Sôvô = sauvés, hors d'embarras
encombrants les petits paysans qui s’en vont musant, vagabondant à travers le village ou la campagne, ceux dont G. Droz a si pittoresquement croqué la frimousse ébouriffée.
Non seulement les enfants ne genent pas, ils sont de plus considérés par le cultivateur comme une richesse, comme un capital-travail L De très bonne heure, en effet, ils se rendent utiles : tantôt petits bergers, tantôt petits bovèron 2 pour toucher les boeufs au labour ; le concours de leurs petites mains lestes n'est pas à dédaigner non plus dans les menues besognes où le nombre vaut plus que la force : glaner, cueillir les fruits, etc. Quand ils ne vont plus à 1 école, le père qui les initie progressivement aux grands travaux en leur mettant en mains la faux et les cornes de la charrue, trouve déjà un soulagement sensible dans leur collaboration. Le fermier qui est « fort », c'est-à-dire celui qui dispose de beaucoup de bras, qui a beaucoup d enfants, est à même d entreprendre un grand « bien » dont l'exploitation est assurément plus rémunératrice que celle d'une petite propriété. Et puis rétablissement des jeunes gens est des plus faciles, s ils restent cultivateurs * 2 3 4.
Très philosophe, au surplus, le paysan sait accepter avec sérénité la venue d un enfant qu il n a pas desire . cela lui a été « envoyé », et il l'accepte.
Mio vô la crësswà q la décrësswâ 4.
dit-il dans sa sagesse ; traduisons : Mieux vaut un baptême qu’une sépulture ; mieux vaut la vie que la mort.
Il est à remarquer toutefois qu’il accueille avec plus de joie la naissance d'un garçon que celle d'une fille. Une fille et un garçon, tout est pour le mieux ; ils font la paire, c est le « choix du roi » ; mais dans la suite, tandis qu un « enfant 5 6 » est désiré, la fille est seulement acceptée :
Vo-^itë bin tan avdrô, tan mwindro^l dit-on au père dans ce dernier cas, parce qu'une fille, c'est
i . « Les grandes familles qui sont un embarrasa la ville sont une fortune à la campagne, surtout pour le petit agriculteur qui ne peut passe donner le luxe de la main-d’œuvre payée. » (J.Méline : Le Retour à la F erre, p. 2 i 9, Paris, Hachette, 1 905.)