V. Ch. ci' Amour, 3e groupe : Les Filles ci Hery
Héry-Chez
timents les plus intimes. Plus ou moins directement, elle pose la question :
Un jour, dit à sa mère : « Vous n’ savez pas ;
J’ai-t-un mal de tête qui n’ me plaît pas.
Point de médecine, point de saignée au bras ;
Je vous dis : « Ma mère, il m'y faut un amant.
Maman, je voudrais Vous dire quelque chose ; Mais je n'ose,
L’amour m’y gêne A chaque instant.
Mère, il m’y faut un amant Absolument !
Disons en passant que la mélodie de ce dernier vers en particulier traduit avec justesse cette impérative exigence.
Le plus souvent, la mère essaye de détourner sa fille du mariage ; alors la discussion s'engage entre elles ; celle-là conseille, gourmande, menace; celle-ci réplique et tient tête avec une effronterie dont le pittoresque désarme et fait oublier à quel point ce langage brave le respect filial. Les dialogues sont très animés; si le dénouement n'est pas toujours indiqué, il est clair néanmoins que la mère n'a pas souvent raison de l’amour osbtiné.
Glanons à travers ces réparties :
Mère, ne criez pas si fort ;
Ne dites rien à mon père,
Car si j’aime les garçons J’ n’en suis point la première.
— Comment, reprend la mère.
Tu n’as pas quinze ans d’âge,
Et tu parles déjà damant !
Mais, quatorze, quinze ans, c'est déjà « l’âge d’amour », qui confère traditionnellement à la jeune fille le droit de laisser pousser la « plante verte » au cœur. Et puis, la jeunesse n’a qu'un temps ; il faut en profiter, « cueillir la fleur dans sa saison ».
Mère, vous savez bien Que le printemps se passe;
Le printemps revient tous les ans.
Mais la beauté s’en va-t-en champ 1 .
N’est-ce pas l’idée si poétiquement exprimée par Ronsard !
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse ;
Comme à toute fleur, la vieillesse Fera ternir votre beauté 2.
La mère s’étonne que sa fille qui atout pour être tranquille et heureuse au foyer paternel, aille au-devant des soucis :
N’as-tu pas tout pour tes soins ?
De jolis bas de soie Pour bien finioler,
Garde-robe en noyer.
Beau miroir doré,
. Les repas
Les plus délicats,
En perdrix, en volailles ?
Mais tous ces bonheurs sans l'amour ne sont pas du bonheur !
Mon lit est joli,
Il manque un mari.
Voilà la garniture.
Mon lit est charmant ;
Il me manque un amant ;
Voilà mon sentiment.
Et puis après tout :
Papa étant votre amoureux,
Vous n’êtes pas restée fille.
La mère insiste sur les charges du ménage qu'elle évoque — aussi inutilement d’ailleurs — dans un réalisme décevant.
La chanson : Mare , marïâ-mëçti an 3, qui développe ce thème, est des plus savoureuses en son patois. La jeune fille veut épouser un garçon pauvre. C’est un crève-faim, dit la mère, et elle agite le spectre de la misère inévitable; les privations, les souffrances qui attendent nos amoureux sont complaisamment détaillées.
1 . S'en va-t-en champ, image populaire = disparaît, s’efface.