DIE WACHT AM RHEIN
Au Rhin, au Rhin, au Rhin allemand!... Qui veut être le défenseur du fleuve ?
O Rhin, ainsi que mon cœur, ta resteras allemana.
Aussi longtemps qu'une goutte de sang coulera dans nos veines,
Qu'une main brandira une épée,
Qu'un bras armera un fusil, Pas un ennemi ne viendra fouler tes rives !
Au Rhin, au Rhin, au Rhin allemand !
Nous voulons tous être tes défenseurs.
On sait que les hommes de l'infanterie prussienne ont réglementairement dans leur sac un livre de cantiques, mais le règlement n'a pas cru devoir y joindre les œuvres de Schneckenburger. Tous les fantassins savent par cœur Die Wacht am Rhein.
Et nous, Français, que chantons-nous, aujourd'hui, sur le versant occidental des Vosges ? N'avons-nous plus rien dans notre sac ? On serait tenté de le croire.
Depuis le temps des guerres de François P"^ jusqu'à nos jours, il s'est produit en France quantité de chants de guerre. A ne parler que de notre siècle, nous avons entendu nombre d'hymnes mi-partie guerriers , mipartie patriotiques. Il suffit de citer à ce propos la Marseillaise^ le Chant du Départ, Veillons au salut de V Empire, la Parisienne, les Girondins^ etc., etc. Chacun les sait par cœur, ces
Chants de la patrie Présente à nos cœurs, (1)
(1) Adam, le Chalet.
CHANTS ET CHANSONS Mn.lTAIllES DE FRANCE 21
ces odes héroïques inspirées par ramour de la P'rance. ces paroles qui brûlent les lèvres quand
La victoire, en chantant, nous ouvre la barrière. (1)
Quoi!
. . . l'étranger veut envahir la France...
Eh bien !
Aux armes, citoyens ! (2)
Ne craignons rien. Nous ne reverrons plus ces jours néfastes. Vous pouvez être sûrs que
Jamais, jamais en France, Jamais l'Anglais ne régnera ! (3)
Non, car avant qu'il en soit ainsi, le dernier Français sera tombé sous les ruines du dernier autel de la Patrie !
Un Français doit vivre pour elle, Pour elle un Français doit mourir ! (4)
Non. car nous nous rappelons ce que chantaient nos pères :
Ah ! si jamais vous vengez la patrie,
Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas ! (o)
Les Français seuls savent chanter en combattant et mourir en chantant. Comme à leurs ancêtres, Gaulois
(1) Méhul, Chant du Départ.
(2) Rouget de l'Isle, Marseillaise.
(3) Ilalévy, Charles VI.
(4) Méhul, Chant du Départ.
(5) Le Vieux Sergent, de Bérnnger
et Franks, il leur faut des chants de guerre. Fort bien, mais le chiendent, c'est que ces hymnes Tyrtéens émanés de la caserne ou des camps, tombent dans le domaine public, sont répétés à satiété par la foule des non-combattants et dégénèrent en « scies ».
Et la scie patriotique a tellement agacé les nerfs des gens les plus inoffensifs qu'il n'est guère de chanson guerrière qui ne nous ait infligé sa parodie.
On connaît, par exemple, la célèbre Parisienne, celle que chantait si bien la jeunesse de 1830.