LE RÉVÉREND PÈRE
— Oh ! oui , mon frère, alle^-y la tête baissée.
Si quelque mauvaise idée vous prend , retourne \ au couvent.
— Oh ! relève ta face,
De grâce !
Ne me r'connais-tu pas ?
Crois-tu que mon visage Ait tant changé d'appas ?
FRÈRE JACQUES, psalmodiant :
— Oui , je reconnais bien ce visage sur qui fai donné tant de baisers ; Mais Dieu, par sa grâce, m'en a bien retiré.
— Oh ! va frère hypocrite.
Faux ermite ;
Sors vite du couvent;
Retourne chez ton père,
• Tu seras mon amant.
FRÈRE JACQUES, psalmodiant :
— Les habillements que je portais che\ mon père, je ne les porte plus : Vas-y porter les tiens qui te sont superflus.
— Oh ! va, frère hypocrite,
Faux ermite,
Oh ! adieu, mes amours !
Je vais me rendre nonne Le restant de mes jours.
FRÈRE JACQUES, psalmodiant :
— Tu veux te rendre nonne, mais tu ne penses pas Que les tionns sont chastes, et toi , tu ne l'es pas.
— Si je n’en suis pas chaste,
Oh ! de grâce.
Toi, n’en parle donc pas :
C'est toi qui es la cause Si je ne le suis pas.
LE RÉVÉREND PÈRE intervient en psalmodiant :
— Retirez-vous, fille mondaine, retirez-vous promptement,
Ne venez pas déranger les jeunes frères qui sont dans le couvent.
Oh ! mon Révérend Père,
Si sévère,
Je m’y retirerai
Dans un couvent de nonnes ;
Je m’y consolerai.
Anthy : Chantée par Mme Baud.
Cf. J. Tiersot : Ch. pop. des Alpes , p. 204 texte).
Variantes du dernier couplet :
Oh ! mon Père sévère,
Maudit Père.
J'irai, je reviendrai
Dedans (Devant ?) ton monastère.
Je m’y reposerai.