
J’attends que mon Lucien m’épouse,
J’ai quinze ans, (ter) c’est l’âge d’amour.
Héry-sur-Alby : Chantée par Mme Folliet. — Lully-Châtel (Mlle Marchand ; Mlle Baud). Cette mélodie se présente sous un aspect assez moderne.
Var. : 3 . m’enrage
ou : me rend malade 5 Je suis jeunette, je suis jolie,
7 Pourtant, je n’ veux pas rester fille, io Je voudrais bien le marier, i 5 Et cest pourqupi j'ose lui dire.