Molière : Le Malade imaginaire. II
6. « Môda » : cidre : ailleurs : gavot. biscantin, vin de fritâ (fruit', bidollion.
7 Ainsi l’industrie de l’huile de noix a périclité depuis quelques années : on
a abattu quantité de noyers, soit à cause d’une production insuffisamment rému nératrice, et aléatoire, à cause des gels du printemps, soit pour les vendre aux marchands de bois, de bois de fusil surtout, qui en donnaient un bon prix.
L'Amour dans la Chanson. — Voyons maintenant comment la chanson interprète l’amour. L’antique symbole du cœur percé de flèches identifie cette passion à une blessure profonde, à une souffrance. C’est de cette conception pessimiste que procèdent la généralité des Chansons d’Amour, qui prêtent à tous le même désenchantement :
J’ai entendu le rossignol chanter, dit un amant désolé,
Et qui disait dans son joli langage :
Les amoureux sont parfois bien heureux,
Trop souvent malheureux.
Et à son tour, la jeune fille désabusée :
Bienheureuse pour un jour,
Malheureuse pour toujours.
Rarement on y rencontre le bonheur sans nuages, l’idylle pure et sereine. Le moins qui vienne en ternir la joie est cette vague mélancolie qui pénètre dans les cœurs sincères en émoi, soit qu'ils aspirent insatiables à une félicité toujours plus intense et jamais satisfaite, soit que, jetant un regard inquiet sur l’avenir, ils craignent, même sans motif présent, de la voir se troubler et finir bientôt.
Comment vouloir qu’une personne chante,
Quand elle n’a pas son cœur en liberté ?
Si je languis, c’est d’avoir trop d’amour !
Ce malaise réel et obsédant a reçu dans le langage populaire le nom de « mal d'amour ». On ne saurait trouver vocable plus expressif.
Le mâ d’amour est una maladie, dit une chanson dauphinoise 1 ,
Le mâ d’amour, ren ne pouô io gari.
L’herbâ du pra qu’il est tant soulagère,
L’herbà du pra ne pouô pas lo gari.
La Chanson Savoyarde nous dépeint l’amoureux en proie au « mal d’amour» dans le personnage du meunier qui, depuis qu'il a « l'amour en tête », oublie de nourrir son âne, qui trépasse, et languit à en perdre jusqu’au goût du travail.
J’entends dire que sur la terre 4
Il faut aimer pour être heureux.
i . V. Tiersot: Ch. />. A ., p. 229.
Il faut croire que je n'm'y connais guère ; Cet amour-là me rend malheureux !
Depuis que la fille à Simonne Auprès de mon moulin passa.
Je n'ai plus d’ goût à la besogne,
C’est des bêtises d’aimer comme ça.
L’amour, c’est de la diablerie,
ajoute-t-il, et comme
Ce tic-tac là ne fait pas de farine,
il veut s’arracher à cette puissante emprise :
Il ne faut plus aimer comme ça!
Puis, plus réaliste, la muse populaire envisage les situations si diverses amenées par les événements de la vie quotidienne, et montre l'amour tout heurté d'épreuves et de contretemps.
Que de péripéties dans les relations, aiguisées tout d abord de taquineries, de reproches, de petites ou grandes querelles, de raccommodements, qui agitent les pauvres amoureux dans un incessant remous!
Le plus léger incident suffit à troubler la sérénité de l’amour: l'amant s'irrite de l'indiscrétion delà jeune fille qui, trop heureuse et (1ère ne peut s’empêcher de se vanter d'être aimée :
Pour faire l’amour, il faut la savoir faire :
Il faut s'aimer et ne pas trop parler.
Le Rossignolet, expert en matière d'amour, donne le même conseil : 11 faut être « secret à sa chère maîtresse ».
Ou bien, les mauvaises langues du village ébruitent les tendres mystères, décèlent les inclinations naissantes :
De trop parler tout le monde s’en mêle,
Et c’est souvent ce qui gâte les amours.
à moins qu'elles ne « délavent' » par la médisance perfide; ainsi en est-il de l’amant buveur * 2 et joueur dont le défaut est dénoncé à sa maîtresse, et voilà leurs amours « décousues » :
Et toujours dans l’espérance d’avoir ma bien-aimée,
Ce sont les mauvaises langues qui m’en ont empêché.
Bien des brouilles naissent aussi de la rigueur avec laquelle la fille sage ferme sa porte au « bonami » qui se présente à une heure trop tardive 3.
i . « Délaver ». faire mauvaise réputation à quelqu'un.