‹ Chants et chansons de la SavoieChapitre 152 sur 202 · V. Ch. d'Am.y 3* gr.. p · texte numérisé non relu

V. Ch. d'Am.y 3* gr.. p

On voudra bien excuser cette digression où nous avons essayé de dégager les mobiles du mariage rustique; il nous apparaît que les qualités personnelles y tiennent une bonne place, celles de la femme surtout; car, à la campagne, où celle-ci participe à la fois aux travaux de l'intérieur et à ceux des champs, le proverbe est plus vrai qu'ailleurs :

Les femmes font et défont les maisons.

Mais revenons au thème de la chanson. Le refus opposé à la demande en mariage d’un prétendant peu fortuné amène des scènes douloureuses de séparation comme dans les sujets relatifs aux tourments d'amour. En voici une présentée en un rustique symbolisme, à la fois pittoresque et touchant :

Mie, ma douce mie.

Prête-moi ton mouchoir,

Pour essuyer les larmes Qui coul’nt sur mon visage ;

Les larmes de mes yeux En sont pour te dire adieu.

Mie, ma douce mie,

Prête-moi ton couteau Pour partager la pomme Que j’ai dedans ma poche.

La pomnV des amoureux,

Nous la mang’rons tous les deux.

Mie, ma douce mie,

Prête-moi tes ciseaux Pour couper l’alliance Que nous avons ensemble ;

L’alliance des deux Sera pour en faire un vœu.

Et l’amant désolé sc voue à la retraite monastique :

S’il faut que je m’y retire,

Je m’y retirerai Dans un couvent d’ermite Pour l’amour d’une fille ;

Ermite dans les bois Sans jamais plus te revoir.

Je ferai faire une chapelle ;

Tous les amants qui passent Y prieront Dieu pour ce pauvre garçon.

Vieilles Chansons Savoyardes — i 3

A moins que la jeune fille, plus persévérante, plus confiante que lui en une solution favorable, ne le force par son attitude, à espérer malgré tout :

Un bouquet de quittance,

Jamais tu ne l'auras,

Jour de ta vie ;

Amant, si tu t’en vas,

Tu fais folie.

Le dénouement peut aussi varier avec les tempéraments; l’amant jaloux veut assouvir sa vengeance :

Et bien, si je ne l’ai pas Je m’en irai-z-en guerre.

Combattre ses amis,

Et ils ne l’auront pas.

Tantôt, comme dans les Chansons de Vicissitudes amoureuses, il se console, en buvant, du refus qu il vient d essuyer :

Le bon vin de la cave Adoucira cela !

Buvons à petits coups Cela deviendra plus doux.

Ronsard avait déjà poétisé le philtre d’insouciance et d’oubli, remède aux douleurs d’amour :

Versons ces roses en ce vin,

En ce bon vin versons ces roses Et boivons l'un à l’autre, afin Qu’au cœur nos tristesses encloses Prennent en boivant quelque fin 1 .

Les Chansons de Demandes en mariage ne constituent pas un groupe nombreux; mais l’action en est mouvementée; des personnages bien vivants, des dialogues d’une piquante franchise d’allure, un style coloré et pittoresque, leur donnent un réel intérêt.

De bon matin, quand Jean-Pierre se lève.

Prend son chapeau dessous son bras ;

Vers sa Youyette 1 il s’en va !

« Bonjour, beau-père, et bonjour belle-mère,'

Que le bonjour vous soit donné ;

A la Youyette je veux parler. »

— Mais la Youyette, elle est à la grand’messe.

A la grand’messe à Saint-Denis ;

Ne tard’ra pas de revenir.

— Oh ! donc par qui Tenverrai-je chercher ?

— Son petit frère, un bon garçon,

Te fera bien la commission.

Tout en entrant dedans la sainte église.

Prit Peau bénite en se signant,

« Oh ! la Youyette, allons-nous en ! »

— Qu’y a-t-il donc à la maison qui presse ?

— Ton ami Pierre est arrivé ;

Son tendre cœur veut t’embrasser.

— Apportez-nous une bonne bouteille,

Du saucisson et du jambon,

Pour régaler ce compagnon !

— Je ne suis pas venu ici pour boire Non, ni pour boire, ni pour manger,

Du mariage, il faut parler.

— Oh! la Youyette, elle est encore trop jeune,

Oh ! la Youyette n’a que quinze ans,

Faites l’amour en attendant.

— Tant fis l’amour que j’ n’veux plus la faire. Celui qui fait l'amour longtemps Risque bien d’y perdre son temps.

Abondance : Chantée par M. J. Crétin.

Cf. : Vincent d’Indv et J. Tiersot : Ch. pop. Vivarais et Vercors,

Youyette : Probablement altération, diminutif de Josephte

g8. — Bon Paysan, doi?nc-n?oi ta Fille

ou L’Amant cl>a§rit>é.

11 ff Assez lent

^ Je par- ti-

rai vers les on-ze heu-res, Vers les onze

heures, je m’en-i- rai, Voir si ma mi- e en est cou- chée.

,6 — Oh ! pour ma fille elle est trop

[jeune.

Elle est trop jeune à dix-huit ans, Faites l’amour en attendant.

19 Oh ! pour l’amour, j' veux plus [la faire ;

Garçon qui fait l’amour longtemps, S’expose bien à y perdre son temps.

22 Je m’en irai sur ces montagnes, Pleurer mes jours, mon temps passés.

En regrettant ma chère bien-aimée.

25 Je ferai faire une chapelle,

Tous les amants qui passeront Y prieront Dieu pour un pauvre [garçon l

Abondance : Chantée par SI. J. Crétin ; Châtel : (S’exécute par de nombreux accords d’un très bel effet (contrevoix) dans toute la vallée d Abondance. )

Cf.: J. Tiersot : Ch. p. A., 257.

1 Je partirai vers les onze heures , Vers les onze heures je m’en irai, Voir si ma mie en est couchée.

4 «Oh! dormez-vous, mie bergère?

Si vous dormez, réveillez-vous ; C’est votre amant qui pense à vous ! »

7 — Oh ! je ne dors, ni ne sommeille ; Toute la nuit je pense à vous.

Mon cher amant, marions-nous.

I0 H en faut parler à ma mère,

A mon père, à tous mes parents.

S’ils veulent bien, j'en serai content !

i3 - Bon paysan, donne-moi ta fille, Donne-la moi en te priant.

Tu lui rendras son cœur content.

Var. :

i-3 Voir dans les versions ci-après les variantes pour le 1" couplet.

4 Oh ! dormez-vous, belle brunette, 5-6 Réveillez-vous si vous dormez.

C'est votre amant qui vient vous trôuv er.

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