Il y a six tpois que c’était le printemps
Il y a six mois que c'é- tait le prin- temps. Que j’ai con-
1 . Casonnette : maisonnette ou bien petite case, petit coin abrité.
mil- le bê- lan u rrv
ze ans ; J'i- gno- rais tout j’en e- tais in- no- cen-
II y a six mois que c’était le printemps,
Que j'ai conduit sur l’herbettc naissante,
Mon p’tit troupeau, ma famille bêlante ;
J’ai commencé mes amours à quinze ans.
J'ignorais tout; j’en étais innocente.
J’ignorais tout, jusqu’au nom de l’amour,
Rien n’y troublait la paix de ma chaumière ! Seulette au bois, j’y restais la dernière ;
Pour m’amuser, ie filais tous les jours,
Je ne craignais que le loup et ma mère.
Par un matin vient à passer Colin.
— « Que fais-tu là, mon aimable bergère ? »
— « Moi, je suis là dans ce bois solitaire, Tire-moi donc de ce mauvais chemin,
Tends-moi le bras comm’ si nous étions frères. »
Au lieu du bras, il me tendit la main En me disant des paroles si tendres;
Moi de l'aimer, je n’ai pu m'en défendre ; J’aurais voulu prolonger le chemin,
Tant de plaisir que j’avais à l’entendre.
— « Belle bergère, je vais te quitter,
C’est pour aller voir une autre bergère.
Elle est là-bas dans ce lieu solitaire,
Qui dit toujours : « Mon berger vient-il pas ?
— Ah ! je n'ai plus que mon chien de fidèle !
Mon cher Colin, que t ai-je donc bien fait? Qu’y a-t-il en moi qui puisse te déplaire?
Ne suis-je pas aussi fraîche que la rose ? Puisque l’amour est gravé dans nos cœurs, Voudrais tu bien me répéter la chose? »
Héry-sur-Alby ( Chantée par A/, bolliet). Cf. Tiirsot, Ch. pop. Alpes, p. 3+3.