‹ Chants et chansons de la SavoieChapitre 137 sur 202 · V. Ch. ci' Amour, 3e groupe : Les Filles ci Hery · texte numérisé non relu

V. Ch. ci' Amour, 3e groupe : Les Filles ci Hery

Héry-Chez

timents les plus intimes. Plus ou moins directement, elle pose la question :

Un jour, dit à sa mère : « Vous n’ savez pas ;

J’ai-t-un mal de tête qui n’ me plaît pas.

Point de médecine, point de saignée au bras ;

Je vous dis : « Ma mère, il m'y faut un amant.

Maman, je voudrais Vous dire quelque chose ; Mais je n'ose,

L’amour m’y gêne A chaque instant.

Mère, il m’y faut un amant Absolument !

Disons en passant que la mélodie de ce dernier vers en particulier traduit avec justesse cette impérative exigence.

Le plus souvent, la mère essaye de détourner sa fille du mariage ; alors la discussion s'engage entre elles ; celle-là conseille, gourmande, menace; celle-ci réplique et tient tête avec une effronterie dont le pittoresque désarme et fait oublier à quel point ce langage brave le respect filial. Les dialogues sont très animés; si le dénouement n'est pas toujours indiqué, il est clair néanmoins que la mère n'a pas souvent raison de l’amour osbtiné.

Glanons à travers ces réparties :

Mère, ne criez pas si fort ;

Ne dites rien à mon père,

Car si j’aime les garçons J’ n’en suis point la première.

— Comment, reprend la mère.

Tu n’as pas quinze ans d’âge,

Et tu parles déjà damant !

Mais, quatorze, quinze ans, c'est déjà « l’âge d’amour », qui confère traditionnellement à la jeune fille le droit de laisser pousser la « plante verte » au cœur. Et puis, la jeunesse n’a qu'un temps ; il faut en profiter, « cueillir la fleur dans sa saison ».

Mère, vous savez bien Que le printemps se passe;

Le printemps revient tous les ans.

Mais la beauté s’en va-t-en champ 1 .

N’est-ce pas l’idée si poétiquement exprimée par Ronsard !

Donc, si vous me croyez, mignonne,

Tandis que votre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté,

Cueillez, cueillez votre jeunesse ;

Comme à toute fleur, la vieillesse Fera ternir votre beauté 2.

La mère s’étonne que sa fille qui atout pour être tranquille et heureuse au foyer paternel, aille au-devant des soucis :

N’as-tu pas tout pour tes soins ?

De jolis bas de soie Pour bien finioler,

Garde-robe en noyer.

Beau miroir doré,

. Les repas

Les plus délicats,

En perdrix, en volailles ?

Mais tous ces bonheurs sans l'amour ne sont pas du bonheur !

Mon lit est joli,

Il manque un mari.

Voilà la garniture.

Mon lit est charmant ;

Il me manque un amant ;

Voilà mon sentiment.

Et puis après tout :

Papa étant votre amoureux,

Vous n’êtes pas restée fille.

La mère insiste sur les charges du ménage qu'elle évoque — aussi inutilement d’ailleurs — dans un réalisme décevant.

La chanson : Mare , marïâ-mëçti an 3, qui développe ce thème, est des plus savoureuses en son patois. La jeune fille veut épouser un garçon pauvre. C’est un crève-faim, dit la mère, et elle agite le spectre de la misère inévitable; les privations, les souffrances qui attendent nos amoureux sont complaisamment détaillées.

1 . S'en va-t-en champ, image populaire = disparaît, s’efface.

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