‹ Chants et chansons militaires de la FranceChapitre 145 sur 164 · PRESTIGE DE L'UNIFORME · texte numérisé non relu

PRESTIGE DE L'UNIFORME

J'aime l'uniforme, Elle m'éblouit !...

A la vue de l'habit militaire, d'aucunes, il est vrai, cherchent à dissimuler leur émotion sous le masque de la Plaisanterie ; elles rient bruyamment et se moquent des militaires qui passent :

Y a rien de faraud Comme un matelot Qu'a lavé sa peau Dans cinq ou six eaux!...

Mais elles ont beau faire. Tôt ou tard, elles se feront prendre aux lacets de l'Amour, et plutôt tôt que tard.

Ah ! oui, quand il est en tenue, le troupier est un fameux conquérant et, en cela, il ne fait que remplir le programme tracé par les allégories antiques. Il rajeunit sans cesse imperturbablement la vieille histoire des amours de Mars et de Vénus.

En a-t-il fait des conquêtes, ce braguard de Mars !... il en a fait si tellement que, aujourd'hui, Ton ne sait pas au juste si Bellone, la déesse de la guerre, fut sa femme ou sa sœur ; s'il faut, par suite, l'appeler madame ou mademoiselle Mars.

Mais, si le dieu de la guerre est un bel amoureux, le dieu de l'amour, par contre, est un rude guerrier. Il obéit à des instincts essentiellement militaires, si bien que l'art antique a dû lui attribuer des armes — un arc, des flèches, un carquois. Ces armes-là, qui s'étaient un peu dégradées et démantibulées pendant le moyen

âge, la Renaissance les lui a remises à neuf, de sorte qu'il les a conservées en bon état d'entretien jusques et y compris la période de transition qui sépare les temps classiques du romantisme. Voici, par exemple, la plainte amoureuse d'un poète malheureux dont les vers émaillaient VAlmanach des Muses en l'an de grâce 1825 :

Ali! si je possédais tes tout-puissantes armes, Fils de Vénus, mon cœur connaitrait-il les larmes ? Irais-je en gémissant me perdre dans les bois, Amour, si tu voulais me prêter ton carquois?. .

Ainsi, avec un simple carquois, l'Amour faisait déjà de terribles ravages. Jugez de ceux qu'il ferait aujourd'hui, s'il était, comme il devrait l'être, armé d'un revolver et d'un fusil à répétition !

Quoi qu'il en soit, l'Amour ne quitte jamais le régiment, et chaque jour, il s'en va-t-en guerre avec messieurs les militaires. Et ce qu'ils trahissent — les malheureux ! — leurs serments d'autrefois ! Tenez, en voici un qui fait ses farces :

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