A. Theuriet : loc. cit. p
du peuple ont infusé à la poésie lyrique allemande (Goethe, Heine, Uhland).
« Il ne s’agit pas de faire un pastiche ni une habile transcription de la langue rustique dans la langue poétique des lettres; il faut deviner les secrets de l’inspiration populaire, en étudier le mécanisme et les procédés.
« C’est un parfum dont il faut s'imprégner 1 . »
Le thème du délicieux duo de Magali 2, celui de l'émouvant drame sentimental d’Enoch Arden, existent dans nos vieilles légendes poétiques populaires. Et il semble bien que si les artistes ont donné au peuple la majeure partie de son répertoire, le fonds de nos traditions populaires et des vieilles Chansons est susceptible, en retour, de leur fournir l'esprit de plus d’un chef d’œuvre. Plaçons-nous à un point de vue spécialement musical : M. C. Bellaigue appréciait récemment avec faveur dans la Revue des Deux Mondes une tentative originale d’un musicien contemporain Ch. Bordes qui s’inspira dans une de ses compositions d’un vieil air: Chagrin d’ Amour, de Martini :
« La pièce ancienne est cousue avec art à l’étoffe neuve .
La Musique nouvelle est comme un boudoir ; le vieil air l'imprègne et l’embaume comme un parfum. »
Intéressantes par leurs mélodies et leurs poésies, les Chansons populaires le sont encore par leurs thèmes, bien que ceux-ci n’aient presque rien de champêtre. Constatons en effet tout de suite, et cela ne laisse pas d’étonner beaucoup, que leurs sujets sont étrangers au milieu. Cette remarque établit une différence assez caractéristique entre notre répertoire et celui d’autres régions voisines. Dans le Midi 4, il y a des Chansons de vendanges; dans le Centre des Chansons de bûcherons; en Bresse et également aussi dans le midi, des Chansons de labour. Chez nous rien ou presque rien de la vie du pavsan, des travaux agricoles, des choses de la campagne; et ce n’est pas que ces motifs ne puissent fournir une interprétation poétique, puisque maints artistes, V. Hugo et Millet entre autres, en ont traduit dans leurs œuvres toute la symbolique beauté. C’est en vain aussi qu’on y cherchera la description
r. A. Theubiet. Ioc. cit. 2ç5.