‹ Chants et chansons de la SavoieChapitre 68 sur 202 · On dit aussi « bambocheur · texte numérisé non relu

On dit aussi « bambocheur

3. Voir plus loin : 2# Groupe : Les Rendez-vous; Visites et Sérénades.

Si des rivalités se produisent, la jalousie ulcère le cœur; quelquefois, c’est l'infidélité de la jeune fille qui désole l'amant, la chanson déroulé toute 1 action en un petit drame saisissant, où les trois personnages: l'amante, l'amant et... l'autre entrent successivement en scène :

Bel officier, mène-moi dans ta chambre,

dit la belle, fascinée par le costume militaire.

. oui, je t’y mènerai.

répond l'officier,

Un anneau d'or je te le donnerai.

Suit un récit dont la sincérité naïve rachète la trivialité :

Ils n en fur nt pas au milieu de la chambre,

L'on n’y voyait que des embrassements

Entre la belle et son fidèle amant.

Songez que, pendant ce temps, le véritable amant

. derrière la porte écoute,

Croisant les bras, levant les yeux aux deux,

Disant : « Grands Dieux ! Qu’ mon sort est malheureux ! »

D'avoir aimé une tant belle brune,

D’avoir livré toutes mes amitiés,

Et maintenant, c’est pour un officier !

Mais les événements ne tarderont pas à le venger, et cette pensée est pour lui une consolation :

Viendra-t-un jour j’en aurai ma vengeance ;

Chaque officier suivra son régiment.

Et toi, la belle, tu n’auras plus d’amant! *

En voici un autre qui, comptant sur la foi des anciennes promesses, vient les rappeler:

Tu m'as bien dit plus de cent fois Que j’ t’y mettrais la bague au doigt ;

mais 1 amante versatile ne veut rien entendre et dédaigne même l’offre séduisante d’un « cotillon fait z’a la mode » et d'un « caraco z'en velours ».

C'est que les garçons ne méritent pas mieux, au dire des filles auprès desquelles ils ne jouissent pas d'une grande réputation de fidélité.

Les garçons sont comme la lune.

Toute la nuit s’en vont roulant.

Petit papillon volage,

V teilles Chansons Savoyardes — (>

Tu ressembles à mon amant, Tu as le même badinage.

Tous les garçons sont des traîtres,

Fillettes, ne vous y fiez pas ;

Lorsqu’ils vous font des promesses,

Font semblant de vous aimer,

Mais ne cherchent qu’à tromper.

<v Garçon trompeur », « amant volage », « amant ingrat », « engueuseur de filles », ces épithètes reviennent à chaque instant. Il est bien des filles, en vérité, qui n'auraient pas qualité pour jeter la pierre, telles

. . . ces jeunes beautés

Qui ne cherchent quà plaire A cinq ou six amants,

Crainte de rester filles Dans un couvent.

Mais il faut convenir que l’infidélité est plus commune chez les garçons, plus cruelle aussi pour l’amante sensible et tendre. Son amour-propre en est vivement froissé; et puis il semble, au moins dans la chanson — que, par une tradition invariable, toute fille de quinze ans doive être pourvue d’un amant 1 ; et si elle le perd, elle devient une exception à la règle commune. Aussi chacun en prend-il pitié : voyez avec quelle jolie sincérité

on la plaint :

Petite Rosalie a perdu son amant ;

N’est-il pas bien dommage,

A l’âge de quinze ans !

Ajoutons que, par suite des conditions sociales et des coutumes. l'abandon est plus grave pour la jeune fille parce qu il est moins facilement réparable et qu’il peut ainsi briser sa vie entière. Et puis tandis que le « garçon » s'en va « faire l’amour à d'autres », elle reste seule avec son chagrin.

Elle sait trop bien aussi qu'il aime à « passer son temps » et qu’il n’est pas pressé de s’engager en des liens définitifs,

Car dedans le mariage On y est toujours trop tôt.

C'est pourquoi, en dépit de protestations réitérées de fidélité, elle vit dans une incertitude inquiète qui éveille constamment scs craintes ; cette obsession permanente et douloureuse d un

i Voir 3* Groupe : Impatients désirs de Mariage.

malheur pressenti, inconnu, mais toujours possible, se ren contre dans un grand nombre de chansons.

Par besoin instinctif de sécurité, Tamante désire, dès l'abord, être aimée « au nom du mariage ».

Malheureuses sont les filles,

Qui s’ fient à tous les garçons ;

Carils sont trompeursdans l’âme;

Font semblant de les aimer,

C’est pas pour les marier.

L'alarme est particulièrement vive si Tamant part en voyage, s'embarque pour les « Iles », « s’en va naviguer » ou bien rejoint son régiment 1 . Les scènes de départ sont les plus cruelles au cœur de l'amante assailli de craintes ; elles nous font assister à des adieux mélancoliques, langoureux, tristes et souvent déchirants.

L’éloignement est déjà par lui-même une souffrance ; puis ce n’est pas sans inquiétude qu’on songe aux dangers du voyage, aux périls de la guerre ; et ce sera si long ! si long ! Ce n’est pas au bout de deux ans qu’autrefois le soldat rentrait dans ses foyers. Comme le temps va durer, surtout à celle qui reste au pays, et qu’elle sera lente à revenir l’heure du retour, retour qui n'est même pas certain !

Mais combien plus douloureuse est la séparation si la jeune fille pressent que l’éloignement peut amener chez l’amant volage l’irrémédiable oubli ! Son cœur s’angoisse de songer à l’abandon possible. Que lui réserve l’absence? L'indifférence ne gagnera-t-elle pas le cœur du bien-aimé, ou bien quelque rivale, plus belle n’y effacera-t-elle pas jusqu'au souvenir de la « payse »? Ce départ ne serait-il pas pour l’amant inconstant, une occasion opportune de délaissement?

Tu resteras longtemps.

Et tu trouveras des fleurs Qui charmeront ton coeur.

Elle voudrait faire différer le départ, tout au moins obtenir un solennel serment de fidélité, une promesse définitive; elle rappelle les engagements pris, invoque la loyauté, caresse et supplie; ou bien, pensant conjurer le danger, elle feint de prendre l’avance de l’abandon en manière de représailles :

Mais pour un amant volage Mes amours seront passées ;

i . Nous étudierons plus particulièrement les départs pour le régiment dans une série suivante réservée aux Chansons de Soldats. Nous envisageons ici la séparation des amants d’un point de vue d’ensemble.

Au retour de ton voyage, Moi, j’en serai mariée !

La mélodie traduit généralement la tristesse de ces adieux par un mineur dolent approprié, dont la chanson : Eugénie , belle Eugénie (V. n° S), nous donne le type le plus expressif.

En dehors des départs, que d'autres causes de tourments ! L'un des amants, s'il est peu constant, prend prétextedes moindres paroles, gestes ou soupçons pour éclater en vifs reproches, suivis de bouderies plus ou moins longues ou de ruptures définitives.

Ce n’est pas sans une désagréable surprise qu'alors on voit accueillir avec une dureté brutale, qui n'est pas du meilleur goût, les plaintes et les supplications de la victime désolée ; et cela, il faut le reconnaître, dépare quelque peu certains poèmes :

En la voyant pleurer Je me mis à chanter.

Jeanneton s’ mit z’à pleurer, Son amant se mit à rire.

L'amant qui supplie sa « charmante beauté » de lui prêter du « secours » reçoit un calembour comme consolation :

Je ne suis pas fille de médecin.

Des torts antérieurs, considérablement grossis par l’amant, constituent à peine des circonstances atténuantes à ses rigueurs choquantes :

Ma belle, si je viens chez vous,

C’est bien pour me railler de vous,

Faisant comme bien d’autres ;

Pourvu que je passe mon temps,

Je ne cherche rien auire.

Et cela, parce que :

Belle, vous vous êtes vantée Que je vous avais demandée Au nom du mariage ;

Jamais j’ n’en ai eu la pensée,

Ni même le courage.

L'abandon est parfois accepté avec une indifférence apathique :

Mon amant m’a quitté ;

Cela n’ me soucie guère;

Le regret que j’en ai Sera bientôt passé.

Tantôt il provoque une joie ironique et acerbe dont l'exagéra tion même trahit une certaine aigreur :

J’en porterai le deuil D’un habit rouge et blanc;

J’en verserai des larmes Et du vin blanc.

Plus souvent, l’abandonné, surmontant son dépit, cherche à ramener l’infidèle en éveillant sa jalousie :

Et bien, j’irai de ville en ville Faire l'amour à d’autres filles.

ou bien en l’ébranlant par l’annonce d’une grave résolution :

Si d’autres filles sont comme toi,

Je m’en irai servir le roi.

La rupture peut être aussi imposée par les parents, et alors elle est subie des deux côtés avec une résignation attristée. La « départie » se fait par loflFre d’un « bouquet de quittance, « un beau bouquet de roses », « tout alentour garni de beaux lauriers », qui est tantôt le touchant symbole de 1 adieu définitif, tantôt un gage d’espérance et de souvenir fervent :

Donnez moi quelque assurance,

Un bouquet, une fieur d’orange.

Le chagrin d’amour pousse aux résolutions les plus énergiques. Ainsi la « Petite Rosalie », qui veut à tout prix reconquérir son amant, s'en va, conduite par le rossignolet, jusqu en Prusse pour le retrouver. Il y a d autres dénouements plus fantaisistes encore. Une jeune fille abandonnée relance 1 infidèle jusque dans le monastère où il a fui l’amour, et où il la repousse avec une dureté brutale en psalmodiant des reproches. (V. n° 38.) Dans un autre sujet, l’amant, de désespoir, va s'engager dans une « armée du Valais». Au moment de partir, sa mère lui tend son paquet et lui recommande de tuii les dragons et les « z hussards », qui n ont pas « bon nom ». Le chanteur nous disait qu'en 1 écoutant à cette scène d adieu, ses parents s'attendrissaient aux larmes.

Mais, à part ces situations fictives, il en est de plus nombreuses qui expriment la réalité : 1 amant abandonné s engage au régiment.

De son côté, la fiancée désenchantée se retire au couvent où elle va chercher l’oubli et la paix pour son cœur meurtri.

Par un autre dénouement plus fréquent, 1 amant désespéré

va noyer son chagrin au cabaret où, pour faire contre fortune bon cœur, il trompe sa détresse par des boutades bachiques :

Et ribotons sans cesse ; Jamais de maîtresse, oh !

On est sûr et certain D’y vivre sans chagrin.

i. — L’Epreuve d’ Amour.

(Cbartsci? des Métamorphoses.)

six cents livres de mon ar- gent ; C’est a- fin que tu m'ren-des

le cœur con- tent.

Ma charmante mignonne que j'aime tant,

Je te donn’ six cents livres de mon argent ; C’est afin que tu m’ rendes le cœur content.

— Oh ! s’il faut que je rende ton cœur content, J’irai me rendre anguille dans la rivièr’ ;

Jamais, galant, tu n'auras mes amitiés.

— Si tu te fais anguille dans la rivièr’,

Je m'y tiendrai ami du poissonnier;

J’attraperai l'anguille dans la rivièr'.

— Si tu te tiens ami de mon poissonnier.

J’irai me rendre lièvre courant aux champs; Jamais, galant, tu n’auras mes amitiés.

— Si tu te rends le lièvre courant aux champs, Je m’y tiendrai ami du chien courant:

J'attraperai le lièvre courant aux champs.

— Si tu te tiens ami du chien courant,

J’irai me rendre caille parmi les blés ;

Jamais, galant, tu n'auras mes amitiés.

— Si tu vas t’ rendre caille parmi les blés,

Je m’y tiendrai ami du moissonnier ;

Et j'atirap’rai la caille parmi les blés.

Si tu te tiens ami du moissonnier.

J’irai me rendre rose sur le rosier;

Jamais, galant, tu n'auras mes amitiés.

— Si tu deviens la rose sur le rosier Je m'y tiendrai ami du jardinier:

Je cueillerai la rose sur le rosier.

— Si tu t’y tiens ami du jardinier.

J'irai me rendre étoile au firmament.

Jamais, galant, tu nauras mes amitiés.

— Si tu te rends étoile au firmament,

Je s' rai ami de Pierre portant les clés :

J’attraperai la vierge qui fait l'entrée 1 .

— Si tu attrap's la vierge qui fait l’entrée 1 ,

Marions-nous tous deux, mon fidèle amant,

Puisque tu m’as suivie au firmament.

Cusy : Chantée par Antoinette Grosjean (7 o ans).

I es métamorphoses varient et se multiplient avec les diverses versions : chasseur pour te chasser - malade dans mon lit - prêtre pour te confesser - morte dans mon lit; et à la suite de cette dernière, un dénouement légèrement différent de celui de la version savoyarde : L'amant qui se fait saint Pierre recevra son amie

à son arrivée au ParaJis. . .

Cette chanson, dont le duo de Magali (Mireille) reproduit la jolie fiction, est des plus répandues en France et en Piémont. Pour les autres versions savoyardes, cf. Tiebsot, Ch. pop. des Alpes, p. -t 32.

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